Les talibans, nouveaux maîtres de l’Afghanistan, sortent de l’ombre

Les talibans, au pouvoir en Afghanistan entre 1996 et 2001, doivent désormais structurer et incarner la gouvernance d’un Etat failli. Certains leaders en exil sont déjà rentrés, d’autres apparaissent au grand jour et quelques-uns se font encore discrets.

Le secret qui a entouré, pendant vingt ans, le mouvement taliban durant sa guerre contre les Etats-Unis et le régime de Kaboul avait laissé dans l’ombre ses chefs ou sa conception de la gouvernance. Depuis leur fulgurante victoire, le 15 août, ses dirigeants cherchent désormais à définir les contours de leur nouveau gouvernement et apparaissent au grand jour. De quoi livrer des éléments sur les nouveaux maîtres de l’Afghanistan. Soucieux de donner des gages de responsabilité, ils sont à la manœuvre pour associer des figures politiques non talibanes au futur gouvernement intérimaire et pour reconstruire un Etat failli.

Mais, avant de sortir du bois, les dirigeants ont d’abord envoyé des émissaires de confiance. Le 16 août, dès le lendemain de la chute de Kaboul, c’est le mollah Amir Khan Mutaqi, membre de la commission politique du mouvement et de la délégation chargée, à Doha, au Qatar, de négocier avec les Américains, qui a pris attache avec l’ancien président afghan Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah, ex-numéro deux du régime. Une rencontre pour amorcer le processus de transition du pouvoir.

Depuis 2020, à Doha, il avait eu plusieurs occasions de dialoguer avec M. Abdullah qui cumulait les fonctions de chef de l’exécutif du gouvernement et celle de président du Haut Conseil pour la réconciliation nationale avec les talibans. C’est le même mollah Mutaqi qu’a appelé Ismaïl Khan, le puissant chef de guerre qui contrôlait la ville et la région d’Herat (dans l’est du pays), pour gérer sa reddition et son départ vers l’Iran voisin. Le mollah Mutaqi avait été ministre de l’information et de la culture, puis de l’éducation durant le premier règne des islamistes entre 1996 et 2001.

Deux jours plus tard, le premier poids lourd du mouvement, Anas Haqqani, s’est déplacé à son tour à Kaboul, au domicile de M. Abdullah, pour évoquer avec ce dernier et M. Karzaï la reprise en main du pays. Le symbole n’a échappé à personne. Anas Haqqani est l’un des fils de Jalaluddin Haqqani, mort en septembre 2018. Ce fondateur d’un réseau islamiste redouté à cheval sur la frontière afghano-pakistanaise, figure de la lutte contre les Soviétiques, avait été ministre du gouvernement taliban entre 1996 et 2001. Là aussi, les hommes se connaissent. En mars, MM. Karzaï et Haqqani participaient, à Moscou, avec leur délégation respective, à une conférence organisée pour faciliter les échanges entre frères ennemis.

Place prépondérante du clan Haqqani

Coiffé d’un grand turban jaune, le visage barré de lunettes, Anas Haqqani n’a pas fait mystère de son importance. Il appartient ainsi au clan Haqqani, proche des services de renseignement militaires pakistanais (ISI) et d’Al-Qaida, et sa famille occupe une place prépondérante, depuis 2016, au sein du mouvement taliban. Le 29 février 2020, il était présent, à Doha, pour la cérémonie de signature de l’accord bilatéral entre les Etats-Unis et les talibans pour organiser le retrait des soldats américains.

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