Manifestations d’orpailleurs à Houndé : Une ville sous haute tension, le gouverneur des Hauts-Bassins en sapeur-pompier

Depuis quelques jours, la commune de Houndé, dans la région des Hauts-Bassins, est de théâtre de manifestations d’orpailleurs. En effet, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues, le mercredi 25 mai 2022, pour exiger la libération de leurs camarades interpellés suite au saccage de la mine Houndé Gold Operation, le 17 mai dernier. Ces manifestations se sont soldées par des affrontements entre les forces de l’ordre et les protestataires.

Depuis le 17 mai 2022, la ville de Houndé est sous les projecteurs. Pour cause, des orpailleurs de la localité sont en colère. Ils estiment que la mine Houndé Gold Operation « veut leur faire la force » pour leur retirer leurs terrains. Ainsi, ils ne sont pas passés par quatre chemins pour exprimer leur mécontentement. Les manifestants s’en sont pris à la mine, incendiant certaines installations et des véhicules.

A la suite de cet incident, plusieurs personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre. C’est ainsi que le mardi 24 mai dernier, des orpailleurs ont manifesté contre ces arrestations, et réclamé la libération de leurs camarades.

Le gouverneur échangeant avec les leaders d’opinion de la commune de Houndé.

Cette chaude journée a paralysé toute la ville de Houndé et une partie du pays, étant donné que la route nationale N°1 (axe Bobo-Ouaga) a été bloquée durant toute la journée. Au cours de ces manifestations, « deux personnes ont malheureusement perdu la vie. Une, des suites de tirs de balles ; et l’autre des suites de bousculades. Une autre personne a été blessée par balles », selon le porte-parole du gouvernement, Lionel Bilgo.

Après cette première journée d’échauffourées, les frondeurs étaient de nouveau dans les rues de Houndé, le mercredi 25 mai, pour manifester leur mécontentement. Armés de manchettes, de gourdins et de fouets, les contestataires ont pris d’assaut la route nationale N°1, bloquant ainsi le passage aux usagers. Difficile de leur arracher un mot. « Nous ne voulons pas voir de journalistes ici », a lancé un des manifestants lorsque nous lui avons tendu notre micro. Sur les lieux de la manifestation, l’usage du téléphone portable est interdit. Toute personne qui se fait prendre en train de filmer ou de faire des images voit automatiquement son appareil retiré et cassé.

Durant toute journée, les manifestants paradaient dans les rues de Houndé. Seuls les usagers à moto et quelques petites voitures personnelles avaient le droit de passer. Au même moment, des manifestants avaient pris d’assaut la morgue du Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Houndé, où les corps des manifestants morts ont été transférés. Ces protestataires attendaient la décision du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Boromo, pour procéder à la levée des corps, suivie de l’inhumation. Sur place, nous avons rencontré le responsable des orpailleurs, Hamidou Zallé, qui nous a relaté sa version des faits.

Les manifestants ont brûlé des pneus pour barrer la voie aux usagers.

Les orpailleurs exigent la libération de leurs camarades

A en croire le responsable des orpailleurs, les incidents ont commencé depuis le mardi 17 mai dernier. « Ce jour-là, les responsables de la mine ont envoyé un kpoklo et six bennes pour venir ramasser les débris que les orpailleurs ont posés. On leur a dit que si c’est le terrain qu’ils veulent, qu’ils patientent le temps qu’on ramasse nos matériels et leur laisser le site. Ils n’ont pas voulu comprendre et ils ont forcé pour passer à l’acte. Les gens ont tenté de leur faire comprendre qu’ils ne refusent pas de céder l’espace, parce qu’à plusieurs reprises, la mine les a déguerpis de plusieurs endroits. Toutes ces fois se sont déroulées sans incident, de concert avec les personnes ressources, les personnes âgées », a-t-il expliqué.

Face à leur incapacité de trouver un terrain d’entente avec les responsables de la mine, ils ont décidé de demander l’aide de la gendarmerie. « Nous avons demandé à la gendarmerie d’abord si elle était au courant de la situation. Elle a répondu par la négative. C’est ainsi que nous lui avons demandé d’intercéder pour nous, en demandant à la mine de patienter, le temps qu’on ramasse nos affaires. Pendant ce temps, les responsables de la mine ont envoyé la CRS (Compagnie républicaine de sécurité) sur le site, et les orpailleurs se sont interposés. Dès lors, les incidents ont éclaté », a déploré Hamidou Zallé.

Les manifestants ont bloqué l’axe Bobo-Ouaga, contraignant les véhicules à l’arrêt.

Selon lui, les incidents ont d’abord gagné la ville et ensuite la mine. « Au niveau de la mine, nous avons tout fait pour calmer les jeunes. Mais lorsque nous nous interposions pour éviter que les jeunes arrivent à la mine, nous avons reçu du gaz lacrymogène. Nous avons été les défenseurs de la mine jusqu’à ce que les jets de gaz nous obligent à abandonner notre action d’interposition », a-t-il poursuivi.
Il a par ailleurs fait savoir que c’est l’arrestation de certains de leurs camarades, le mardi 24 mai dernier, qui a envenimé la situation.

C’est ainsi que les manifestants se sont rendus à la gendarmerie pour exiger la libération des personnes interpellées. Des échauffourées ont donc opposé ces orpailleurs aux forces de l’ordre. C’est ainsi que des « personnes ressources » ont œuvré à l’apaisement, et les manifestants ont cessé les mouvements. Toutefois, les manifestants ne s’avouent pas vaincus. « Aujourd’hui, la situation ne concerne plus les orpailleurs, c’est toute la ville. Les morts sont là, nous attendons qu’on vienne faire des constatations [pour qu’on sache] que ce sont des balles qui les ont tués. Après quoi, nous allons procéder à leur enterrement », a-t-il dit pour justifier le motif de leur mobilisation devant le CMA de Houndé.

Au nom de ses camarades orpailleurs, il a demandé la libération des personnes arrêtées. « Si on les relaxe, il n’y aura pas de problème. Mais les maintenir en détention pendant que nous avons aussi des morts, nous n’allons pas l’accepter », a prévenu Hamidou Zallé. Pour sa part, le chef des Moosé de la localité, El Hadj Amadé Sawadogo, veut œuvrer à l’apaisement.

La photo de famille à l’issue de la rencontre du gouverneur avec les leaders d’opinion.

« Depuis le début de l’incident, nous essayons de raisonner les enfants, afin d’éviter les casses et les incendies, car les victimes seront encore les populations. Mais les enfants ont posé leurs conditions : libérer ceux qui ont été arrêtés et que la mine compatisse à notre douleur. Parce qu’elle ne peut pas continuer à travailler alors que nous pleurons deux morts », a laissé entendre El Hadj Amadé Sawadogo. C’est pourquoi, il a demandé aux autorités d’examiner leurs doléances pour éviter des actes de destruction.

Les leaders d’opinion invités à jouer leur partition

Suite à ces manifestations, le gouverneur de la région des Hauts-Bassins, le colonel Moussa Diallo, a tenu à rencontrer les autorités politiques, administratives, militaires, coutumières et religieuses de la ville, ce mercredi 25 mai 2022. Pour le premier responsable de la région, « cette rencontre a été voulue avec tous ces acteurs afin de trouver des solutions à cette crise qui paralyse toutes les activités économiques de la ville ». A cet effet, il a invité les participants à des échanges francs et sincères, pour une sortie de crise. Pour sa part, il a prôné le dialogue à tous les niveaux, car il reste convaincu que la communication pourra résoudre ce problème.

Le gouverneur de la région des Hauts-Bassins, le colonel Moussa Diallo.

Un tour de table a permis à chacun de s’exprimer et de dire ses attentes vis-à-vis de l’autorité, dans le but d’apaiser les tensions. Au nom du gouvernement, le colonel Moussa Diallo a pris la parole pour inviter ces leaders d’opinion à jouer la carte de l’apaisement. Car, dit-il, « ce n’est pas par la violence et la brutalité que nous allons obtenir des résultats ». Et compte tenu de la situation sécuritaire du moment au Burkina Faso, il a déploré ces manifestations qui, selon lui, n’honorent pas le pays, ni la ville de Houndé elle-même.

« A cause de cette situation, nous avons perdu deux enfants et c’est la faute à nous tous. Nous devrons œuvrer ensemble pour que de telles situations ne se reproduisent plus », a-t-il lancé. Les participants ont pris acte et ils se sont engagés aussi à « mettre un peu d’eau dans leur vin », afin que le calme revienne dans la ville.
« Le message a été bien reçu. Nous allons œuvrer maintenant pour que les barrières soient levées, et nous allons procéder à l’inhumation des deux personnes qui sont tombées hier », a indiqué le gouverneur de la région des Hauts-Bassins, avant de lever la séance après environ deux heures d’échanges.

Le représentant de la chefferie traditionnelle, Kalifa Bognina.

Le représentant de la chefferie traditionnelle, Kalifa Bognina, a, au nom des coutumiers de la localité, pris l’engagement de jouer sa partition afin que la paix revienne à Houndé. « Nous allons ensemble travailler à prôner la paix et le dialogue au sein des populations. Nous allons sensibiliser nos enfants au bien-fondé de la paix », a-t-il soutenu. Même son de cloche du côté de la Fédération des associations islamiques de Houndé. Représentée à cette rencontre par son secrétaire général, Dramane Kaboré, ce dernier s’est également engagé à la sensibilisation de la population sur la notion de paix au Burkina Faso.

Le secrétaire général de la Fédération des associations islamiques, Dramane Kaboré.

Cette rencontre a connu également la présence de l’ancien maire de Houndé, Boureima Gnoumou. Il a salué cette initiative de l’autorité de la région qui a voulu échanger avec les populations à la base pour une sortie de crise. « Au sortir de cette rencontre, nous pouvons saluer tous les acteurs pour leur disponibilité et leur sens de l’écoute. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Romuald Dofini

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