Crise russo-ukrainienne : L’Afrique ‘‘pleure’’ son sort !

100 jours après le déclenchement des hostilités entre Moscou et Kiev, les Etats africains, importateurs de matières premières agricoles, énergétiques et même de nourriture, sentent fortement le poids du conflit.

Macky Sall, le président en exercice de l’Union africaine, se voit mandater pour se rendre dans les deux capitales, comme pour dire que dans ce conflit, les Africains ne semblent plus être victimes collatérales, mais plutôt victimes principales. En attendant de voir si le messager du continent africain a été réellement entendu, chaque Etat se démêle comme il peut pour contenir le phénomène de vie chère.

Le prix du carburant continue de flamber dans les pays africains, emportant du coup une hausse des prix des produits de première nécessité. Le Burkina en mi-mai, la Côte d’Ivoire (qui réajuste chaque mois), le Bénin, le Cameroun, la Guinée Conakry (où une manifestation contre la hausse a même entraîné un mort, le 1er juin), le Sénégal qui vient d’annoncer une augmentation de 115 francs sur le prix du supercarburant à partir de dimanche 5 juin 2022…, pour ne citer que ceux-là, subissent le phénomène, au grand dam de leurs populations.

Une hausse qui vient après celle déjà exacerbée par le covid-19, en plus de la crise sécuritaire pour certains Etats africains comme le Burkina, le Mali, le Niger.
Dès lors, chaque pays tente de multiplier les mesures pour amoindrir le choc. L’Etat ivoirien a, par exemple, consenti un effort d’environ 120 milliards de F CFA, de janvier à avril 2022, pour préserver le pouvoir d’achat des ménages vivant en Côte d’Ivoire (subventions des produits).

Le gouvernement du Bénin a, en mars 2022, décidé d’agir entre autres sur les produits de grande consommation tels que le riz, l’huile, le blé pour faire face à la cherté de la vie.

Le gouvernement a également suspendu le « réajustement des tarifs d’électricité jusqu’à la fin de l’année afin de les maintenir au même niveau que l’année 2021 ».
Une fois de plus, cette crise expose la fragilité des Etats africains, les uns aussi vulnérables que les autres. L’on assiste même à des mesures de plusieurs pays, consistant à interdire la sortie de céréales de leur territoire.

Dans un tel contexte, difficile également de construire un espace communautaire de solidarité réelle.
« Les questions de l’approvisionnement et de la dépendance de certaines économies africaines aux marchés russe et ukrainien constituent le premier point de tension, aux conséquences immédiates.

Parallèlement, l’envol des prix des biens alimentaires et de l’énergie constitue une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire. Enfin, compte tenu de leur environnement macro-économique dégradé, de nombreuses économies africaines n’ont que peu de marge de manœuvre pour soutenir leur population et font face à une forte tension budgétaire. (…).

La dépendance aux exportations ukrainiennes et russes de produits agricoles, mais aussi d’énergie et de matériaux nécessaires à la production d’infrastructures est devenu un problème de taille depuis le début de la guerre pour certaines économies du continent africain », a dépeint, dans une étude livrée en avril 2022, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (laboratoire d’idées et de recherches sur les grandes questions internationales).

Dans un tel climat, et avec des saisons agricoles précédentes qui ont été capricieuses dans certaines parties de l’Afrique, il faut craindre des tensions liées à la faim, si de bonnes stratégies ne sont pas mises en place.

En un mot comme en mille, la situation interpelle, une fois de plus, sur l’impératif pour chaque Etat africain de travailler pour dépendre de moins en moins, surtout alimentairement, de facteurs extérieurs. Au Burkina par exemple, le potentiel agricole existe, il suffit d’une volonté politique et d’une organisation concrète. Auto-suffisant, le pays aurait certainement résolu une grande partie de ses angoisses.

OL

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