Saison agricole et préparation des sols : Les conseils de l’ingénieur agronome et spécialiste du sol, Belo Hema

S’il est reconnu que le sol est une ressource indispensable pour l’agriculture, son entretien et sa protection ne se sont pas toujours faits dans les règles de l’art au Burkina Faso. La preuve, les sols sont dégradés, laissant les populations avec des récoltes en deça des attentes. Pourtant, plus de 80% de la population burkinabè tire sa pitance quotidienne de ce sol. Pour vous proposer des solutions à l’orée de cette campagne agricole qui s’annonce, Lefaso.net est allé à la rencontre de l’ingénieur agronome et spécialiste du sol, Belo Hema, au Bureau national des sols (BUNASOL).

Lefaso.net : Parler d’agriculture, c’est aussi parler de sols. Dites-nous, combien de types de sols a-t-on au Burkina Faso ?

Bélo Hema : On a plusieurs types de sols au Burkina Faso, notamment neuf classes sur les douze que compte le monde entier. Ce qui montre que nous avons des ressources importantes en matière de sols. On enregistre, entre autres, des sols ferrugineux qui sont les sols les plus répandus dans le pays et qui représentent plus de 36% des types de sols du pays. Il y a les sols dans les bas-fonds appelés sols hydromorphes.

Ces types de sol conviennent souvent aux cultures qui sont pratiquées dans les bas-fonds, à savoir le riz, le sorgho, etc. Il y a également les sols peu évolués qui se retrouvent dans le lit des cours d’eau ou parfois sur les hauteurs. Ces sols sont très profonds mais légers, et conviennent à la culture des céréales. Les lithosols sont des sols que l’on retrouve dans les collines ou les montages. Ces sols sont impropres à tout type de cultures mais favorables à l’élevage et à d’autres types d’ouvrages tels que les habitations.

Il y a des sols très riches en argile connus sous le nom de vertisols qui sont rares et que l’on retrouve un peu dans la Boucle du Mouhoun et un peu dans le sud du pays. Les sols brunifiés qui sont beaucoup plus répandus dans le Sourou et qu’on retrouve pratiquement dans la moitié des provinces du pays. Ces types de sols sont beaucoup riches en éléments nutritifs que les autres types de sols, mais leur contrainte principale, c’est que ce sont des sols qui sont lourds et difficiles à travailler à sec. La liste n’est pas exhaustive, mais c’est l’essentiel des sols répandus dans le pays.

Quel type de sol est favorable à l’agriculture et à quel type de cultures ?

Les sols les plus fertiles pour l’agriculture sont les vertisols et les sols brunifiés, qui conviennent beaucoup plus aux céréales. Et quand on parle de céréales, il y a le riz, le maïs, le sorgho et le blé.

C’est bientôt la saison agricole et le Burkina Faso est frappé par une canicule. Quelles sont les dispositions que les paysans doivent prendre pour préparer les sols pour les semis ?

La préparation des sols est une activité très importante avant le début de toute campagne agricole. Car cette activité détermine la suite de la campagne. Alors, pour préparer les sols, nous conseillons de suivre les conseils qui sont donnés par l’encadrement technique des services agricoles. En gros, il s’agit de préparer les états de surface des sols, notamment le nettoyage des débris végétaux qui sont souvent rassemblés en tas, mais et il faut éviter toutefois de mettre du feu dans ces tas.

Une fois que le nettoyage est fait, il faut attendre que la situation d’humidité soit propice pour aller au labour dans les cas où il faut labourer. Parce que, ce n’est pas dans tous les cas qu’on laboure. Les cas où il faut labourer, on attend que la situation soit propice. C’est-à-dire après les premières pluies, on peut aller pour labourer. Une fois que c’est labouré, il y a le reste des opérations à savoir le pulvérisage, la préparation des lits de semis et il y a la fumure qu’il faut apporter.

Dans ces préparations, il faut éviter, en plus de ne pas mettre du feu, d’utiliser les insecticides, les pesticides. C’est très important. Pendant que vous êtes en train de préparer, il faut penser aux semences qui seront utilisées, parce qu’elles doivent être adaptées. C’est très important, et les producteurs le savent. On ne met pas toute culture dans tout type de sol. Il y a des sols qui conviennent à des types de cultures.

Quel est l’état des lieux en matière de dégradation des sols au Burkina et quelles sont les causes les plus fréquentes ?

Tout le monde sait qu’au Burkina Faso, les sols ont subi une énorme dégradation, ils sont suffisamment éprouvés. La preuve en est que les rendements que nous avons au niveau national sont très faibles et cela est lié à la dégradation des sols. Mais quelles sont les statistiques ? Je crois que c’est beaucoup plus au ministère en charge de l’Environnement qu’on peut les avoir. Ce que je sais, c’est que sur les neuf millions d’hectares de sols cultivables, une grande partie est dégradée. Mais quelles sont les proportions et à quelle hauteur ? C’est au niveau du ministère de l’Environnement que l’on peut retrouver toutes ces informations.

Pour la dégradation, il faut noter deux causes essentielles. Il y a d’abord la dégradation naturelle au travers des vents et le ruissellement des eaux qui font perdre beaucoup de nutriments à nos sols. En plus des causes naturelles, il y a les causes anthropiques liées aux activités de l’homme, parce qu’aujourd’hui, une large partie des paysans ne connaissent pas leurs sols et ne savent pas comment les entretenir, quel type de cultures il faut mettre çà et là, etc.

Et tout cela est une cause de dégradation. C’est pourquoi, nous invitons les producteurs à se faire accompagner, parce que la situation est critique et il faut trouver des solutions. Sur les neuf millions d’hectares que nous avons, nous n’arrivons pas à produire suffisamment pour nous nourrir et cela est dû à la dégradation des sols, et les gens n’ont pas les techniques nécessaires pour accroître les rendements.

Que faut-il alors faire pour un bon rendement ?

Il y a beaucoup de choses à prendre en compte pour avoir un bon rendement. D’abord, pour produire, il y a trois éléments essentiels qu’il faut prendre en compte, à savoir le sol, le climat et le végétal. Car la production repose sur ces trois pieds et le producteur doit pouvoir maîtriser chacun de ces trois points pour s’attendre à une bonne récolte.

Comment peut-on récupérer les terres pour les rendre propices à l’agriculture ?

La première chose qu’il faut faire, c’est de recourir à des techniciens, parce que la récupération des terres se fait en fonction de la situation qui se présente à vous. On vous dira toujours qu’il faut faire des cordons pierreux, du zaï, des demi-lunes, etc. Mais toutes ces techniques fonctionnent en fonction du terrain sur lequel vous êtes installé.

A titre d’exemple, si vous êtes à Ouahigouya, on sait que là-bas, le zaï a réussi, ainsi que des techniques comme la demi-lune. Donc, il y a plusieurs types de récupérations de sols, notamment les cordons pierreux, les cordons végétalisés. On peut récupérer également les sols en y apportant beaucoup de matière organique, parce qu’elle permet de donner de l’humus au sol.

La matière organique permet au sol de retenir l’eau et de résister beaucoup plus aux agents de décapage et aux autres agents de dégradation. Elle permet aussi au sol de se nourrir parce qu’elle contient des éléments nutritifs. Donc vous avez tout ce paquet qu’on peut conseiller aux producteurs en fonction des situations. Dans le contexte actuel, nous conseillons plus les engrais organiques, notamment la fumure organique.

Belo Hema, ingénieur agronome et spécialiste du sol au Bureau national des sols (BUNASOLS).

Quel type de technique réussit avec quel type de sol ?

Commençons d’abord par les sols ferrugineux. C’est un type de sol qui correspond aux cordons pierreux, aux haies végétalisées, au zaï et même aux demi-lunes, et cela en fonction de la zone. C’est d’ailleurs beaucoup plus sur ces sols que sont pratiqués le zaï et les demi-lunes au nord du pays. Sur les sols brunifiés, on peut faire des haies vivres. Ces sols connaissent moins de dégradation que les autres types de sols, mais on peut les protéger par des haies vivres. Ce sont des sols qui sont difficiles à travailler et ce qu’il leur faut, c’est de la matière organique et non aller faire du zaï.

Il y a également les sols peu évolués qui sont des types de sols un peu fragiles et très profonds. Sur ces sols-là, le zaï et même les demi-lunes ne sont pas conseillés. Ce qui est conseillé, ce sont les cordons végétalisés et les cordons pierreux, et surtout beaucoup plus de matière organique, parce que ces sols ne sont pas suffisamment structurés. Et si l’on apporte de la matière organique, on permet au sol de mieux se structurer. Mais il y a également les sols sur les reliefs résiduels.

Ce sont des sols qui ne peuvent pas être récupérés pour la plupart. Par contre, les sols qui sont sur les plateaux cuirassés, on peut les récupérer. Pour les récupérer, il s’agit de leur faire une reconstruction de profil. C’est-à-dire, faire des amendements, des apports extérieurs de matériaux de sorte à obtenir un profil de sol. Cela est très fastidieux et très onéreux.

Comme il n’y a pas suffisamment d’épaisseur, il faut donc trouver, apporter et étaler de la terre agricole afin de permettre aux racines de se fixer en apportant du sol d’ailleurs. Dans les bas-fonds, il y a souvent des ravines et le ravinement qui sont des décapages plus ou moins prononcés. Et pour leur traitement, il faut des cailloux sauvages empilés dans une construction grillagée appelée gabion pour pouvoir les récupérer.

Qu’en est-il du bocage ?

Le bocage est également une technique qui permet de récupérer les sols dégradés, mais il ne s’applique pas sur tout type de sol. Par exemple, il ne s’applique pas sur les sols sableux.

Le Burkina dispose-t-il d’une politique de protection des sols ?

Oui, le Burkina Faso dispose d’une politique de protection des sols qui est d’ailleurs très récente. C’est un document dont je n’ai pas les références en tête.

Votre mot de fin.

Ce qu’il faut savoir, c’est que tout type de sol peut être récupéré, et nos neuf millions d’hectares de sols au Burkina peuvent être récupérés et protégés. Et cela est un impératif. Car, ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui, avec la rareté des sols, la jachère n’est plus possible. Les gens ne peuvent plus abandonner leurs lopins de terre pour aller labourer ailleurs et revenir cinq ans plus tard.

Donc ils sont obligés de rester sur place. Mais rester sur place suppose que la bande de terre que vous avez doit être protégée et exploitée de sorte à vous faire vivre durablement. Mais, dans le contexte actuel, le producteur est démuni et incapable de faire face à la problématique comme il le faut. Il a donc besoin d’appuis substantiels en information/formation, et il faut lui donner les moyens matériels pour espérer obtenir de bons rendements agricoles. C’est l’une des voies qui s’imposent à nous si nous voulons atteindre l’autosuffisance alimentaire et nutritionnelle dans le pays.

Interview réalisée par Yvette Zongo
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment