Gestion des menstrues : Le calvaire des femmes sur les sites de déplacés internes

Les menstruations sont des moments intimes pour les femmes. Comment les femmes déplacées internes dans les camps à Kaya gèrent-elles  ces périodes ? A la question, c’est gênées,  à voix basse, à peine audible qu’elles répondent. Cependant leur besoin premier, c’est d’avoir un pagne comme moyen de recueillir le flux menstruel. Basératou Kindo, initiatrice du projet « un pagne pour leur dignité, un pagne pour leur intimité », a fait des heureuses sur les sites de déplacés à Kaya ce samedi 8 août 2020.

Ce sont plus de 800 femmes les plus démunies identifiées avec l’aide des responsables des sites d’accueil de la ville de Kaya, au Centre-Nord du Burkina Faso, qui ont reçu un pagne pour passer leur période des menstrues en toute discrétion. La bienfaitrice du jour n’est autre que la journaliste et bloggeuse Bassératou Kindo.

« C’est lors d’un reportage sur la gestion des menstrues dans les camps des déplacés internes que les femmes ont posé la question de protection pendant cette période. C’est en ce moment que l’idée m’est venue de lancer sur les réseaux sociaux, à travers ma page Facebook ,un appel à don de pagne pour la dignité de ces femmes », explique-t-elle.

Les femmes de 4 sites formels d’accueil, des familles de déplacées internes logées dans la ville de  Kaya et mêmes celles dans les habitations non loties ont reçu la visite de la bienfaitrice aux bras chargés avec des pagnes pour certaines et des vivres et du savon pour d’autres.

Elles ont eu droit à une petite séance de démonstration de l’utilisation du cap menstruel et les culottes jetables. Curiosité et rires. Les cultures et mentalités sont plus fortes, elles préféreront les pagnes parmi la multitude de kits de protection qui existe.

« Nous préférons les pagnes mais tout autre chose pouvant nous permettre de cacher notre intimité, est la bienvenue. Les toilettes, de l’eau et des pagnes. Nous sommes obligées souvent d’aller chez les voisins du quartier pour faire nos besoins», dit Asséta, l’une des 50 femmes déplacées logées chez le chef du secteur 6 de Kaya.

Manque criard de latrines et d’eau sur certains sites

Elles ne seront pas au bout de leur peine car gérer les menstruations dans des endroits qui regroupent du monde suppose aussi qu’il faut des latrines appropriées et de l’eau disponible. Alors que ce sont des dispositions qui manquent cruellement dans ces endroits. Quand elles existent néanmoins, elles ne sont pas en nombre insuffisant, elles débordent d’excréments ou sont inutilisables du fait les murs effondrés.

« Quand nous avons nos menstruations, nous ne pouvons plus utiliser les toilettes puisque nous les partageons avec les hommes. Nous sommes obligées d’attendre la nuit pour laver nos tissus et les sécher pour leur cacher nos règles», explique Awa Kagoné sur le site de kuimkouli. La parade trouvée par certaines, se réfugier derrière les buissons un peu plus loin et à l’abri des gens.

Toujours sur ce site, les latrines sont insuffisantes. Il y en a 7 latrines pour plus de 900 personnes majoritairement des femmes et des enfants. Et l’eau manque, confie le fontainier, Gérard Kabré. « Cela fait trois jours que nous n’avons pas d’eau parce que le dispositif fonctionne avec des plaques solaires et comme il a plu pendant ces trois derniers jours, les batteries ne fonctionnent plus par manque de soleil. Il aurait fallu un groupe électrogène dans le dispositif au cas où il pleut ».

La bienfaitrice a aussi pensé à l’assainissement. Son appel a été entendu et l’association des vidangeurs du Faso a déployé une équipe pour la vidange de certaines latrines et désinfection d’autres latrines des sites visités.

« Il y a aussi la mauvaise utilisation. Il faut les sensibiliser aussi à l’utilisation des toilettes. Is y jettent toutes sortes d’objets», explique Christian Paré. Ce qui rend la tâche difficile aux vidangeurs qui ont dû faire appel à d’autres vidangeurs manuels.

Cependant, il déplore le fait que «les latrines ne soient pas couvertes parce que le produit utilisé pour éloigner les mouches et couper les odeurs va s’évaporer plus vite, en une semaine au lieu d’un mois ».

Les plus chanceux,  une famille de 60 personnes en location dans les zones non-loties, bénéficieront de latrines construites gracieusement.

«J’avais négocié avec le voisin pour qu’il autorise les femmes âgées à utiliser ses toilettes et nous autres, nous profitons de nos promenades en ville pour rentrer dans la cour des gens pour nous soulager. Il y en a qui acceptent, d’autres refusent», raconte le responsable de la famille, Amadou Adama. C’est avec joie qu’il accueille la nouvelle.

Il y a trois semaines que Bassératou Kindo lançait l’initiative et les bonnes volontés ne se sont pas faites attendre.  Comme bilan de la collecte, ce sont 1 000 pagnes recueillis et 400 000 F CFA.

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