Danger du foncier au Burkina : Comment désamorcer la bombe, si les plus « grands propriétaires terriens sont des autorités politiques et administratives » ?

La Commission épiscopale justice et paix au Burkina a tenu, du 14 au 16 avril 2021, une assise nationale sur la problématique du foncier avec, à l’arrivée, une palette de recommandations dont la majeure partie est adressée au gouvernement/Etat central, afin d’éviter au pays de basculer dans ce que nombre de Burkinabè qualifient de « bombe à retardement ». Mais la volonté et la bonne foi y sont-elles pour réellement parvenir à une justice foncière ? Au nom de la cohésion sociale, de la stabilité…, chacun est-il prêt à céder ce qu’il possède de trop en la matière ?

La question du foncier (urbain et terres rurales) au Burkina ressemble à un jeu de dupes, du dilettantisme, tant ceux qui ont le pouvoir de siffler la fin de la pagaille, du pillage et des frustrations semblent contourner la question pour n’afficher qu’une volonté et des actions perlées.

Depuis cinq ans maintenant que le rapport de l’Assemblée nationale sur le foncier, lourd de plus de 105 408 parcelles frauduleusement attribuées ou illégalement occupées, dort paisiblement dans les tiroirs de ceux sur qui compte pourtant le citoyen burkinabè pour faire la justice aussi dans ce domaine à enjeu social crucial. Mais jusque-là, rien que du tapage à irriter des nerfs !

On a même vu le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Ville, Bénéwendé Stanislas Sankara, répartir (12 mars 2021) à l’Assemblée nationale «  pour s’approprier les recommandations pertinentes… » afin de ‘’les internaliser dans sa feuille de route‘’, alors qu’il était, lui-même, vice-président de la législature précédente qui a levé le lièvre à travers ce rapport qu’elle a produit. Cette démarche s’explique difficilement dans un contexte qui requiert qu’il faut vite freiner la saignée. Il y a urgence parce que la terre est inextensible, alors qu’elle fait l’objet, aujourd’hui plus qu’hier, d’une course aux pillages sous toutes les formes.

En plus des terres de trop, des gens se sont accaparé des logements sociaux, qu’ils ont aussi thésaurisés

Sous la transition, des travaux similaires ont été faits, mais rien. Il y aurait plusieurs autres rapports de diagnostic de la situation, assortis de propositions ! Mais hélas, les pratiques se poursuivent et sans modération.

Au cours dudit forum (Préoccupation foncière au Burkina : Le flacon d’antidotes de la commission épiscopale justice et paix), l’économiste-chercheur et directeur de l’Institut Free Afrik, Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, a, dans sa communication, planché : « Le dévoiement complet de la politique de lotissements a été comme organisé pour permettre l’émergence d’entreprises quasi-criminelles en matière foncière. De sorte que nous avons une situation dans laquelle, on a une extension incontrôlée et ingérable et dans laquelle, l’autorité politique et administrative fait des communiqués pour dire : il y a telle société immobilière qui est illégale, n’écoutez pas leur parole, n’allez pas acheter là-bas, sinon vous le faites à votre détriment. Une situation ubuesque. Une autorité administrative qui constate une violation de la loi, sa première mission, c’est de la faire respecter (la loi) ; ce n’est pas d’alerter par des communiqués, ce n’est pas de faire des communiqués, ce n’est pas de faire de la sensibilisation. Ces messieurs continuent à le faire. Donc, c’est comme si on désarme la légalité pour que l’illégalité prospère. (…). Nous sommes dans une situation où quand l’autorité prend la parole, elle révèle qu’elle sait, mais elle ne fait rien ».

La terre doit obligatoirement revenir à l’Etat, qui va organiser sa jouissance et la réforme doit impliquer une restitution de terres.

L’économiste constate que la gouvernance foncière est complètement pervertie au Burkina et que s’est installée la criminalité foncière et immobilière de façon systématique, au vu et au su de tous. « Les plus grands propriétaires terriens du pays sont des autorités politiques et administratives, pas les hommes d’affaires comme l’on pourrait le croire », indique le chercheur.

Dès lors, peut-on espérer une justice foncière telle que souhaitée par les Burkinabè dans leur majorité ? Aujourd’hui, l’on a l’impression que ceux qui sont censés mettre fin aux pillages, à l’injustice, à l’impunité et organiser un retour à la quiétude sur ce plan, font plutôt dans le dilatoire. Des terres sont attribuées à des individus et à des sociétés, au détriment de villages. Des pâturages ont été déviés de leur destination, alors que culturellement, il y a des peuples qui ne peuvent vivre sans espaces pour leurs animaux. On fait semblant de se préoccuper du phénomène, tout en offrant du temps et des alternatives aux prédateurs pour mieux poursuivre leur besogne. Ainsi va le Burkina Faso !

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

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