Rémunération des ministres au Burkina : Quand la mauvaise foi, la crise de confiance et l’égocentrisme s’en mêlent !

De Blaise Compaoré à Paul-Henri Damiba, en passant par l’ère Roch Kaboré, la rémunération des membres du gouvernement a fait l’objet à la fois de curiosité que de perceptions controversées au sein de l’opinion publique. Si sous Kaboré, il a été question de « salaires négociés », le pouvoir Damiba, lui, vient d’ouvrir un autre épisode sur le sujet en parlant d’« harmonisation » des salaires des ministres. Cette « harmonisation », quand bien même, elle contribuerait à réduire la masse salariale à ce niveau, place la paie des ministres au-dessus du lot officiellement présenté, jusque-là, par le décret de 2008 et apparaît aux yeux de certains citoyens, comme indécent dans le contexte actuel du Burkina. Mais le sujet ne mérite-t-il pas un meilleur regard que celui teinté de mauvaise foi, de crise de confiance entre gouvernants et gouvernés et d’égocentrisme ?

Il y a peu de temps de cela, l’opinion a chargé le pouvoir Roch Kaboré de refuser d’appliquer à la majorité des ministres, le décret 2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008. En effet, avec le décret de 2008, la rémunération d’un Premier ministre était de 1 089 720 FCFA (indemnités y comprises) par mois. Un ministre, lui, touchait mensuellement la somme de 973 320 francs FCFA (toutes indemnités confondues).

Avec la transition en cours, la rémunération d’un Premier ministre passe à 2 782 717 francs CFA (dont les indemnités) tandis que les ministres passent à un salaire de 2 386 256 francs CFA.

Une hausse qui alimente les débats ; les uns pensent que c’est trop élevé comme salaire tandis que d’autres conviennent qu’il faut tenir compte de l’évolution de la vie (entre 2008 et 2022, il y a assez d’éléments à mettre dans la balance et de cette période à ce jour, de nombreux agents publics ont vu leur salaire connaître une amélioration). D’autres citoyens, par contre, ne trouvent rien à redire dans cette hausse, mais estiment que c’est indécent dans le contexte difficile actuel où de nombreuses populations déplacées luttent pour avoir le repas quotidien et ce, dans un environnement global de cherté de la vie.

Sur le plateau de la Radiodiffusion télévision du Burkina, et parlant de cette hausse de salaire par rapport aux textes, le secrétaire général du gouvernement, Jacques Sosthène Dingara a d’abord rappelé que ce changement tient de l’article 19 de la Charte de la Transition, qui a, après le diagnostic du comité des sages, prévu qu’une fois les membres du gouvernement installés, le président du Faso prenne un décret pour harmoniser la rémunération des hautes personnalités de l’Administration. Le décret de 2008 a été revu donc sur cette base.

« Faisant aussi suite encore à tout ce qui est apparu comme débat autour de la mise en œuvre de cet article de ce décret de 2008, vous comprenez qu’il fallait forcément réviser et mettre en place un texte unique. Quand vous prenez le texte de 2008 qui a été pris en son temps, il a été statique. Il ne prenait pas en compte l’évolution du coût de la vie. Juste un exemple, en son temps, vous avez la rémunération brute qui était de 650 000 F CFA, qui correspond environ à un indice de 3 000 et plus. Aujourd’hui, vous avez dans cette administration, des corps qui ont près de 5 750 d’indice. Vous voyez que ce texte est totalement dépassé. Il fallait donc éviter que les ministres aillent négocier des contrats individuels.

Donc, nous avions ce décret qui était-là, mais nous avons aussi des textes supra, tels que la Constitution qui dit qu’un agent de la fonction publique qui est nommé ministre et mis en détachement, ne peut pas être rémunéré en-deçà de ce qu’il gagnait dans son emploi d’origine. Il fallait concilier en ce sens qu’il y avait des fonctionnaires qui étaient nommés ministres et qui avaient des salaires au-delà de ce que les textes prévoyaient. Donc, la révision s’imposait. Voilà pourquoi, la révision a été faite, pour expliquer aux citoyens lambda afin qu’ils puissent comprendre. Les ministres sont des fonctionnaires et le texte assez dynamique.

Quand vous prenez le décret qui a été pris par son Excellence le président du Faso, il est pratiquement dynamique et relié à la grille salariale des agents de la fonction publique. Le décret dit que les hautes personnalités reçoivent une rémunération indexée sur l’indice le plus élevé des grilles spécifiques de la fonction publique. Donc, le nouveau décret suit l’évolution de la grille salariale des agents de la fonction publique  », a justifié Jacques Sosthène Dingara.

Il fait remarquer qu’avec ce nouveau dispositif, l’avantage est qu’aucun ministre n’a négocié son contrat ni son salaire. «  C’est une avancée significative par rapport à l’ancien décret de 2008 », convainc-t-il.

« Pour harmoniser les salaires de l’ensemble de ces ministres, il fallait naturellement évoluer, changer le texte, le rendre plus dynamique et le relier à la grille salariale des agents de la fonction publique. (…). Aujourd’hui, il faut qu’on aille sur des bases légales. Comme je l’ai dit, depuis un certain temps, cette question de la rémunération des hautes personnalités fait l’objet de beaucoup de débats. Avec l’ancien texte qui est dépassé, il fallait courageusement l’adapter. Je pense que concernant l’article 19 de la Charte de la transition, c’est au regard du diagnostic qui est fait et de cette question de traitement de deux poids deux mesures par rapport aux hautes personnalités, il fallait d’abord arriver à une équité. C’est pour les rassurer que les membres du gouvernement ne sont pas au-delà de cette grille, mais chacun a un traitement relativement relié à cette grille des agents de la fonction publique », a rassuré le secrétaire général du gouvernement.

Profitant du point de presse du Conseil des ministres de ce mercredi 18 mai 2022, et en réaction à une question sur le sujet, le ministre porte-parole du gouvernement, Lionel Bilgo a abondé dans le même sens que le secrétaire général du gouvernement. Mieux, apprend-il, que de nombreux ministres ont beaucoup perdu en termes de rémunération, par leur entrée dans le gouvernement.

Au-delà de toutes ces spéculations, un des principaux éléments que mettent à nu tous ces débats est celui de la crise de confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Dès lors, de tels sujets sont difficiles à poser, objectivement. Or, sans objectivité, aucune parade à la satisfaction de l’intérêt général ne peut être trouvée.
La rémunération des ministres et hautes personnalités de l’Etat doit vraiment tenir compte des réalités et du stade d’évolution de la société.

Et une de ces réalités est qu’un citoyen, une fois promu ministre, voit systématiquement ses charges se multiplier par autant de fois que l’on puisse penser, du fait des obligations sociales qui s’élargissent. Il devient celui-là qui est sollicité par tout le monde, surtout pour demander de l’aide financière. C’est aussi cela la société burkinabè et les postes de responsabilité. Le débat doit être posé et mené sans passion, car la société elle-même est aussi responsable de cette situation qu’elle indexe, pas seulement victime.

Comment perçoit-on un ministre dans la société ? Alors, on ne peut pas mener le débat avec non plus un esprit teinté d’égocentrisme : tant qu’on ne gagne pas pour soi, personnellement, alors ce n’est pas normal et on crache là-dessus. Par contre, une fois qu’on en tire profit, ce qui était anormal devient normal.

O.H.L

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