Cybercriminalité au Burkina : Le chantage à la vidéo ou à la webcam, l’un des modes opératoires le plus courant

La Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC) a outillé les femmes et hommes de médias sur les infractions courantes et leurs modes opératoires en matière de cybercriminalité, le mécanisme de signalement des ces actes ainsi que l’utilisation professionnelle et responsable des TIC, ce mercredi 11 août 2021 à Ouagadougou. Ceci dans l’objectif de les mettre en phase avec l’évolution de ce phénomène en vue de mieux informer et sensibiliser les populations pour leur propre sécurité.

Des journalistes venus de divers médias ont été formés sur la cybercriminalité ce mercredi 11 août par la BCLCC. Dans le sens commun, la cybercriminalité regroupe l’ensemble des infractions susceptibles d’être commises ou facilitées par l’utilisation d’un système informatique, la plus part du temps connecté à un réseau. Définie de la sorte, les infractions issues de la cybercriminalité apparaissent sous diverses formes. Ce sont notamment les crimes purement informatiques, le concept de cyber guerre, les crimes traditionnels avec un élément informatique généralement connus sous formes de cyber escroquerie tel que le chantage à la vidéo par exemple.

Au moins 10 plaintes de chantage à la vidéo enregistrées au quotidien par la BCLCC

Le chantage à l’ordinateur via la webcam, ou à la vidéo à travers les réseaux sociaux, désigne un type d’escroquerie qu’utilisent des individus pour arnaquer leurs victimes en les menaçant de publier des vidéos ou des photos compromettantes qu’ils disent détenir de ces dernières. Les rançons demandées par les auteurs de ces actes qui vont de quelques centaines à plusieurs millions de francs CFA, sont réclamées en monnaie virtuelle (généralement en Bitcoin) ou par transfert d’argent à partir des réseaux de téléphonie mobile.

Ainsi, au Burkina Faso, Il ne se passe pas un jour sans que la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC) n’enregistre au moins 10 plaintes de chantage à la vidéo.
A cela s’ajoute l’escroquerie dénommée par la Brigade, “Escroquerie à la sève de moringa”, un type de cyber escroquerie, qui consiste pour l’auteur à se faire passer pour une connaissance de ses victimes en usant de ruses jusqu’à leur soutirer de fortes sommes d’argent sans qu’elles ne s’en rendent comptent.

La plus grosse somme d’argent extorquée est de l’ordre de 104 millions de FCFA

Ce type d’escroquerie assez récurrent est expliqué ici aux hommes de médias par le lieutenant de police Mahamadou Daou. « On a été emmené à baptiser cette forme d’escroquerie “Escroquerie à la sève de moringa” parce qu’elle revenait très couramment. »

Mahamadou Daou illustrera le fonctionnement de ce mode opératoire à travers un exemple. « Je vous explique un peu comment ça marche. On a une victime qui est là, qui va recevoir un appel d’un soit disant étudiant qui réside à l’étranger. Il va d’abord se présenter comme un de ses anciens stagiaires qui est en France ou un autre pays et dira qu’il souhaite la mettre en contact avec un docteur pharmacien qui voudrait acquérir des produits au Burkina Faso. Ensuite l’étudiant va donner le numéro de la victime au pharmacien qui va l’appeler en la remerciant d’abord de la part de l’étudiant pour tout ce qu’elle a fait pour lui au Burkina Faso. Par la suite, le pharmacien après des échanges mettra la victime en contact avec le fournisseur (la personne censée leur fournir les produits). Ce dernier dira à la victime que les produits qu’elle souhaite acquérir sont disponibles mais qu’il ne dispose pas en ce moment de moyens pour se rendre sur les lieux afin de passer la commande. Il demandera donc à la victime de lui envoyer de l’argent pour effectuer le transport. Chose que fera la victime », a-t-il relaté.

Le lieutenant ira plus loin dans son récit en racontant que la victime ne se rendra absolument compte de rien au point de payer tous les frais qui lui seront demandés. Quelques temps après, le fournisseur appelle la victime pour lui dire que les produits qui l’intéressent, intéressent également d’autres partenaires tels que des chinois, des sud-africains etc.

Le fournisseur fera savoir à la victime qu’elle devra faire vite si elle veut réellement entrer en possession de ces produits. Dès ces instants, la victime va rappeler le pharmacien pour lui faire le compte-rendu et lui dire d’envoyer les frais pour payer les produits auprès du fournisseur. Le pharmacien dira alors à cette dernière qu’il est présentement en réunion et lui demandera de payer les frais qu’il remboursera juste à la fin de sa rencontre. Chose que fera également la victime sans se douter de quoi que ce soit […] ».

Face à ces arnaques, la BCLCC en appelle à la vigilance des populations en prenant leurs précautions au regard des dangers liés à l’utilisation des TIC.
Ainsi, elle recommande à ses usagers d’éviter les téléchargements non seulement de logiciels douteux mais aussi sur ceux se trouvant sur des sites non fiables ou non officiels. Elle les invite à faire attention aux personnes qu’ils acceptent comme ami sur les réseaux sociaux. Le partage de contenus intimes est déconseillé et la prudence recommandée pour les offres d’emploi, de bourse ou de service.

La BCLCC préconise l’emploi de mot de passe robuste, des mots de passe différents pour chaque compte et le refus de les préenregistrer sur le net. Elle conseille le refus d’amitié de personnes inconnues, de faire attention aux lieux où l’on se connecte et de changer régulièrement son mot de passe.

Une fois victime, la Brigade recommande de ne pas céder à la pression ni payer de rançon et d’informer ses contacts des réseaux sociaux afin que l’individu soit bloqué.
En ce sens, les journalistes ont été sollicités pour véhiculer ces informations au grand public afin de réduire le plus possible les victimes de ces arnaqueurs.

Hamed NANEMA
Lefaso.net

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