Bilan de cinq mois de reconquête du Burkina : Des Dédougoulais prennent à contrepied le chef de l’Etat

Le dimanche 4 septembre 2022, le président de la transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba a estimé que sur le volet de la lutte contre le terrorisme, la stratégie fondée sur la réponse militaire et le dialogue avec les groupes armés a commencé à produire des résultats « perceptibles » avec à la clé « une relative accalmie dans plusieurs localités ». Mais cette annonce-bilan de cinq mois de reconquête du territoire national du chef de l’Etat passe difficilement chez nombre de citoyens de Dédougou à qui nous avons tendu le micro le lendemain de ce discours.

Clarisse Coulibaly, coiffeuse : Est-ce que le président est au courant de ce qui se passe à Solenzo ?

Clarisse Coulibaly, coiffeuse

« Selon moi, la situation sécuritaire ne va pas. Sur les réseaux sociaux, nous apprenons chaque jour de mauvaises nouvelles. Par exemple, les populations de Solenzo sont en train de fuir et la ville est depuis pratiquement un mois sous le contrôle des groupes armés. Je tente depuis longtemps de contacter des membres de ma famille qui sont là-bas, mais sans succès. Je ne sais pas ce qu’ils deviennent. Je me demande si le président est au Burkina ou bien comme ça va à Ouagadougou, il pense que c’est partout dans le pays que la situation sécuritaire s’améliore ? Si ça va chez le président, chez nous ça ne va pas. Avant, on pouvait aller dans les petits villages de Dédougou pour mener des activités, aujourd’hui cela n’est plus possible. »

Yacouba Zerbo, menuisier : La pluie bat les personnes déplacées

Yacouba Zerbo

« Ce que le président a dit dans son discours que ça va, c’est chez lui sinon chez nous ça ne va pas. Chez les déplacés, ça ne va pas. Le président mange et dort. Mais, est-ce que les populations mangent et dorment ? Non. Il doit penser à cela. La pluie bat les personnes déplacées et l’Etat peine à leur apporter assistance. J’aime le président, mais son discours sur la situation sécuritaire dans le pays n’est pas vrai. Le président ne devrait pas prononcer ce discours. J’ai peur que le discours du chef de l’Etat ne soit une autre source de problèmes pour le pays. »

Amidou Guiro, vendeur de pièces détachées : On ne peut plus se déplacer à 5 Km de Dédougou

Amidou Guiro, vendeur de pièces détachées

« Chez nous à Dédougou, la situation va de mal en pis. Aucune amélioration n’a été constatée. A 5 km de Dédougou, on ne peut pas sortir. Les axes Dédougou-Tougan et Dédougou-Nouna sont contrôlés par les groupes armés et depuis quelques semaines l’Etat a perdu le contrôle sur la ville de Solenzo. Le nombre de personnes déplacées dans la ville de Dédougou a considérablement augmenté. Le président doit revoir ses mots, sinon que dans notre région, la situation sécuritaire est carrément contraire à ce qui a été dit dans le discours du chef de l’Etat. »

Bénédicte Coulibaly, monitrice d’école maternelle : Les environs de Dédougou ne sont plus accessibles

Bénédicte Coulibaly, monitrice d’école maternelle

« Vu ce qui se passe, rien n’a changé, pire, la situation sécuritaire ne fait que durcir. Dans la région (de la Boucle du Mouhoun : ndlr), des villages continuent de se vider et toutes les localités environnantes de la ville de Dédougou ne sont plus accessibles. »

Arouna Kindo, secrétaire général de l’Union régionale de la Confédération générale du travail du Burkina (UR-CGT-B) de la Boucle du Mouhoun : Le bilan est extrêmement négatif

Arouna Kindo, secrétaire général de l’Union régionale de la Confédération générale du travail du Burkina (UR-CGT-B) de la Boucle du Mouhoun

« Aujourd’hui, le bilan que l’on peut faire, c’est de constater ce qui est sur le terrain, ce que les populations vivent. Ce n’est pas d’écouter les gens faire des textes à partir de ce qu’ils veulent ou désirent que le pays soit. En ce qui me concerne, le bilan de la transition sur la question sécuritaire jusqu’à ce jour est extrêmement négatif pour les populations. Mais si les valets locaux et l’impérialisme notamment français trouvent que ce bilan est positif, c’est uniquement à leur avantage parce que d’une manière ou d’une autre, ils soutiennent ça. Pour le peuple burkinabè, c’est très dangereux la pente sur laquelle on est en train d’évoluer. Contrairement à ce que le président a dit dans son discours, nous sommes en train d’aller de mal en pis. Les différentes mesures prises pour lutter contre le terrorisme sont du plâtrage ou du replâtrage et ne peuvent en aucun cas répondre à la question de guerre civile réactionnaire à laquelle nous faisons face. »

Yacouba SAMA

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