Crise sécuritaire : Le gouvernement est-il en train de perdre l’Est ? interroge Eddie Komboïgo, chef de file de l’opposition

« Le Burkina est-il en train de perdre l’Est ? Où sont passés les milliards de FCFA débloqués pour soutenir les entreprises en difficulté face à la crise sanitaire du Covid-19 ? » Autant de sujets sur lesquels s’est penché Eddie Komboïgo, avec la casquette de chef de file de l’opposition (CFOP), le mardi 4 mai 2021 au siège de l’institution. C’était son premier exercice depuis sa prise de fonction officielle. Le CFOP apprécie mal les cents premiers jours du deuxième mandat du président du Faso, Roch Kaboré.

« Le gouvernement doit se réveiller », s’indigne Eddie Komboïgo face à la recrudescence des attaques meurtrières au Burkina Faso. Une réaction du chef de file de l’opposition qui intervient suite à de récents actes terroristes perpétrés contre les populations. Une dizaine de personnes ont été tuées le lundi 3 mai 2021 dans le village de Kodyel, situé dans la commune de Foutouri, dans la région de l’Est. Cette attaque survient moins d’une semaine après l’assassinat de deux Espagnols et d’un Irlandais par des hommes armés non identifiés (HANI) qui réalisaient un documentaire sur le braconnage près de Pama.

A cela s’ajoute des vidéos virales sur les réseaux sociaux, présentant des hommes armés en conversation avec les populations de certaines localités, qui ont défrayé la chronique ces temps-ci. « Nous avons vu les vidéos qui circulent au niveau du Loroum, dans le Yatenga, le Sahel, dans la région de l’Est et c’est choquant. Aujourd’hui, cette guerre dite asymétrique est devenue vulgaire et l’Etat ne communique plus sur ces sujets. On n’en parlait pas, donnant l’impression qu’il y avait une accalmie, alors qu’il n’y en a jamais eu », a déclaré Eddie Komboïgo, par ailleurs président du parti de l’opposition, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

« Le gouvernement navigue à vue »

Cette intervention du successeur de Zéphirin Diabré, sur la situation de la nation était attendue après qu’il ait été installé dans ses nouvelles fonctions le 5 mars 2021. Et c’est enfin le mardi 4 mai 2021 qu’il brise le silence et se prononce sur la gouvernance du pouvoir MPP. En ce sens, le CFOP critique durement le gouvernement pour son « laxisme » face aux deux principaux maux qui minent la société burkinabè à savoir le terrorisme et le Covid-19. Comme solutions pour la lutte antiterroriste, Eddie Komboïgo invite les autorités à mettre en place une politique de défense sérieuse. « Il faut non seulement bander les muscles mais aussi privilégier le dialogue intelligent par la diplomatie », affirme-t-il. Avant d’ajouter que l’inefficacité de la stratégie sécuritaire actuelle pèche au point d’être à l’origine de nombreuses tueries dans les différentes régions et l’accroissement du nombre de déplacés internes estimé à plus de 1 200 000.

Lire aussi : Recrudescence des attaques à l’Est : « Il pourrait y avoir un lien avec la mort d’Idriss Déby », selon Mahamoudou Savadogo, expert des questions d’extrémisme violent

Le chef de file de l’opposition fait aussi cas de la crise sanitaire qui paralyse l’économie mondiale en l’occurrence celle du Burkina Faso. « Le gouvernement navigue à vue », dit-il. Pour Eddie Komboïgo, « le diagnostic réalisé par le ministre de la Santé, Pr Charlemagne Ouédraogo, dans les différents établissements sanitaires, a révélé des CHUR sous-équipés, des chantiers mal exécutés ou des infrastructures inachevées alors que les marchés ont été passés à des coûts de milliards de FCFA » […] « Où sont donc passés les milliards de FCFA débloqués pour soutenir les entreprises en difficultés face à la crise sanitaire du Covid-19 ? », interroge le nouveau locataire du CFOP. Une question qui pousse Eddie Komboïgo a encouragé le Pr Charlemagne Ouédraogo à mener des enquêtes afin d’élucider ces zones d’ombres.

Concernant la fermeture des frontières liée à la pandémie, il indique que comparaison n’est pas en raison du fait que l’UEMOA ne devrait pas fermer ses frontières comme l’Europe, alors qu’elle a enregistré moins de cas de décès tout comme de cas positif au Covid-19. Par conséquent, le CFOP recommande la réouverture des frontières qui n’a que trop duré et détérioré le climat des affaires, en témoigne la fermeture d’entreprises, d’unités industrielles et la croissance du taux de chômage.

En outre, le CFOP craint une année scolaire perdue à travers les réformes sur l’Education qui la menacent et le front social qui se radicalise de plus en plus en précisant « qu’aucune issue pour sauver une fois de plus l’école burkinabè, n’est perceptible à l’horizon. »

Si la réconciliation nationale échoue…

Quant à la réconciliation nationale, le CFOP, affirme ne pas voir de stratégie claire se dégager mais souhaite malgré tout qu’elle soit une réussite. « Si nous échouons, cela veut dire que nous sommes partis pour ne plus avoir un tremplin de développement », martèle-t-il en soulignant qu’il soutient l’initiative.

Par ailleurs, le CFOP pense que le gouvernement devrait s’adapter au contexte d’urgence, la question sécuritaire étant une affaire de vie ou de mort et celle d’une existence ou d’une disparition de la carte du monde dans ses frontières territoriales.

Hamed NANEMA
Lefaso.net

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