Lutte contre l’insécurité au Burkina : « L’Etat est sur la bonne voie », selon l’expert en sécurité, Mahamoudou Savadogo

« Rôle et contribution de la société civile en période d’insécurité dans un contexte de transition ». C’est autour de ce thème que la Coalition pour la refondation de la patrie (CRP) a, le samedi, 25 juin 2022 à Ouagadougou, organisé un panel. Ce cadre de réflexion, qui a regroupé un public de jeunes, femmes, d’acteurs politiques et civils, ainsi que de leaders coutumiers, a été animé par la communication de l’expert en sécurité, Mahamoudou Savadogo, directeur général de Granada Consulting, un cabinet spécialisé en gestion de risques sécuritaires et en géopolitique.

« On n’a pas d’armes, mais que devons-nous faire pour contribuer efficacement à cette lutte contre le terrorisme ? ». C’est ainsi que le coordinateur de la Coalition pour la refondation de la patrie (CRP), Lassina Ouédraogo, par ailleurs député à l’Assemblée législative de Transition, a résumé l’enjeu du panel.

Pour le modérateur, l’analyste politique Dr Siaka Coulibaly, les Organisations de la société civile (OSC) ont un rôle capital à jouer dans le dispositif de lutte, en ce sens qu’elles ont, par leurs activités, une influence sur la gouvernance et la situation que vit le pays. C’est pourquoi, il pense que de tels cadres de réflexion ont tout leur mérite, car ils permettent de voir comment les organisations civiles peuvent, par leur rôle, être une solution dans le dispositif de lutte.

De.g.à d. : Séni Bitiou, Alice Nana, Lassina Ouédraogo, Modeste Belem, Khalifa Nanéma, responsables de la CRP

L’expert Mahamoudou Savadogo affirme d’ailleurs que les dirigeants doivent se servir des OSC, considérées comme émanations directes des populations. Il fait observer que les OSC sont majoritairement composées de jeunes, de femmes…, tout comme les groupes terroristes sont animés essentiellement par des jeunes. Dès lors, l’action des OSC peut être un instrument efficace dans la lutte.

Pour dérouler son sujet, le spécialiste a d’abord situé le contexte et l’évolution de la situation, en relevant des erreurs qui ont été commises (surtout aux premiers moments des attaques) par les dirigeants dans la gestion du phénomène. Il a ensuite présenté la situation humanitaire avant de s’attarder sur les perspectives, notamment le rôle que doivent jouer les OSC.

Vue partielle des participants

« A chaque approche et sortie de saison pluvieuse, les attaques se multiplient »

Le communicateur a salué les dernières décisions des autorités dans la lutte, dont la réorganisation des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Il a invité à faire en sorte qu’ils ne commettent pas d’exactions sur les populations et ne les extorquent pas. Cette réorganisation aura également pour avantage de permettre à ces auxiliaires de sécurité d’avoir davantage de moyens, perçoit-il.

Dans sa présentation, l’ancien gendarme a révélé qu’à chaque entrée de la saison des pluies, les attaques se multiplient. « Pendant les saisons des pluies, leur mobilité (les groupes terroristes, ndlr) est réduite. Voilà pourquoi ils multiplient les attaques à chaque approche et sortie de saison pluvieuse. Cela fait partie de leur stratégie », explique Mahamoudou Savadogo.

Il ressort de sa communication également que la complexité de la lutte réside dans le fait que les terroristes sont constitués de membres des populations, avec lesquelles ils vivent. Si fait que les Forces de défense et sécurité (FDS) ne peuvent mater comme il se doit ; elles doivent à la fois se protéger et protéger les populations. « Les populations ont tendance à pardonner les groupes terroristes que les FDS qui font des exactions », relève M. Savadogo.

De nombreux leaders coutumiers ont suivi la communication qui a été suivie d’échanges

« Les populations doivent créer leur propre sécurité… »

C’est pourquoi, il pense que dans ce contexte, les populations doivent, elles-mêmes, être faiseuses de sécurité au lieu d’être uniquement consommatrices. « Les populations doivent créer leur propre sécurité, aidées en cela par l’État », solutionne-t-il, soulignant que la guerre ne peut être gagnée si elle ne s’appuie pas sur les populations.

C’est également dans cet esprit qu’il pense que le dialogue et la réconciliation peuvent faire partie des outils pour vaincre le terrorisme. « Je parle de réconciliation, mais pas celle que nous servent les politiciens. (…). Il faut une réconciliation entre Burkinabè des villes et ceux des campagnes, etc. Il faut travailler à désamorcer les tensions entre les communautés », a, en substance, plaidé l’expert, qui regrette le manque de patriotisme dans la lutte. « On a manqué de patriotisme ; on a privilégié nos intérêts personnels au détriment des intérêts du pays », fustige-t-il.

L’expert a, durant toute la séance, insisté sur la nécessité pour les populations d’être une actrice active, et non passive, de la sécurité

Dans les perspectives, l’expert a expliqué que le fait que l’État reconnaît et condamne publiquement des dérives des VDP et des FDS, de même qu’il interpelle sur la stigmatisation d’une certaine communauté, est une bonne chose. « L’Etat est sur la bonne voie. (…). Si on a l’accompagnement des populations, il est évident qu’on va gagner cette guerre », rassure le spécialiste.

Selon lui, les OSC doivent promouvoir la paix et les valeurs de patriotisme. Elles doivent également œuvrer à protéger les populations et les sensibiliser. Les OSC doivent en outre suivre les actions du gouvernement, car certaines de ses actions desservent beaucoup plus qu’elles ne servent. Elles doivent aussi sensibiliser les populations sur les enjeux et les contours de certaines décisions sécuritaires afin d’avoir leur adhésion, ajoute-t-il.

« Si les populations ne comprennent pas le bien-fondé de certaines décisions, elles adhèrent difficilement. Par contre, si elles sont sensibilisées et comprennent, elles adhèrent facilement et cela facilite la lutte », encourage l’ancien pandore, Mahamoudou Savadogo.

O.L

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