Éducation : « Si nos exigences ne sont pas prises en compte, l’État sera le seul responsable de la dégradation du climat social », prévient l’Association des élèves

Le décret portant modification du système éducatif avait été déclencheur d’une vague de manifestations qui continue de déferler, et au cours desquelles on enregistre au moins deux élèves qui ont perdu la vie, des centaines d’élèves blessés et huit autres mise aux arrêts par les forces de l’ordre, notamment la police nationale, sous l’instruction du ministre de l’éducation nationale de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MENAPLN), Pr Stanislas Ouaro.

C’est ce qui ressort du bilan de l’association des élèves du secondaire de Ouagadougou (AESO), au cours d’un point de presse animé ce jeudi 27 mai 2021. Face à cette » barbarie, cet usage disproportionné de la violence aveugle des CRS », le porte parole de l’AESO a appelé ses camarades de la ville de Ouagadougou et environnants ainsi que des autres régions, à faire preuve de courage, de sacrifice et à se mobiliser davantage au sein de leurs organisations pour dire NON aux réformes « anti-élèves.

 » Par ailleurs, il a exigé de la part du gouvernement, l’annulation pure et simple du décret portant sur les réformes de l’examen du baccalauréat, le maintien des deux sujets au choix en histoire-géographie (HG ) et en sciences de la vie et de la terre ( SVT), la libération immédiate et sans conditions de tous les élèves détenus à la MACO et dans les autres lieux de détention ; la prise en charge complète des blessés par le gouvernement ; la réouverture immédiate du lycée Philippe Zinda Kaboré, l’arrêt immédiat des poursuites policières et des arrestations arbitraires, enfin, le respect des franchises scolaires. « Si nos exigences ne sont pas prises en compte, l’Etat sera le seul responsable de la dégradation du climat social », prévient-il.

Lefaso.net


Association des Élèves du Secondaire de Ouagadougou (AESO)

Conférence de presse

Ouagadougou, le 27 Mai 2021

Déclaration liminaire sur la crise scolaire

Mesdames et messieurs de la presse,

Je voudrais au nom du comité exécutif de l’AESO et de l’ensemble de ces sections vous dire merci pour votre présence effective à la présente conférence de presse. Mais avant tout propos, nous vous demandons d’observer une minute de silence en mémoire de nos camarades tombés sur le terrain de la lutte. Il s’agit de KINDA Cécile élève au collège sainte Bernadette de Kongoussi et de SINARE Mohamine élève en classe de sixième 2 au lycée municipal de Paspanga.

Je vous remercie !

Nous avons également une pensée pour les nombreux blessés, victimes de la répression des Forces de Défense et de Sécurité (FDS). Cette conférence de presse portera essentiellement sur la crise née de la volonté des autorités du Ministère de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales à engager des réformes relatives aux examens du BEPC et du baccalauréat.

Mesdames et messieurs de la presse, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, les réformes annoncées par le MENAPLN ne sont rien d’autres que des réformes anti-élèves et qui remettent en cause nos acquis de lutte. En effet, en 2013 le ministère avait tenté d’instaurer les sujets uniques dans les compositions d’Histoire-Géographie et de Sciences de la Vie et la Terre (SVT) du BEPC. Cette mesure avait été vigoureusement rejetée et combattue par les élèves à l’époque amenant ainsi les autorités à y renoncer.

Aussi s’agissant de la réforme du BAC, il faut noter que dans les années 1996, les autorités avaient voulu confier son organisation à l’Office Centrale des Examens et Concours du Secondaire (OCECOS). L’objectif de cette réforme était de faire du bac le diplôme de fin de cycle du secondaire et non le premier grade de l’université comme cela a toujours été le cas, et du coup limiter l’accès aux universités publiques aux nombreux bacheliers. Il vous souviendra de ce qui était convenu d’appeler les étudiants intra et étudiants extra muros en l’an 2000 pour catégoriser les bacheliers qui allaient accéder aux amphithéâtres et ceux qui n’y avaient pas droit. Mais face à la résistance des scolaires et des étudiants et aussi grâce au soutien du peuple Burkinabè, les autorités sont revenues à la raison en abandonnant cette réforme hasardeuse qui n’arrangeait nullement les enfants de notre peuple si ce n’est que satisfaire les institutions internationales comme le FMI et la Banque Mondiale avec leurs programmes d’ajustement structurel (PAS).

Depuis la venue au pouvoir du MPP et de ses alliés on assiste à une dégradation progressive de notre système éducatif. En effet, il y a eu l’annulation pure et simple des examens blancs en prétextant un manque de moyens financiers.

On note également la multiplication des frais APE et autres frais ou cotisations dans nos établissements pendant que le gouvernement parle de gratuité. Toute chose qui montre la démission de l’État du secteur de l’éducation qu’il a abandonné car incapable de trouver de quoi faire fonctionner les établissements publics qui pour la plupart sont dans un état de délabrement avancé, mettant la vie de nombreux élèves en danger.

Mesdames et messieurs de la presse,

Suite à nos différentes luttes, les ministres en charge de l’éducation et des enseignements ont été contraints de donner des explications à leurs mesures impopulaires et inopportunes. Ainsi leurs tentatives d’explications ont fini par convaincre même les plus sceptiques que l’objectif de ces mesures n’est autre que de contingenter l’accès à l’université aux enfants du peuple. En effet, il ressort de leurs explications que les reformes visent à faire du BAC un diplôme terminal à l’image du CEP et du BEPC et permettra toujours aux nouveaux bacheliers d’avoir accès à l’université. Mais nous sommes loin d’être dupes car comme le LMD (Licence Master Doctorat), ils trouveront toujours un moyen pour limiter l’accès à l’université aux nouveaux bacheliers.

En clair, tôt ou tard l’accès à l’université sera conditionné par certains critères si nous ne nous mobilisons pas pour rejeter ces réformes. Quant aux sujets uniques au BEPC et BAC, l’argument selon lequel, la lecture des sujets fait perdre du temps aux élèves ne tient pas la route car les autorités ministérielles ont oublié de mentionner que l’épreuve de français et de philosophie comportent chacun plusieurs sujets. C’est pourquoi tout juste après ladite conférence, l’AESO a produit une déclaration pour donner sa position. Pour l’AESO, il est évident que l’élève a plus de chance face à deux sujets au choix. Monsieur OUARO qui est enseignant de profession le sait mieux que quiconque. L’AESO a par la même occasion introduit une demande d’audience au ministre OUARO en vue de lui signifier nos inquiétudes sur ces réformes. Cette demande d’audience n’a pas eu de suite jusqu’à ce jour.

Le silence méprisant de notre ministre nous obligera à déposer un préavis de grève le 24 Mars pour protester contre les mesures. Une lettre de protestation fut remise au secrétaire général du ministère à l’issue d’une marche des élèves car monsieur OUARO refuse obstinément de recevoir l’AESO. Cette situation va nous amener à la mise en place d’une coordination regroupant dix-huit (18) structures à travers les différentes régions du pays (aujourd’hui cette structure compte 28 membres). La coordination va déposer un nouveau préavis de grève pour la période allant du 29 Avril au 1er Mai. Sur instruction du ministre monsieur OUARO, une répression barbare et aveugle est abattue sur les élèves partout où ils ont manifesté à travers le pays.

Cette barbarie, cet usage disproportionné de la violence aveugle, digne d’une autre époque, va se poursuivre jusqu’au 17 mai 2021. C’est ce jour que de nombreux cargos des CRS ont envahi la cour du lycée Philippe Zinda Kaboré s’il vous plait sur instruction de monsieur le ministre OUARO et ont abattu une répression féroce sur les élèves à travers des jets de projectiles, de gaz lacrymogènes et de balles blanches. Il va s’en suivre une course-poursuite, des blessés et des arrestations d’élèves. Le bilan de cette répression barbare à Ouaga fait état d’un mort des suites de sa blessure en la personne de SINARE Mohamine en classe de 6ème au lycée municipal de Paspanga atteint d’un projectile au parking, une centaine de blessés, de nombreuses arrestations d’élèves détenus à la MACO, au camps CRS de Wayalghin, au CCPO etc. De nos jours, selon nos informations, nous avons huit (8) élèves qui sont détenus à la MACO. Cette même violence est abattue sur nos camarades des autres régions. A titre illustratif, l’élève KINDA Cécile du collège Sainte Bernadette de Kongoussi est décédée à la suite de cette répression, le camarade BAKO Kevin, président de l’ASK va perdre l’usage de son œil droit suite à un tir de projectile, à bout portant, par des éléments zélés des FDS, alors qu’il avait les mains levées pour montrer le caractère pacifique de leur manifestation et beaucoup d’autres blessés au niveau des provinces

Mesdames et messieurs de la presse,

Face à cette forte mobilisation des élèves des villes et campagnes du Burkina Faso, les autorités ont malheureusement opté pour l’argument de la force au détriment de la force de l’argument dans un milieu comme l’éducation.
Qu’est ce qui explique cette haine et ce mépris soudains des autorités vis-à-vis des élèves qu’elles sont censées protéger et à qui des cotisations avaient été demandées rien que l’année dernière pour équiper les FDS ? Les élèves seraient-ils devenus des malpropres et autres cibles à abattre parce qu’ils ont osé dire non aux réformes ?

Au regard de ce qui précède, nous n’avons d’autres choix que de nous mobiliser davantage et de façon organisée pour apporter une réponse crédible à la hauteur de cette forfaiture que le pouvoir MPP et alliés tentent de nous imposer.

L’AESO appelle les élèves de la ville de Ouagadougou et environnants et des autres régions à faire preuve de courage, de sacrifice et à se mobiliser davantage au sein de leurs organisations, pour refuser ces réformes anti-élèves quelle que soit leur année d’application. Comme en 1999- 2000, en 2013, rejetons ferment l’application de ces réformes qui détruiront notre système éducatif.

D’ores et déjà, l’AESO exige :
L’annulation pure et simple du décret portant sur les réformes de l’examen du Baccalauréat ;
Le maintien des deux sujets aux choix en Histoire-Géographie et en SVT ;
La libération immédiate et sans conditions de tous les élèves détenus à la MACO et dans les autres lieux de détention ;
La prise en charge complète des blessés par le gouvernement ;
L’arrêt immédiat de la répression sous toutes ses formes sur les élèves en lutte ;
L’arrêt immédiat des poursuites policières et des arrestations ;
La réouverture immédiate du Lycée Philippe Zinda Kaboré ;
Le respect des franchises scolaires.

Non aux réformes hasardeuses !
Non à la destruction programmée de notre système éducatif !
Non à la répression barbare abattue sur les élèves en lutte !
En avant pour la défense ferme de nos intérêts matériaux et moraux !
Vive l’AESO !

Pain et Liberté pour le peuple !

Le Comité Exécutif

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