Cancer du sein : Appel à l’aide d’une femme en détresse !

De nature mortelle, le cancer du sein se manifeste par une tumeur qui se développe au niveau du sein ou de l’aisselle.  Il peut être soigné et guéri si la tumeur est découverte à temps. Le coût des traitements est très onéreux et beaucoup de femmes qui en souffrent peinent à se soigner. En plus, le sujet du cancer de sein ne court pas les rues, faute de communication et de sensibilisation à grande échelle. Conséquence, beaucoup de femmes malades du cancer de sein sont soit rejetées, soit stigmatisées. A l’exemple de Madina Soré (nom d’emprunt) qui a le cancer de sein, faute de moyens et de soutien, peine à survivre. Lisez plutôt son histoire !

Madina Soré est de la quarantaine, épouse et mère de quatre enfants. A l’époque, vendeuse de soja, c’est en 2019, lors d’un voyage sur Abidjan qu’elle découvre qu’elle est atteinte du cancer du sein. Ayant constaté une boule au niveau de son sein, elle décide de se rendre à l’hôpital pour des examens qui lui révèleront la tumeur.

Loin de sa famille, c’est avec tristesse qu’elle découvre qu’elle est atteinte de la maladie. « J’étais à Abidjan quand j’ai senti une boule au niveau de mon sein droit. J’ai expliqué à mon frère qui m’a dit d’aller à l’hôpital. Après la mammographie et la biopsie, le verdict est tombé et malheureusement, c’était le cancer », relate-elle avec amertume.

Une fois à Ouagadougou, au vu de la dégradation de sa santé, Madina décide d’informer sa famille sur le mal qui la consume non sans crainte d’être rejetée. « Quand je suis arrivée à Ouagadougou, plein de questions me taraudaient l’esprit. Comment va réagir mon mari ? Mon entourage ? Et mes enfants ? Qu’est-ce que demain me réserve ? », raconte-elle avec tristesse.

Après avoir informé sa famille, sur instruction de son mari, elle est envoyée chez un autre médecin pour un autre diagnostic. Mais le verdict est resté inchangé. « Mon mari a fait venir un médecin pour un autre diagnostic.

Mais le verdict fut le même. Alors, mon mari est allé chercher des produits de l’indigénat pour que je fasse un traitement traditionnel. Pourtant, le médecin m’avait sommée de n’utiliser aucun produit non homologué sur la plaie.

Parce que la plaie sur le sein n’est pas une plaie comme les autres. C’est alors que mon enfer commence. Il a cessé tout contact avec moi. Car pour lui, j’ai défié son autorité en refusant de me soigner selon ses principes », explique-t-elle avec désarroi et d’ajouter que son refus a engendré beaucoup de problèmes.

le désespoir face au coût exorbitant des examens 

Découverte en 2019, et au vu de l’état d’avancement de la maladie,  Madina explique que sa tumeur nécessitait d’abord des séances de chimiothérapie avant l’intervention chirurgicale. Faute de moyens financiers pour le traitement, la tumeur s’est développée au point de devenir une plaie.

Notons que le traitement du cancer de sein nécessite très souvent une chimiothérapie, une mastectomie et s’en suit les autres traitements connexes. Alors,  pour le cas de Madina Soré, il fallait débourser la somme de 50.000 F CFA par séance de chimiothérapie soit 400.000 F CFA pour les 8 séances  qui lui ont été recommandées. Et sans les frais des examens en aval.

Appel à l’aide

L’atrocité de la douleur et la gêne occasionnée par la plaie ont contraint Madina Soré à abandonner son commerce, principale source de ses revenus. Ne sachant  quoi faire pour bénéficier des soins, elle se rend à l’action sociale en vue d’un accompagnement financier.

« A un moment donné je ne pouvais pas faire trop de mouvement à cause de la plaie, aussi, je ne pouvais pas soulever de charge donc, j’ai arrêté mon commerce. Sans rien dans ma poche pour assurer les frais de mes soins, je suis allée à l’action sociale afin qu’elle m’aide à payer mon traitement », relate-elle avec une très grande tristesse.

Grace à l’aide de l’action sociale, Madina Soré débute les séances de chimiothérapie en 2021. Et cette aide concernait seulement une partie de ces séances de chimiothérapie.

A la suite de l’aide de l’action sociale, et sans aucune ressource pour la suite de son traitement, elle relate avoir pris contact avec une association venant en aide aux victimes du cancer de sein. L’association en question c’est l’association zéro cancer au féminin.

« Quand j’ai contacté l’association pour leur soumettre mon problème, ils m’ont aidée à terminer mes séances de chimio restantes. Grâce à leur soutien et celui des personnes de bonnes volontés j’ai pu subir la mastectomie (ablation du sein touché). L’intervention médicale  a coûté près de 375.000 F CFA sans compter les frais d’hospitalisation et des médicaments pour la cicatrisation de la plaie », fait-elle savoir.

l’intervention médicale n’est pas synonyme de fin de la maladie car d’autres examens et traitements viennent en aval

Pour Madina Soré, le cancer de sein est une maladie que n’importe quelle femme peut contracter.  Et d’inciter les femmes à la vigilance en ce qui concerne leur poitrine car le minimum de changement à ce niveau peut être un facteur à risque. Aussi, nous apprend-t-elle, que l’intervention médicale n’est pas synonyme de fin de la maladie car d’autres examens et traitements viennent en aval.

Alors, d’un air médusé, elle fait part de son désarroi face à sa situation post opératoire.  « J’ai subi l’opération médicale en décembre 2021. Jusqu’à la fin du premier trimestre de 2022, je n’ai pas reçu d’autre traitement. Lors de ma dernière consultation, on m’a soumis deux autres examens. Le premier fait 75.000 FCFA et le second tend vers 80.000 FCFA.

Je n’ai plus rien et ceux qui m’aident aussi m’ont un peu lâchée. Mais je ne les blâme pas. Ils ont fait de leur mieux. Pourtant, sans les résultats de ces deux examens, on ne peut pas me délivrer un traitement. Donc je demande de l’aide aux uns et aux autres afin de finir mon traitement », supplie-t-elle d’une voix tremblante.

le cancer c’est un combat

A entendre Madina Soré, les difficultés liées aux traitements du cancer ne sont pas que financières et physiques. Il y a aussi le cadre psychologique qui n’est pas à négliger.  En effet dit-elle, quand on a le cancer de sein, il faut avoir un mental d’acier. 

« Les gens disent que le cancer c’est un combat et c’est vrai. Souvent tu arrives à l’hôpital, avec la douleur tu passes ton temps à tourner. Tu pars voir un médecin au deuxième niveau, après tu descends pour voir un autre ainsi de suite, peut-être deux ou trois fois de suite.

En plus avec le mal que tu traînes, il y a des médecins qui ne sont pas souvent compréhensifs, ils sont à la limite agressifs.  Mais je me dis que c’est souvent dû à la fatigue et au stress. Mais ce n’est pas facile pour nous les maladesSi tu n’as personne pour te remonter le moral c’est le désespoir qui va te tuer en lieu et place du cancer », nous apprend-elle.

Si Madina a des difficultés financières et ne bénéficie pas du soutien conséquent de son mari, ce n’est pas le cas de toutes les femmes malades du cancer de sein. Nous sommes allées à la rencontre du couple Paré dont la femme est également  souffrante du cancer de sein.

Il est très difficile pour la femme de vivre avec cette maladie d’autant plus que quand elle doit se séparer d’une partie de son corps qui n’est autre qu’un symbole de sa féminité…

Roland Paré (nom d’emprunt), époux de la victime,  nous fait savoir que leur quotidien n’est pas facile mais ils essayent de se soutenir pour aller de l’avant. « Il est très difficile pour la femme de vivre avec cette maladie d’autant plus que quand elle doit se séparer d’une partie de son corps qui n’est autre qu’un symbole de sa féminité », a-t-il laissé entendre pour spécifier qu’à ce stade, le soutien moral et psychologique est primordial.

Conseils aux hommes!

Pour Roland Paré, c’est scandaleux d’abandonner sa femme parce qu’elle a contracté le cancer de sein. Ne pouvant que compatir aux douleurs de celle-ci, il indique la marche à suivre. « Le conseil que je peux donner aux hommes qui vivent cette situation, c’est de vraiment garder leur calme et soutenir au maximum leur femme.

Avoir un sang-froid et éviter toute sorte de quiproquo. Car cela peut jouer sur sa santé. Aussi je leur demande de ne pas abandonner leurs femmes, de la soutenir moralement, et physiquement, être là à chaque fois que le besoin se fera ressentir. Ne jamais la laisser à sa propre guise car cela joue beaucoup sur sa guérison », a-t-il insisté comme pour faire prendre conscience aux uns et aux autres.

De plus en plus, des associations luttant contre le cancer de sein voient le jour. Très souvent ces associations luttent pour les sensibilisations et les dépistages précoces du cancer de sein. Et l’association Zéro cancer au féminin s’est fixé cet objectif.

les associations sensibilisent, mais !

Suzanne Sidiyané, présidente de ladite association, explique les objectifs de son association. « Nous faisons la sensibilisation et le dépistage gratuit du cancer de sein.  Nous organisons aussi des petits ateliers thématiques avec les femmes où nous apprenons aux femmes à se maquiller, à attacher le foulard. En plus, nous initions de petites causeries débats entre elles. Il y a l’accompagnement psychologique que nous faisons », a indiqué la présidente de l’association.

Qui blâmer?

Bien que l’effectivité des soins et du traitement soient une réalité au Burkina Faso, cela n’en demeure pas moins des coûts qui ne sont pas à la portée du citoyen lambda. en effet,  Sawadogo Yobi Alexis, gynécologue au CMA de Bogodogo, a laissé entendre que le coût du traitement dépend du programme personnalisé de soins retenu pour la patiente. Et cela en fonction de la maladie, et aussi des structures de prises en charge.

Par ailleurs, il a sous-entendu que les coûts lui semblent élevés compte tenu des moyens limités de la plupart des patientes.  « Un programme national de prise en charge des cancers qui permettrait de subventionner les soins, mieux de les rendre gratuits serait salutaire pour les patientes », a espéré Dr Sawadogo.

Pour l’heure le cancer du sein est une réalité et beaucoup de femmes, faute de moyens financiers lâchent prise pour attendre la fin de leurs jours.

Comme Madina, des centaines de femmes vivent avec le cancer du sein, abandonnées par leurs conjoints. A qui la faute ? Aux femmes elles-mêmes ? Aux gouvernants ? Aux associations ? Aux manques de communication autour de la maladie ? Ou parce que les hommes ne sont pas pris suffisamment en compte quand il s’agit de sensibiliser sur la maladie ?

Aminata Catherine SANOU

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