Ville de Ouagadougou : Propositions pour résorber de façon durable le phénomène de la congestion routière

Se basant sur des chiffres concrets, Ferdinand Guinko, enseignant et chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, propose, dans l’article qui suit, une panoplie de solutions pour décongestionner la circulation routière.

Le phénomène de la congestion routière est bien visible sur les routes de la ville de Ouagadougou depuis quelques années et a pris des proportions excessives sur certains axes routiers de la ville. Il se manifeste par des embouteillages, des temps de parcours qui s’allongent et une incertitude sur l’heure d’arrivée à destination. La congestion routière affecte quotidiennement la santé, la qualité de vie et le portefeuille de tous les usagers de la route. Ses conséquences se mesurent généralement en temps additionnel de déplacement, auquel sont associés les coûts supplémentaires liés à l’utilisation prolongée des véhicules tels que les coûts associés aux frais de carburant, d’usure et d’entretien.

Les réponses au problème de la congestion routière consistent généralement d’une part à une offre viaire, qui repose sur un accroissement de la capacité du réseau routier en ajoutant de nouvelles routes, ou en la réduction de la demande automobile ou en l’accroissement de l’offre en matière de transport en commun ou encore en associant plusieurs de ces solutions.

De nombreux articles sont parus dans la presse locale proposant qui une stratégie de mobilité pour le transport urbain au Burkina Faso ou des dispositions palliatives pour la mobilité urbaine au Burkina Faso ou encore un projet pour rendre la capitale burkinabè plus attractive en 2050 ou enfin un plan d’intercommunalité du Grand Ouaga. A travers le présent article, nous apportons notre petite contribution au débat. Nous proposons surtout des solutions durables pour résorber le phénomène de la congestion routière dans la ville de Ouagadougou, et accessoirement des solutions pour réduire le nombre d’accidents de la route dans la ville de Ouagadougou.

Dans la suite de ce document, nous présentons d’abord quelques statistiques de la population et du parc routier, du Burkina Faso. Nous présentons ensuite une liste de recommandations avant de conclure.

Quelques chiffres

Entre 2006 et 2020, comme indiqué dans le tableau 1, le nombre d’habitants de la ville de Ouagadougou est passé de 1 475 223 à 2 684 052 [13]. Sur la base de ces chiffres, pour les besoins de notre étude, nous estimons d’ici 5 ans, en 2026, le nombre d’habitants de la ville de Ouagadougou à 3 469 074.

Tableau 1 : Evolution de la population de la ville de Ouagadougou

Concernant le parc constitué des premières mises en circulation cumulées des tricycles immatriculés dans la ville de Ouagadougou, les données disponibles dans l’annuaire statistique 2019 du secteur des transports sont celles de la période allant de 2016 à 2019.

Ainsi que l’on peut le voir sur le tableau 2, le nombre de tricycles dans la ville de Ouagadougou est passé de 3 671 en 2016 à 12 703 en 2019. Selon la tendance de cette évolution, pour les besoins de notre étude, nous estimons que dans 5 ans, en 2026, ce nombre sera d’environ 236 478.

Tableau 2 : Évolution du parc (Premières mises en circulation cumulées) des tricycles immatriculés dans la ville de Ouagadougou

Dans l’annuaire statistique 2019 du secteur des transports 2019 est disponible le nombre de taxis 4 roues dans la ville de Ouagadougou, pour les années 2016 à 2019. Le tableau 3 montre que le nombre de taxis 4 roues dans la ville de Ouagadougou s’élevait à 4 700 en 2016 et à 5 848 en 2019. Ce qui nous permet, pour les besoins de notre étude, d’estimer ce nombre à 9 933 environ en 2026.

Tableau 3 : Évolution du nombre de taxis 4 roues dans la ville de Ouagadougou

Quant au nombre de places offertes par la Société de Transport en Commun de Ouagadougou (SOTRACO), les chiffres disponibles dans l’annuaire du secteur des transports 2019 sont ceux des années 2010 à 2019. Ainsi comme indiqué dans le tableau 4, la SOTRACO offrait en 2010 12 056 places et 10 419 places en 2019, pour la ville de Ouagadougou, ce qui nous permet, pour les besoins de notre étude, d’estimer ce nombre à 16 395 en 2026.

Dans l’annuaire du secteur des transports pour le Burkina, ne sont disponibles que les données des années 2018 et 2019, données qui s’avèrent insuffisantes pour formuler une estimation.

Tableau 4 : Évolution du nombre de places offertes par la SOTRACO (en milliers)

Tableau 5 : Évolution du nombre de bus fonctionnels

Dans l’annuaire du secteur des transports 2019, les statistiques disponibles concernant l’évolution du nombre de bus fonctionnels, de la SOTRACO, sont celles des années 2010 à 2019. Nous avons estimé, pour les besoins de notre étude, l’évolution du nombre de bus fonctionnels, de la SOTRACO pour les années 2020 à 2021 ainsi qu’indiqué dans le tableau 5.

Tableau 6 : Évolution du nombre de passagers transportés par tickets par la Société de transport en commun (SOTRACO) (en milliers)

Dans l’annuaire du secteur des transports 2019, les statistiques disponibles concernant l’évolution du nombre de passagers transportés par tickets par la Société de transport en commun, SOTRACO, sont celles des années 2010 à 2019. Nous avons estimé, pour les besoins de notre étude, l’évolution ce nombre pour les années 2020 à 2021 ainsi qu’indiqué dans le tableau 7.

Tableau 7 : Évolution du nombre d’abonnés de la SOTRACO

Concernant le nombre d’abonnés de la SOTRACO, les chiffres disponibles dans l’annuaire du secteur des transports 2019 sont ceux allant de 2010 à 2019. Ces chiffres concernent de façon spécifique l’évolution du nombre d’abonnés de la SOTRACO par type. Pour obtenir l’évolution du nombre d’abonnés de la SOTRACO pour « Tous types confondus », nous avons additionné, pour une même année, respectivement pour Ouagadougou et Burkina Faso les valeurs des propriétés « Élèves, étudiants et personnes du troisième âge » et « Autres usagers ». Ainsi pour Ouagadougou et pour l’année 2010, pour la propriété « Tous types confondu », le nombre d’abonnés de la SOTRACO est 17421. Nous avons estimé, pour les besoins de notre étude, le nombre d’abonnés de la SOTRACO pour la période allant de 2020 à 2026 comme illustré dans le tableau 7.

Tableau 8 : Évolution du nombre total de contrôles techniques réalisés à Ouagadougou

Tableau 9 : Répartition des accidents de la route constatés à Ouagadougou

Quant au tableau 9 seuls sont disponibles, pour la ville de Ouagadougou, les chiffres de la répartition des accidents de la route constatés à Ouagadougou des années 2003 à 2019. Nous avons estimé ce nombre pour les années 2020 à 2026 comme le montre le tableau 9. Remarquons comme l’indique le tableau 9, que, les villes où ont eu lieues une bonne partie des accidents recensés n’ont pas été précisées. Précisons enfin que les chiffres présentés dans le tableau 9 ne concernent que ceux des accidents déclarés auprès des structures compétentes.

Méthodologie de calcul des estimations

Comment avons-nous procédé pour projeter la population de Ouagadougou de 2021-2026 ? Les projections de la population de la ville de Ouagadougou disponibles à l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), se limitent en 2020. Pour les besoins de notre travail, nous avons donc fait des estimations pour les années 2021-2026. Ainsi la projection 2021-2026 de la population de la ville de Ouagadougou, présentée dans le tableau 1, a été obtenue selon la méthode décrite ci-dessous :

-  nous avons calculé la série des indices d’évolution annuelle de la population de la ville de Ouagadougou de 2006 à 2020. Soit Pi : la population de Ouagadougou à l’année i, Pi-1 : la population de Ouagadougou à l’année i-1. L’indice d’évolution Ii entre l’année i et i-1 est Ii=Pi/Pi-1. On obtient ainsi I1, I2, …..In.

-  nous avons calculé une évolution moyenne (Mn) de la série des indices d’évolution calculés précédemment entre 2006 et 2020 : Mn= (I1+I2+I3+….+In)/n

-  l’estimation de la population de la ville de Ouagadougou pour l’année 2021 est obtenue en multipliant la population de Ouagadougou en 2020 par l’évolution moyenne Mn calculée comme suit : P2021= P2020*Mn, P2022=P2021*Mn et ainsi de suite jusqu’en 2026.

Graphique 1 : évolution de la population de Ouagadougou et celle du nombre d’accidents constatés à Ouagadougou

Graphique 2 : évolution de la population de Ouagadougou et celle des contrôles techniques réalisés à Ouagadougou

Graphique 3 : évolution du nombre de places offertes par la SOTRACO et celle de la population de Ouagadougou

En somme :

Il existe une corrélation entre évolution du nombre d’habitants de la ville de Ouagadougou croissance du du nombre total de contrôles techniques et accidents impliquant tout type de véhicule à moteur roulant : plus la population augmente, plus le nombre de contrôles techniques, c’est-à-dire de véhicules à moteur augmente ainsi que le montre le graphique 2, et plus le nombre d’accidents impliquant tout type de véhicule à moteur roulant augmente comme illustré sur le graphique 1. Si la tendance se poursuit, le nombre d’accidents sera tel qu’il sera très risqué de circuler à Ouagadougou à cause du grand risque d’accidents.

Paradoxalement à cela, le nombre de places offertes par la SOTRACO et le nombre de bus en service augmente moins vite comparativement à l’évolution de la population et du nombre total de contrôles techniques, comme le montre le graphique 3. Pour diminuer le nombre des véhicules automobiles sur la route, il faudrait que la SOTRACO améliore son offre de transport en augmentant proportionnellement à l’évolution de la population, le nombre de places offertes et le nombre de bus en service d’autant plus que 1 bus équivaut à 50 voitures [15].

Pour résoudre le phénomène de la congestion routière à Ouagadougou, les solutions ci-dessus évoquées, ainsi que la solution des voies alternées demeurent très insuffisantes. Celle des voies alternées s’avère même inefficace à moyen terme et plus. Aussi faudrait-il encore appliquer les recommandations présentées ci-dessous.

Recommandations

1. Réduire le parc de véhicules routiers à Ouagadougou de 2/3 et le maintenir constant à ce niveau.

2. Rehausser le niveau de sévérité du contrôle effectué par le CCVA : il est difficile de comprendre comment des véhicules dont les tuyaux d’échappements sont de véritables cheminées, ou dont le châssis est littéralement tordu, ou désaxés, ou ayant un défaut d’éclairage, ou freinant visiblement avec peine, … passent avec succès tous les contrôles des forces de l’ordre, ce qui laisse supposer qu’ils disposent d’un certificat du CCVA valide.

3. Augmenter la fréquence du renouvellement des immatriculations des véhicules : rendre le renouvellement annuel comme cela se fait dans certains pays : Canada [9], USA. Cela peut compenser la diminution des taxes engendrées par la réduction de la taille du parc de véhicules.

4. Limiter l’âge d’importation des véhicules à 5 ans, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, sauf véhicules spéciaux ou aux fins de collection.

5. Augmenter les taxes surtout leur valeur, appliquées aux véhicules automobiles et aux engins à deux roues motorisés, car la possession d’un véhicule à moteur surtout, nécessite des moyens conséquents pour son entretient. C’est à défaut de moyens conséquents pour les entretenir que les véhicules à moteur deviennent de véritables cheminées, ou désaxés, ou ayant un défaut d’éclairage, ou sans freins, … Augmenter notamment les frais de dédouanement. L’augmentation des valeurs des taxes découragera plus d’un à posséder une voiture. Cas de Singapour [7, 8].

6. Mettre fin à la subvention par l’État du carburant pour décourager l’usage abusif des véhicules à moteur.

7. Bonifier l’offre en matière de transport en commun. Prévoir des voies réservées pour faciliter le déplacement des véhicules de transport en commun. En créer ou en construire sur les axes routiers critiques de la ville de Ouagadougou, dont la largeur actuelle de la chaussée ne permet pas la création de ces voies. Puisque la ville de Ouagadougou dispose maintenant d’échangeurs au niveau de ses 4 coins cardinaux, les autobus de la SOTRACO, de grande capacité, de 80-100 places par exemple, pourraient convoyer les passagers depuis le centre-ville jusqu’au niveau des 4 échangeurs. A partir des 4 échangeurs, des autobus de petite capacité, jusqu’à 10-20 places par exemple pourraient convoyer les passager jusqu’aux confins des quartiers de la ville. L’avantage des autobus de petite capacité est qu’ils peuvent sillonner plus facilement les rues et ruelles parfois étroites des quartiers périphériques de la ville.

8. Fixer des horaires, pendant les heures creuses, ou nocturnes, de circulation des camions remorques et semi-remorques de transport de matériels et de marchandises. Des camionnettes peuvent être utilisées par les propriétaires de ces véhicules de grande dimension pour effectuer les différentes livraisons dans la ville en dehors des heures creuses.

9. Dans la mesure du possible, encourager les structures publiques et privées, déconcentrées à l’échelle de la ville, à réaffecter leurs personnels dans les services les plus proches de leur domicile.

10. Encourager les parents, voir les contraindre à scolariser leurs enfants dans l’établissement adéquat le plus proche possible de leur domicile, comme cela se fait en France, notamment en ce qui concerne les éducations pré-scolaire, primaire et secondaire.

11. Encourager, par des mesures d’incitation, dans la mesure du possible, les travailleurs des structures publiques et privées qui le désirent, à se reloger près de leur lieu de résidence. Voir à titre d’exemple le trafic engendré dans la circulation, pour un travailleur qui habite la trame d’accueil du quartier Balkuy et qui travaille dans une structure localisée à Tampouy ou pour quelqu’un qui habite la zone de Zagtouli et qui travaille au quartier Kossodo ! Voir aussi comme corollaires le temps perdu dans la circulation par ces travailleurs et ce que cela leur coûte sur le plan socio-économique.

12. Encourager prudemment le co-voiturage comme cela se fait dans de nombreux pays, et voir comment l’adapter au contexte local, eu égard surtout au contexte sécuritaire délicat.

13. Faire la promotion du vélo.

14. Réduire les aires de stationnement notamment au centre-ville et sur les voies de grande circulation. Taxer le stationnement sur les places de stationnement restantes du centre-ville. Cela incitera les gens à s’intéresser au transport en commun.

15. Exiger le code de la route à tout utilisateur d’un véhicule à moteur à 2 roues au moins. Ce cours peut être allégé pour les utilisateurs d’un véhicule à moteur à 2 roues au moins.

16. Exiger le port du casque à tout utilisateur d’un véhicule à moteur à 2 roues au moins.

Remerciements

Remerciements au Ministère des Transports, de la Mobilité Urbaine et de la Sécurité Routière et à l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD) pour avoir rendu disponibles les nombreux documents référencés dans cet article, sur leur site web respectif.

Auteur :
Guinko Ferdinand
Enseignant/Chercheur, Université Joseph KI-ZERBO

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