Les 100 premiers jours du gouvernement Dabiré 2 : Un train de sénateur pour gérer, rien que le quotidien

Le deuxième gouvernement du premier ministre Christophe Dabiré a pris fonction le 10 janvier 2021 et fête ses 100 premiers jours d’action en tant qu’instance exécutive du pays. Les trois mois d’essai sont connus dans l’administration, on peut appliquer le concept à un gouvernement. Ils permettent d’apprécier les dispositions générales du travailleur, ses capacités techniques et scientifiques, managériales, humaines, morales et relationnelles… Que peut-on dire, et attendre de cette équipe après examen de cette période ?

Il ne s’agit pas d’apprécier les résultats obtenus en trois mois. Il est question de voir si la trajectoire empruntée est bonne, si l’équipe a une vision collective des objectifs à atteindre ? S’il a une légitimité technique par l’abord des questions à elle confiées ? Le gouvernement a-t-il pris le bon départ ? Quels sont les retards et les dossiers à risque ?

Nous apprécierons ce premier gouvernement du second mandat du président Rock Marc Christian Kaboré sur trois questions qui émergent des promesses de campagne du candidat élu.

Du fait de notre dépendance des institutions internationales de financement, les programmes de campagnes ne sont pas automatiquement des programmes de gouvernement. Il faut en extraire un autre document avec des objectifs, des moyens d’action, des résultats et des indicateurs, pour les partenaires.

Absence de référentiel

Le programme du candidat Roch Marc Christian Kaboré n’est pas encore traduit en un programme de gouvernement pour son dernier quinquennat. Le premier mandat avait pour programme le PNDES (programme national de développement économique social). Paul Kaba Thiéba en avait fait son affaire et nous promettait d’attirer une pluie de millions de dollars sur le Faso, (foi de banquier).

Le vieux Dabiré dans sa sagesse ne fera pas des rêves pareils, mais pour l’instant ses équipes techniques n’ont pas encore fini d’écrire le dit référentiel. A l’allure où vont les choses, ils y seront jusqu’en juillet, ce qui fera six mois pour le faire. Pour tout un pays, ne pas être en mesure d’écrire un programme quinquennal en trois mois, c’est immensément affligeant. Et cette déficience technique suscite des interrogations sur les capacités de l’équipe gouvernementale en ce domaine. Ce n’est pas la première fois que le pays doit produire ce document, les compétences existent, les données sont là, mais il y a un retard dans le travail.

La réponse aux attaques terroristes

Dans son programme de campagne, le candidat Roch Marc Christian Kaboré a promis un redécoupage de l’immense région de l’Est en proie aux attaques des groupes terroristes et des bandes criminelles armées. Cette promesse électorale semble se traduire en une nouvelle carte électorale que l’administration va redessiner puisque les élections municipales ont été reportées à cause de ce projet. Cela pose quelques questions. Ne peut-on pas renforcer la présence administrative sans retoucher le code électoral ? Il n’y a aucune visibilité sur ce qui est en laboratoire sur la question de corriger les lacunes dans les régions délaissées en proie au terrorisme.

Toujours dans la question des attaques terroristes et concernant la volonté de discuter avec certains groupes terroristes, la stratégie n’est pas clairement affirmée et ce n’est que par allusion que l’on sent cette volonté, et certains discours officiels du porte-parole du gouvernement le nient. Absence de cohérence !

La réconciliation nationale

Sur cette question le dead-line comme l’horloge va bientôt sonner et l’on se demande ce qu’il va en être. Est-ce vraiment le rôle de l’État de jouer au grand prêtre de la réconciliation nationale ? Le ministre d’État à la réconciliation nationale et à la cohésion sociale se bat pour faire le tour de la question en rencontrant les victimes, les gens fâchés, les différents adversaires, mais comment va-t-il procéder pour le retour à la concorde, à l’entente parfaite et à la paix entre les bourreaux et les victimes, on ne le sait pas encore !

La question est très clivante et préoccupante, car elle est devenue une question politique, une affaire d’opinion où toutes ont droit de cité. Cela d’autant plus qu’il s’agit d’un tiers qui se propose de réconcilier. Or il aurait fallu que l’une des deux parties soit demanderesse de réconciliation. Généralement c’est la partie fautive qui doit publiquement admettre sa faute, se considérer comme coupable, bourreau de la victime et lui demander pardon pour que la réconciliation se fasse. C’est pourquoi le triptyque vérité, justice, réconciliation est important.

Après trois mois d’exercice, on le voit, ce gouvernement a la volonté, est enthousiaste, mais beaucoup de questions concernant la vision, le programme sont toujours dans le flou, et la navigation à vue semble la pratique générale. Il faut très vite fouetter le cheval pour donner de la vitesse d’exécution à ces préalables, sinon le second mandat, sera vide et nul.

Le président Rock Marc Christian Kaboré s’il veut rentrer dans l’histoire doit insuffler du souffle au gouvernement pour qu’il soit proactif et ne s’endorme pas dans la gestion du quotidien. Que veut-il que les Burkinabè retiennent de son passage à la tête du pays ? C’est aujourd’hui, c’est maintenant que l’histoire s’écrit. En trois mois au moins la vision devrait être claire et partagée. Et ce gouvernement aurait pu mieux faire en trois mois.

Sana Guy
Lefaso.net

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