Délestages au Burkina : Quand le ministre Bachir Ismaël Ouédraogo court plus vite que son ombre

En ce début du mois d’avril, le Burkina a renoué avec les délestages. On ne peut passer un seul jour sans coupure d’électricité. Les entreprises peinent à travailler. Les ménages font face à de fortes vagues de chaleur. Pour résorber la situation, le pays se tourne vers l’énergie solaire. Le soleil est tellement prometteur que le ministre en charge du secteur rêve de vendre l’électricité aux autres pays. C’est un beau rêve ! A la limite de la provocation pour ceux qui vivent actuellement le calvaire des délestages.

Les Burkinabè sont cuits, sinon « biscuits ». Le pays fait face actuellement à de fortes chaleurs. Les températures grimpent. Même à l’ombre, on s’étouffe. Parfois 45 degrés à l’ombre mais si on veut être cynique comme Coluche, on pourrait dire qu’on n’est pas obligé de rester à l’ombre !

Pour ne rien arranger, les délestages ont repris de plus belle. Après deux ans de stabilisation, la situation repart en vadrouille. Pour pallier le problème, l’énergie solaire est une alternative. Des centrales solaires sont en construction. L’espoir est permis. Sauf que depuis un moment, le ministre de l’Energie, Bachir Ismaël Ouédraogo, promet à tout vent que le Burkina va vendre de l’électricité.

L’idée est bonne. Sauf qu’à cette étape, ce discours est flatteur, trop flatteur, et même un peu horripilant pour ceux qui passent plusieurs heures sans le précieux jus. Les Mossé diront que le ministre veut manger la farine avant de boire l’eau. Il va donc vite en besogne. Et il risque de s’étouffer !

Le souhait des populations aujourd’hui est d’avoir de l’électricité. Une fois à la maison, les ménages veulent éviter les suffocations. Les entreprises veulent fonctionner correctement. Cela leur permettra de faire du profit. C’est cela qui est la réalité. Pour le moment, les consommateurs en ont cure de savoir qu’un jour le Burkina pourrait vendre de l’énergie à des pays voisins ; voisins dont nous dépendons aujourd’hui à plus de 50 % de nos besoins énergétiques !

Même là, c’est à croire que les autres pays n’ont pas de soleil. C’est à penser qu’eux ils ne font pas de projection sur l’avenir. Ces pays connaissent l’importance de l’énergie. Si certains nous en vendent aujourd’hui, c’est parce qu’ils ont eu une bonne vision dès le départ. Ils ont travaillé d’abord à disponibiliser l’énergie pour leurs propres besoins. Ils ont fait les investissements nécessaires. Ils ont exploité leurs atouts. Ils ne songeaient pas à voler au secours d’un autre pays. Pendant ce temps, le Burkina somnolait peut-être.

Il faut rêver grand. C’est bien. Mais le discours du ministre en cette période-ci résonne comme une injure à l’endroit des gens. Le président de l’Assemblée nationale l’a même relevé, qui l’a vertement recadré.

Le peuple souffre. Ce discours est beaucoup plus populiste que donneur d’espoir. Il faut travailler à résoudre les vrais problèmes. Un vieux de la cité des cuirs nous a enseigné un jour : Si tu ne vas pas fuir laisser ton ami, mieux vaut l’assister. Le ministre devrait s’en inspirer aussi.

Dimitri OUEDRAOGO
Lefaso.net

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