Guerre Russie Ukraine : La guerre, partout, a le même visage hideux en Europe ou au Sahel

Le monde entier sait qu’une guerre se déroule encore en Europe en plein XXIe siècle. Elle bouleverse les clichés qui font des nations du sud celles qui seraient permanemment en conflit et elle est, aux dires du président ukrainien, une guerre coloniale de la part de la Russie comme le faisaient au XIXe siècle la France, l’Angleterre, l’Espagne et autres, aux quatre coins du monde pour se partager le monde, en faire un butin, se l’approprier et l’exploiter. Pourquoi cette guerre supplante les autres conflits dans l’actualité ?

Ceux dits mineurs qui se déroulent dans les autres parties du monde : Afrique (Ethiopie, Sahel, Nigeria…), Asie (Syrie, Palestine…) etc. semblent avoir pris fin, tant ils sont oubliés ? Quelle est la nature de cette guerre qui oppose deux pays qui ont les mêmes peuples, deux nations sœurs que l’histoire, la géographie et la langue lient ? Faisons-nous face à une guerre de civilisations ? Quels sont les enjeux des belligérants et de leurs alliés ? Que nous enseigne cette guerre, par rapport à nos conflits au Sahel et à nos comportements ?

On ne peut pas reprocher aux autres de balayer devant leurs portes et de prioriser les conflits qui sont proches d’eux. Nos guerres et nos conflits sont des causes oubliées en Europe et aux Amériques face à la guerre en Ukraine, à leurs portes comme ils disent. Si l’Occident est plus préoccupé par la guerre en Ukraine, c’est qu’elle n’a pas oublié que l’Europe a connu deux conflits qui ont dégénéré en guerres mondiales. Ce n’est pourtant pas le premier conflit post deuxième guerre mondiale en Europe. Il y a eu la guerre en Yougoslavie de 1991 à 2001. La chute du mur de Berlin a donné les premiers coups à la Fédération yougoslave qui s’est disloquée en différentes phases par des guerres ethniques (serbe, bosniaque, croate, albanaise).

Deux décennies après les guerres des Balkans, l’Europe connaît encore la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La présence de la Russie parmi les belligérants est pour beaucoup dans la visibilité de cette guerre qui met aux prises un petit pays face à une superpuissance mondiale qui détient des armes de destruction massive (plus important arsenal nucléaire du monde). Certains avaient pris les paris et s’étaient alignés derrière le plus fort qui allait en finir avec l’Ukraine comme d’une bouchée de pain.

La guerre en Ukraine peut s’interpréter aussi comme une conséquence de la chute du mur de Berlin. En se disloquant, l’Union des républiques socialistes soviétiques a dispersé les Etats qui la composaient. La Fédération de Russie a vu les autres républiques socialistes comme la cause de sa misère et leur a donné leur indépendance. La Russie se prenant pour la vache à lait des autres républiques.

Mais le revers de la médaille a été qu’en abandonnant le socialisme pour le libéralisme, la Russie a perdu son aura internationale et sa puissance aux yeux des peuples. Poutine veut retrouver ce passé glorieux, ce paradis perdu, non en restaurant le socialisme mais en gardant le libéralisme aves ses amis oligarques qui lui obéissent au doigt et à l’œil et des Etats satellites qui respectent ses diktats. Mais avec son voisin de l’ouest, les problèmes ont commencé quand celui-ci a eu vraiment envie de s’émanciper et de prendre son destin en main entre 2013 et 2014 avec les évènements de Maiden où un président pro russe a été renversé par un soulèvement populaire.

Une guerre froide devenue chaude

Après cet échec de mettre sous coupe réglée l’Ukraine comme il venait de le faire avec la Tchétchénie, Poutine a créé les Républiques populaires de Donetsk et Louhansk, en 2014, républiques séparatistes d’Ukraine que seul son pays reconnaît. Cela n’a guère réglé le problème et la Russie le 24 février 2022 a décidé d’envahir l’Ukraine pour en prendre possession. Sur les papiers il n’y avait pas match entre les deux voisins mais voilà que la guerre se nourrit de la guerre. Et le conflit, même s’il ne mobilise pas des troupes américaines et européennes face à la Russie, est une guerre de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) par l’Ukraine interposée.

Ce conflit d’un autre genre écrit un nouveau chapitre de la guerre froide devenue chaude entre l’empire russe et le monde occidental. La guerre froide concernait une guerre entre des systèmes divergents et concurrents au plan économique, social, culturel et idéologique.

La Russie sous Poutine est libérale, la seule différence avec le bloc ouest, est le modèle démocratique que Poutine a verrouillé à son avantage avec l’assentiment de l’armée et des puissants services secrets du KGB dont il était un agent. Ce n’est qu’avec les sanctions occidentales que les entreprises capitalistes européennes et américaines se sont retirées de la Russie. Sinon au plan des affaires et de l’économie, la Russie était un beau pays pour les affaires comme le Royaume uni et les Etats unis.

La Russie et tous ses oligarques cosmopolites dispersés aux quatre coins de l’Europe ne représentent pas un autre système, une autre voie, encore moins le socialisme, mais un libéralisme local, tout comme la Chine, malgré le rouge de son drapeau et la particule populaire accolée à son nom. Elle est une puissance capitaliste. Ce qui éclaire bien cette guerre sous un jour de compétition capitaliste au grand bonheur des constructeurs et marchands d’armes qui voient en cette tuerie l’occasion de tester leurs armes et les vendre. « Pendant que les uns font la guerre d’autres se frottent les mains » : Les marchands d’armes vivent une belle période de bonnes affaires.

Les Etats européens qui dégarnissent leurs stocks d’armes pour aider l’Ukraine font des commandes pour les remplacer et prendre des armes plus sophistiquées. Le gouvernement « pacifiste » allemand a annoncé la mise en place d’un fonds exceptionnel de 100 milliards d’euros pour moderniser son armée, la Bundeswehr, dont les équipements sont vétustes. « Pour la première économie européenne, il s’agit d’assurer la défense de son territoire et de remplir ses engagements envers l’Alliance atlantique, en atteignant l’objectif de consacrer 2 % du PIB national par an à la défense. »

La Russie soumet l’Ukraine à des bombardements aveugles comme ce missile envoyé sur un centre commercial à Krementchouk le 27 juin 2022, pouvant abriter 1000 personnes. Cette guerre qui prend des allures de celle que nous vivons au Sahel, sans règles morales où les groupes terroristes ne font pas la distinction entre les civils et les combattants ne peut pas nous laisser de marbre.

Il est difficile de voir la copie de ton ennemi par les actes qu’elle fait et prétendre que cette copie pourrait être ton ami. Une guerre qui ne fait pas le distinguo entre les civils, les infrastructures civiles, et les militaires et les infrastructures militaires a quitté le champ du droit international. Que ce soit en Afrique, au Sahel ou en Europe, la guerre est la même laide, hideuse et porteuse de souffrances et de malheurs.

Cette guerre d’Ukraine nous jette à la figure nos laideurs dans notre guerre au Sahel. Notre incapacité à soutenir nos frères touchés par un mal. Si les pays sahéliens avaient fait bloc derrière le Mali en soutien en serions-nous là ? Ce qu’il faut retenir de cette guerre d’Ukraine c’est l’évolution du monde à venir. Il ne faut plus l’appréhender avec des concepts anciens pour choisir ses amis ou ses ennemis. Entre tous ces pays le libéralisme les unit alors ils peuvent se retrouver toujours.

Sana Guy
Lefaso.net

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