Procès Thomas Sankara et douze autres : Me Olivier Yelkouni dit avoir l’impression que son client est jugé pour sa fidélité à Blaise Compaoré

Me Olivier Yelkouni, l’un des avocats du général Gilbert Diendéré, s’est évertué au cours de sa plaidoirie, à démontrer l’innocence de son client quant aux faits d’attentat à la sûreté de l’Etat qui lui sont reprochés. Pour qu’il y ait attentat à la sûreté de l’Etat, il faut qu’il y ait complot c’est à dire une résolution arrêtée entre plusieurs personnes pour commettre un attentat.

Pour Me Olivier Yelkouni, il n’existe aucune preuve de ce que Gilbert Diendéré a participé à la préparation du coup d’état qui a porté le front populaire au pouvoir. Il soutient que de manière unanime, Gilbert Diendéré était au conseil à 9h le jour des évènements, entrain de présider une réunion. Ce qui laisse transparaître selon l’avocat, qu’il ne pouvait pas être à la même heure chez Blaise Compaoré pour préparer le coup, comme le prétendent la partie civile et le parquet. Me Yelkouni affirme qu’en plus, aucun des témoins qui étaient présents chez Blaise Compaoré le 15 octobre et qui sont passés devant la barre, n’a affirmé avoir vu son client ce jour-là chez Blaise.

Quant à la rencontre à laquelle le témoin Abderrahmane Zétiyenga dit avoir pris part et au cours de laquelle « Golf » leur aurait dit à lui et à quelques sous officiers, qu’il aurait appris que Sankara préparait quelque chose contre Blaise Compaoré et qu’il fallait procéder à son arrestation pour éviter un bain de sang, Me Yelkouni émet de sérieuses réserves. A l’en croire, Abderrahmane Zétiyenga n’a pas été capable de citer ne serait ce qu’un seul sous officier présent à la dite rencontre avec lui. De plus, tous les sous officiers vivants et qui ont témoigné, disent n’avoir pris part qu’à une seule réunion de 09h à 13h et n’évoquent aucune seconde rencontre. Ce qui amène l’avocat à dire qu’en droit pénal, ce qui n’est pas prouvé n’existe pas.

L’avocat poursuit en disant que les témoignages utilisés par la partie civile pour prouver la présence de Gilbert Diendéré au conseil de l’entente avant, pendant et après les tirs sont « vertigineux ». Pendant que certains témoins sont revenus sur leurs propos devant la barre, d’autres ont tout simplement dit ne plus se souvenir de certains détails. Me Yelkouni estime donc que la présence de Gilbert Diendéré au conseil n’a pas été rapportée au-delà de tout doute.

Autre argument avancé par Me Yelkouni, le fait que son client soit chargé de la sécurité du conseil et chef de corps adjoint du CNEC au moment des faits, ne le rend pas d’office responsable des actes posés par le commando le 15 octobre. Il se demande d’ailleurs pourquoi c’est Blaise Compaoré que Hyacinthe Kafando a contacté immédiatement après les évènements pour l’informer du décès de Thomas Sankara, si vraiment les choses avaient été fomentées par Gilbert Diendéré ?

Pour lui, ce procès semble être un acharnement contre son client, à cause des liens étroits qu’il avait avec Blaise Compaoré. « On a l’impression que Gilbert Diendéré est jugé pour ce qui c’est passé sous le régime de Blaise Compaoré et non pour les évènements survenus le 15 octobre 1987…La fidélité de Gilbert Diendéré à Blaise Compaoré est devenue, dans ce procès, une preuve de culpabilité », lance Me Yelkouni. Il invite donc le tribunal à apprécier les faits tels qu’ils se présentent et à reconnaître qu’aucune preuve ne sous-tend la culpabilité de son client en ce qui concerne l’attentat à la sûreté de l’Etat.  » Au nom de la justice, au nom du droit, acquitez Gilbert Diendéré », a-t-il mis fin à sa plaidoirie.

Armelle Ouédraogo
Lefaso.net

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.