Réformes dans l’enseignement supérieur : La F-Synter dénonce la remise en cause des acquis

Le comité de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER) de l’université Norbert Zongo et de l’Ecole normale supérieure de Koudougou (ENS-K) a tenu le jeudi 26 mai 2021 à l’ENS-K une conférence de presse pour dénoncer les agissements des autorités universitaires et ministérielles en ce qui concerne les nouvelles réformes.

Face à l’adoption de nouveaux textes remettant en cause les acquis du protocole d’accord signé en 2016 lors des négociations entre gouvernement/syndicats, les enseignants-chercheurs du comité de la F-SYNTER de l’université Norbert Zongo et de l’ENS-K a voulu donner de la voix en initiant un point de presse pour montrer aux yeux de tous les agissements des autorités de l’enseignement supérieur.

La signature de ce protocole d’accord visait l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants-chercheurs d’une part, et d’autre part de soutenir les enseignants à temps plein (ETP) à boucler leur thèse de doctorat. Le constat cinq année plus tard, selon le comité de la F-SYNTER, un non-respect des mesures prises, mais surtout l’adoption d’autres textes pour remettre en cause tous ces acquis.

Il s’agit essentiellement de l’adoption de l’arrêté n°2020-189/MESRSI/SG/DGESup/DAQES du 4 juin 2020 et l’adoption du décret 0435 du 9 mai 2019. « En effet, l’arrêté du 4 juin 2020, portant fixation des obligations des enseignants-chercheurs, remet gravement en cause nos acquis. Adopté clandestinement par le MESRSI, il contredit, d’une manière flagrante, l’arrêté conjoint n°2012-108/MESS/MEF du 23 avril 2012 fixant les taux de prise en charge des actes de la vie universitaire », a confié le porte-parole du comité de la F-SYNTER, Dr Issa Sory.

A l’entendre, ces réformes sont en contradiction avec l’arrêté conjoint n°2012-108/MESS/MEF du 23 avril 2012 fixant les taux de prise en charge des actes de la vie universitaire. Cet arrêté supprime selon eux, la prise en charge de la participation aux jurys de délibération et crée sciemment une confusion entre jury de correction et copies supplémentaires.

Tandis que cet arrêté impose à chaque enseignant-chercheur 250 copies statutaires à corriger par an, le secrétaire général du MESRSI, Pr Mahamadou Sawadogo estime que cela devrait être 250 copies par module, à travers une correspondance en date du 14 décembre 2020, adressées aux responsables d’institutions d’enseignement supérieur et de recherche.

A cela s’ajoute une autre interprétation, celle du vice-président chargé des enseignements et des innovations pédagogiques de l’université Norbert Zongo, Pr Issa Moumoula, qui propose, en vue de respecter les critères du système LMD, 250 copies par semestre. Ces différentes interprétations d’un même arrêté laissent penser, selon la F-SYNTER, que les autorités n’ont pas une compréhension claire de leur propre texte.

Autres récriminations

Selon le comité, ce décret vient s’ajouter à d’autres réformes précédentes qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive notamment la note n°2021/007/MESRSI/SG du 12 janvier 2021 du secrétaire général du MESRSI, Pr Mahamadou Sawadogo, qui interdit les enseignants à temps plein (ETP) de se présenter au CAMES, et la note n°2021-255/MESRSI/SG/UNZ/P du 10 mai 2021 du Pr Frédéric Ouattara leur interdisant l’accès aux mesures d’accompagnement à partir de cette année 2021. A ces réformes s’additionnent également l’organisation des examens spéciaux et la validation des enseignements après l’exécution de 75% du temps. A cela il faut ajouter le verrouillage de la création et de l’accès aux Masters ainsi que la limitation du nombre de doctorants à sept par encadreur.

Face à ce silence qui traduit, selon eux, l’indifférence et la mauvaise foi de l’autorité, le comité F-SYNTER de l’université Norbert Zongo et de l’ENS-K a décidé que chaque enseignant corrige 200 copies conformément à l’arrêté conjoint n°2012-108 du 23 avril 2012 et dépose le reste dans son unité de formation et de recherche (UFR). Car selon Dr Sory lors de la rencontre du 15 avril 2021 avec le syndicat et leur ministre, Pr Alkassoum Maiga, celui-ci a déclaré que celui qui n’est pas d’accord avec son arrêté peut déposer les copies. Son ministère dispose du personnel pour les corriger.

« On a l’impression qu’au niveau de ces autorités, le dialogue n’a pas de sens pour eux. Tout ce qui se passe, ce sont des remises en cause, ce n’est pas des nouveaux acquis qu’on veut. Sur la question des copies, c’est notre ministère qui nous a demandé de les remettre. Lorsque nous avons posé le problème de la contradiction des interprétations des textes, au lieu de chercher à comprendre et se rendre compte que le SG s’est trompé, ils disent que si nous ne voulons pas corriger, de ramener les copies, et c’est ce qu’on a fait. On a obéi aux consignes de notre ministère. Nous sommes soucieux de l’avenir de nos étudiants mais nous obéissons à notre ministère et certainement il y a des correcteurs », a martelé Dr Sory, tout en précisant que toutes les voix de recours ont été utilisées aussi bien avec les autorités universitaires ou ministérielles concernant les points de leur plateforme mais sans suite.

Face à cet état de fait, la F-SYNTER a déposé le 14 mai 2021, un préavis de grève de quarante-huit heures (48h) qui consistera à une suspension de toutes les activités académiques et pédagogiques afin d’exiger la satisfaction de leur plate-forme minimale selon, le SG de la section.

« Les réformes du Bac depuis 1962 ont pour seul objectif de réduire l’accès à l’université »

Actualité oblige, la F-SYNTER, lors de ce point de presse a donné son point de vue sur les réformes qui agitent le milieu scolaire et universitaire. Ils affirment ne pas être étonnés des différents mouvements, car selon eux, il y a des mesurettes qui remettent en cause les avantages du système LMD. « Nous ne sommes pas étonnés que les étudiants sortent, nous les formons. Et si les étudiants ne sont pas capables de déceler ce type de contradiction, c’est que nous avons échoué à notre mission d’enseignement. Les autorités doivent revoir, s’ils veulent qu’on puisse sauver le minimum qui existe, cette offensive contre les intérêts des étudiants, des enseignants et du personnel ATOS », font-ils savoir.

« Au niveau scolaire aussi, la position du syndicat est bien connue », ajoute Dr Sory. A l’entendre, la solution à ce niveau est simplement de surseoir à la réforme, de ramener toutes ces initiatives dans le cadre des assises auxquelles on peut sortir avec des réformes un peu plus acceptées. « Les réformes du Bac depuis 1962 ont pour seul objectif de réduire l’accès à l’université. Et le gouvernement ne nous a jamais dit en quoi le décrochage du Bac de l’université pour le MENAPL peut résoudre les problèmes », situe Dr Sory.

A la fin de cette conférence de presse, le comité a réaffirmé sa détermination à poursuivre la lutte pour la défense des intérêts matériels et moraux des enseignants-chercheurs en cas de non satisfaction de sa plate-forme minimale d’action.

P.O
LeFaso.net

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