Lutte contre l’excision dans les Balé : Des acteurs s’engagent à faire bloc contre cette « pratique rétrograde »

Les populations de la ville de Boromo, dans la province des Balé, se sont engagées à lutter efficacement contre les pratiques de l’excision et du mariage d’enfants. Cet engagement s’est traduit par une déclaration publique d’abandon du mariage d’enfants et de l’excision, ce mardi 30 mars 2021. Ainsi, à travers cette déclaration publique, les populations de 159 villages et hameaux de culture ont établi une nouvelle convention sociale dans leurs communautés.

Cette activité s’inscrit dans le cadre d’un projet mis en œuvre par Mwangaza Action avec l’appui de l’Unicef. Ainsi, après plusieurs mois de sensibilisations reçues sur les conséquences de la pratique du mariage d’enfants, de l’excision et des autres violences faites à l’enfant, les populations de la ville de Boromo disent avoir pris conscience de leurs manifestations négatives sur la vie de ces enfants. C’est pourquoi, elles se sont engagées à bannir ces pratiques de leurs différentes localités à travers une déclaration publique, le mardi 30 mars dernier.

Les problématiques du mariage d’enfants, de l’excision et des autres violences à l’égard des enfants constituent une triste réalité dans la province des Balé et pose un problème d’accès aux services en matière d’éducation, de santé, d’opportunités économique et professionnelle. De ce fait, ces pratiques traditionnelles néfastes, qui perpétuent le cycle de la pauvreté et les inégalités de genre au sein de la société, affectent terriblement la sécurité des filles et des femmes.

Les autorités locales présentes à cette cérémonie de déclaration publique.

Selon le chargé de programmes à Mwangaza Action, Célestin Ouédraogo, malgré les textes et lois qui garantissent les libertés et les droits fondamentaux de tous les citoyens burkinabè, les enfants font toujours l’objet de violences parfois les plus inimaginables. « Il s’agit du mariage d’enfants et de l’excision qui, malheureusement, sont très développés dans la province des Balé. Ces fléaux laissent voir que les droits fondamentaux des enfants sont bafoués et leur bien-être sérieusement remis en cause », a-t-il déploré.

C’est dans la recherche de solutions novatrices que cette ONG s’est proposé d’apporter des réponses aux problématiques de protection de l’enfant dans cette province, par la mise en œuvre du projet « Mobilisation communautaire pour la promotion et la protection des droits de l’enfant et de la femme : accélérer l’abandon de la pratique de l’excision, du mariage d’enfants et des violences faites aux enfants dans la Boucle du Mouhoun ».

Le chargé de programmes à Mwangaza Action, Célestin Ouédraogo.

Son objectif était de renforcer les capacités d’autoprotection des enfants et des jeunes, et de faciliter l’émergence des communautés engagées en faveur de l’abandon du mariage d’enfants, de l’excision et des violences aux enfants. Afin d’accélérer l’abandon de ces pratiques, 159 villages et hameaux de culture des dix communes de la province des Balé ont été identifiés par Mwangaza Action et ses partenaires, pour mettre en œuvre ledit programme.

Les acquis du projet sont considérables

En effet, une campagne de communication pour le changement social et de comportement au niveau communautaire a été menée pour repousser l’âge du mariage ou de l’union. A en croire le chargé de programmes de l’ONG, de mai 2020 à nos jours, la mise en œuvre des activités du projet a permis d’engranger des résultats clés et des acquis significatifs qui sont, entre autres, la formation de 22 techniciens d’appui aux communautés et d’une coordonnatrice terrain sur le mariage d’enfants, l’excision, les violences faites aux enfants et en technique de communication.

Des populations venues témoigner leur volonté d’abandon des pratiques rétrogrades.

318 clubs totalisant 20 204 enfants de 10 à 19 ans ont été mis en place et encadrés par des techniciens d’appui, et 4 253 causeries ont été réalisées au profit des enfants. Par ailleurs, 6 436 enfants de 0 à 9 ans ont été recensés et ont fait l’objet de suivi. 200 imams formés sur le guide ont réalisé 234 prêches. Un comité de suivi du projet a également été mis en place dans la province des Balé, comité piloté par le haut-commissaire.

L’un des résultats de ce programme est la volonté des leaders et de leurs communautés de se démarquer de ces pratiques traditionnelles et de matérialiser cet engagement par cette déclaration publique d’abandon desdites pratiques. « Cet engagement public permet, d’une part, de modifier la convention en maintenant les liens sociaux et, d’autre part, il est nécessaire afin que chaque individu soit sûr que les autres membres de la communauté sont prêts à abandonner ces pratiques », a expliqué Célestin Ouédraogo.

Les femmes s’engagent à ne plus cautionner ou à être complices de ces pratiques.

Ainsi, les communautés des 159 villages des dix communes de la province des Balé, à travers leurs représentants ou représentantes, se sont engagés solennellement à abandonner la pratique du mariage d’enfants, de l’excision et des violences à l’égard des enfants dans leurs contrées. A tour de rôle, ces derniers sont passés devant l’assemblée pour la lecture de leurs déclarations. Selon la représentante des femmes de la zone d’intervention du projet, ces pratiques les exposent aux accouchements difficiles, à la mort, à la déscolarisation, à la pauvreté, à la souffrance physique et morale dans les foyers, etc.

« Au regard de toutes ces conséquences, nous disons non et encore non à ces pratiques. Nous nous engageons à ne plus cautionner ou être complices de ces pratiques et à nous mettre avec tous ceux qui sont engagés dans la sensibilisation », a-t-elle laissé entendre.

Le représentant des responsables coutumiers, El hadj Aboubacar Guira.

Les enfants, quant à eux, ont invité les parents, l’ONG Mwangaza Action, l’Unicef et toutes les institutions compétentes à les protéger et à les soutenir dans leur combat car, disent-ils, « nous sommes l’avenir de demain ». Le représentant des responsables coutumiers, El hadj Aboubacar Guira, dans sa déclaration, a affirmé que dans nos cités, la pratique du mariage d’enfants, de l’excision et des autres violences perpétrées sur les enfants demeure encore une triste réalité.

« Dans la nuit des temps, exciser une fille et la donner en mariage le plus tôt possible lui conféraient un statut de bonne femme. Aussi, violenter un enfant était légal et source de bonne éducation. Cependant, force est de constater que toutes ces pratiques qui constituaient une valeur sociale ne sont pas sans conséquences sur l’épanouissement de nos enfants », a-t-il regretté. C’est pourquoi, à l’unanimité, les responsables coutumiers ont dit non au mariage d’enfants et à la pratique de l’excision.

Le haut-commissaire de la province des Balé, Yaya Sanou.

Cet engagement est traduit également chez les religieux. Ainsi, Boubacar Konaté, représentant les trois confissions religieuses (musulmane, protestante, catholique), a traduit cet engagement à faire bloc avec tous les acteurs pour stopper ces pratiques. Pour ce faire, ces religieux veulent poursuivre la sensibilisation des fidèles, dénoncer tout auteur ou complice de toute pratique rétrograde, mais aussi veiller désormais au respect de l’âge à la célébration des mariages.

C’est le haut-commissaire de la province des Balé, Yaya Sanou, qui a présidé cette cérémonie de déclaration publique. Touché par cet « acte concret », il a loué cette volonté des populations d’abandonner ces pratiques. Il fonde espoir que par cet acte, les populations vont enterrer ces pratiques et qu’elles ne vont plus continuer dans la clandestinité.

Il a salué également les efforts de l’ONG qui, par la formation, l’éducation et la sensibilisation, ont permis aux populations de mieux appréhender toute la mesure de la gravité de ces pratiques. Par ailleurs, il rassure que le comité de suivi reste en place, même après la fin du projet, pour toujours continuer à rappeler aux leaders d’opinion que la lutte continue pour une pratique zéro de l’excision dans la province.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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