Roch Marc Christian Kaboré : Sera-t-il à Place des grands hommes ?

Être président du Faso, peut être un rêve d’enfant, parce qu’on a vu rouler en voiture un dignitaire de la République, accompagné de sirènes et de motards sur des routes dégagées, où les autres sont à l’arrêt, obligés de l’observer comme les vaches dans le pré regardent le train qui passe. De la fonction rêvée à la fonction réelle, beaucoup d’illusions et de toiles d’araignées dans la tête tombent. Qu’est-ce que cette fonction éminente de la République ? Que doivent faire ceux qui l’exercent pour laisser des traces dans l’histoire ?

Le rasage matinal est un exercice barbant. Faisant partie des premiers moments de la journée, c’est un moment où le cerveau se met en marche, où la concentration est difficile parce que l’on commence à penser après le sommeil, d’où les coups de lame maladroits et le sang. À quoi pense le président du Faso en se rasant ?
Roch Marc Christian Kaboré à cette période de son second mandat, doit se donner souvent des coups de lame involontaires au rasage.

Après avoir étrenné puis abandonné le ministère de la Défense, il est obligé de le reprendre après le drame de Solhan. Son second mandat commence comme le premier par une catastrophe humanitaire liée au terrorisme, les questions sur le bilan de son passage à la présidence doivent être les pensées qui l’assaillent quand il se rase. Que va-t-il laisser après son passage à la tête de l’État ? Un pays entier, avec l’intégralité du territoire, et quelle société ?

Il peut essayer des actions d’éclat, des coups publicitaires qui feront la différence d’avec les autres présidents. Mais cela ne fera pas sens dans le temps long et ne le conservera pas dans les mémoires et les livres d’histoire. Que doit faire Roch Marc Christian pour ne pas être un président ordinaire, un président qui n’aura rien laissé aux générations futures, un président auquel l’histoire demandera des comptes ?

Le sens du dernier remaniement réside dans cette préoccupation. S’il a décidé de prendre en charge le ministère de la Défense après le drame de Solhan, c’est pour peser de son poids sur la résolution de la crise sécuritaire qui menace l’intégrité du Burkina Faso. En l’élisant au suffrage universel par deux fois, les Burkinabè lui ont confié leur destin. Et ce destin se joue aujourd’hui de manière importante et cruciale sur le plan de la sécurité. C’est pour avoir lui-même la maîtrise de la défense du pays par les temps troublés que nous vivons.

Insuffler l’enthousiasme et la motivation

En temps de paix, la question territoriale ne serait pas une contrainte importante. Elle relèverait seulement des préoccupations d’aménagement, d’équité et d’accès aux ressources. Le président avait alors le loisir d’impulser sa marque sur d’autres domaines et secteurs de la vie de la nation. Mais aujourd’hui, le président du Faso a la lourde responsabilité de tout faire pour que le pays ne disparaisse pas et qu’aucune portion de son territoire ne lui soit pas enlevée. S’il échoue sur ce plan, il aura tout perdu, il rentrera dans l’histoire comme celui qui n’a pas réussi à défendre le pays et elle (l’histoire) ne lui sera pas indulgente. Et ainsi il perdra toute gloire et toute reconnaissance à l’avenir.

En rencontrant les militaires, des plus hauts gradés aux plus bas de l’échelle, il a dû leur passer le message que la bataille contre le terrorisme ne doit pas être perdue. Il a dû leur insuffler l’enthousiasme et la motivation pour que, plus jamais, il n’y ait un autre Solhan. Pour rentrer dans l’histoire, il faut lutter contre l’adversité. Nous avons des ennemis de partout, ils ont réussi à rentrer chez nous et chez nos voisins et nous attaquent sans répit. Réussir à nous en débarrasser est l’exploit qui est demandé à notre peuple, notre armée, nos dirigeants politiques et militaires.

Notre devoir est de le réaliser et c’est ainsi seulement qu’on écrira l’histoire. Certains vous diront que l’on ne peut pas vaincre le terrorisme, que les Américains se sont retirés d’Afghanistan et que les Français se retirent du Mali et du Sahel. Mais l’histoire est faite de choses que l’on disait impossibles. Et nous, nous n’avons pas le choix, nous n’avons pas un autre pays, une autre terre où aller, si on laisse les groupes terroristes nous retirer la terre de nos ancêtres.

Chaque matin, chacun en se rasant doit se dire avec obstination que nous pouvons le faire. Et chacun à son poste de combat doit faire son travail pour que nous gagnions sur nos ennemis. C’est seulement ainsi que nous écrirons l’histoire et que nos dirigeants accèderont à la place des grands hommes. La lutte contre le terrorisme n’est pas une bataille qui peut être gagnée par un individu quel que soit son talent, c’est la lutte de tout un peuple avec des dirigeants éclairés.

Mettre le holà sur les dérives prédatrices

Une seconde chose doit faire partie des pensées qui viennent au président face à son miroir, la lutte contre la corruption. Elle lui permettra de se différentier de ses prédécesseurs. Depuis Thomas Sankara, rien n’a été fait dans ce domaine. S’il s’y engage, il gagnera en popularité et pourra mobiliser dans la lutte contre le terrorisme. On ne lui demande pas de faire du sankarisme, mais de mettre le holà sur les dérives prédatrices qui diminuent les moyens que l’on peut consacrer à la défense du pays et de son territoire.

Ramener un peu de vertu dans la gouvernance du pays ne peut pas lui nuire au procès de la postérité. A cette préoccupation, doit s’adjoindre celle de la justice pour tous les crimes impunis qu’il est venu trouver dans les tiroirs de la République. C’est un devoir qui lui incombe, et auquel il ne peut pas se dérober. En le faisant, il trace les sillons pour que le pays se réconcilie avec la justice. Et cela lui sera reconnu par les générations futures comme celui qui aura mis fin à l’impunité, ou tout au moins a commencé à juger les crimes impunis.

En décidant avec ses amis Salif Diallo et Simon Compaoré de s’opposer au règne à vie de Blaise Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré prenait la plume pour écrire sur une page blanche de l’histoire. Grâce au peuple, l’insurrection et la résistance au coup d’État de Diendéré sont venues s’écrire en lettres de sang. Le sang et la sueur continuent de couler pour préserver le pays. En tant que président du Faso, il ne doit pas être un des acteurs mineurs de cette histoire.

Sana Guy
Lefaso.net

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