Promotion du vivre-ensemble : Leaders coutumiers et religieux resserrent les rangs à Ouagadougou

C’est par un atelier sous le thème « Le dialogue, une exigence de foi », que des leaders coutumiers et religieux venus de dix régions du Burkina se sont réunis ce jeudi 18 février 2021 à Ouagadougou. Ils ont porté la réflexion sur la promotion du dialogue inter-religieux et du vivre-ensemble.

« Depuis quelques années, notre pays manifeste un intérêt considérablement accru pour la promotion du vivre-ensemble harmonieux et la cohésion dans nos différents lieux de culte. Et pour ce faire, toutes nos communautés, religieuses et coutumières, doivent travailler coude-à-coude pour y parvenir », a situé à l’ouverture, le ministre délégué auprès du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, chargé de la Décentralisation, Madiara Sagnon.

Cette rencontre est donc, souligne-t-elle, un rendez-vous important pour tous les participants, car elle va contribuer à concrétiser la volonté de rayonnement des communautés religieuses en tant qu’acteurs avisés.

Paraphrasant Gandhi, le ministre Madiara Sagnon a rappelé que « la vie sans religion est une vie sans principe, et une vie sans principe est comme un bateau sans gouvernail »

« La religion, si l’on va du postulat qu’elle est inspirée par Dieu pour rendre l’Homme meilleur et proche de Dieu le créateur, il est évident pour ma part qu’elle engage les pratiquants à des dispositions favorables à la rencontre, à la fraternité. Ces liens ou passerelles ne sauront se faire sans le dialogue qui est une communion que le religieux établit entre lui et son Dieu ; aussi entre lui et ses semblables. (…). Les autorités religieuses et coutumières ont toujours été des autoroutes ayant fluidifié le dialogue social dans les différentes grandes crises socio-politiques qu’a connues notre pays », a cité Madiara Sagnon, représentant le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

L’activité s’inscrit dans le cadre du projet « Promotion du dialogue inter-religieux et du vivre-ensemble au Burkina Faso (Pro-DIVE) » financé par le Royaume des Pays-Bas, représenté à la cérémonie d’ouverture par la chargée d’affaires de sa représentation diplomatique au Burkina, Wiesje Elfferich.

Selon Wiesje Elfferich (à droite du ministre, sur cette photo de famille), le dialogue est aussi indispensable pour une meilleure cohésion sociale

« Nous savons que vous, leaders religieux, êtes plus en contact avec les différentes communautés, vous êtes ainsi les personnes qui peuvent faire bouger les choses pour une cohésion sociale durable. Vous êtes, entre autres, le socle de nos sociétés, si l’on peut le dire. (…). Nous savons que chaque société a ses valeurs, ses cultures et coutumes, mais tant que nous privilégierons le dialogue, nous sortirons vainqueurs de cette situation chaotique que nous rencontrons de nos jours au pays des Hommes intègres », justifie Wiesje Elfferich.

Selon le chef de file du consortium UFC-Dori, CDC (Centre diocésain de communication de Ouahigouya) et ADCV (Association pour le développement des communautés villageoises de Fada), François Paul Ramdé, par ailleurs coordonnateur de l’UFC-Dori, au-delà des trois régions prioritaires (Est, Nord, Sahel), sept autres régions du pays sont représentées à cette journée de réflexion.

Toute contribution est bonne pour ramener la tranquillité au Burkina, de l’avis de François Paul Ramdé

« Il y a un peu plus d’intolérance que de par le passé »

« Mieux vivre ensemble, c’est parfois une parole qui ne blesse pas, c’est parfois aussi une réaffirmation. Le dialogue, c’est une exigence de foi. C’est le fondement d’ailleurs de nos différentes religions. Dans toutes les religions, il est prôné l’amour de l’autre. L’amour de l’autre va au-delà de l’amour de son co-religionnaire », explique François Paul Ramdé.

En guise d’état des lieux, M. Ramdé dit observer que les thématiques liées à la stigmatisation, au repli identitaire sont d’actualité ; ce qui n’était peut-être pas le cas, il y a dix ans par exemple. « Cela veut dire que la situation s’exaspère. Mais, il y a quand même des motifs de satisfaction ; des leaders religieux modérés s’engagent et c’est important de pouvoir donner aussi un cadre à ces personnes qui ont des voies conciliantes, rassembleuses, pour pouvoir leur permettre de dire un mot qui apaise, qui permet le dialogue, le vivre-ensemble », teint-il, précisant que c’est ce que poursuit le Pro-DIVE (UFC-Dori recrute un personnel pour la mise en œuvre de son projet de promotion du dialogue interreligieux – leFaso.net).

Le directeur général des libertés publiques et des affaires politiques, Bruce Emmanuel Sawadogo (droite), un des communicateurs à cette journée.

« Il y a une nécessité pour l’Etat de s’impliquer encore plus visiblement ; parce que de plus en plus, selon un certain nombre de rapports, il y a un peu plus d’intolérance que de par le passé. Les pratiques religieuses font parfois abstraction de la nécessité de tolérance et cela, c’est aussi le rôle de l’Etat d’assurer la liberté religieuse. Il y a un certain nombre d’instruments, mais ils doivent être accompagnés par un dispositif de suivi-évaluation pour repérer les goulots d’étranglement ou les difficultés qu’il y a, afin de pouvoir apporter des solutions idoines pour que le vivre-ensemble ne soit pas troublé, en quelque manière que ce soit », suggère François Paul Ramdé, pour qui le dialogue est important à la bonne marche de la société et au vivre-ensemble.

Le ministre Madiara Sagnon, avec à sa gauche, François Paul Ramdé et Wiesje Elfferich de l’ambassade des Pays-Bas.

Focus sur le Pro-DIVE

Le projet « Promotion du dialogue inter-religieux et du vivre-ensemble au Burkina Faso (Pro-DIVE) » est porté par le consortium dont le chef de file est l’Union fraternelle des croyants de Dori (UFC-Dori) ; et les membres, le Centre diocésain de communication de Ouahigouya (CDC) et l’Association pour le développement des communautés villageoises de Fada (ADCV).

Le projet couvre trois régions, à savoir l’Est, le Nord et le Sahel. Il a pour objectif général de contribuer à renforcer la stabilité du Burkina par la promotion du dialogue inter-religieux, inter-culturel et le vivre-ensemble harmonieux, particulièrement dans ses zones d’intervention (principaux foyers de l’insécurité ces dernières années).

De façon spécifique, il s’agit de renforcer les capacités des leaders religieux et communautaires dans les processus du dialogue et dans la médiation en vue d’accroître la résilience des communautés dans le vivre-ensemble et réduire l’instrumentalisation du fait religieux et communautaire par les groupes terroristes. L’initiative vise en outre à renforcer la communication et créer ou redynamiser des cadres de concertation pour stimuler le réseautage des acteurs du dialogue inter-religieux et du vivre-ensemble au Burkina.

Le projet « Promotion du dialogue inter-religieux et du vivre-ensemble au Burkina Faso » a une durée de 24 mois (septembre 2020 – août 2022) et a pour cibles, les organisations de base communautaire, les leaders coutumiers et religieux, les communautés religieuses, les centres scolaires et d’éducation, les acteurs de l’Etat et des collectivités territoriales, les journalistes et communicateurs, la population des trois régions (Est, Nord, Sahel), les éducateurs.

O.L.O
Lefaso.net

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