Crise des sous-marins : la France continue de snober le Royaume-Uni

Avis de grand froid entre la France et le Royaume-Uni. Si l’exaspération des Français s’est apaisée, après l’appel téléphonique du président Emmanuel Macron au président américain Joe Biden, mercredi 22 septembre, elle reste à son comble vis-à-vis de Londres, plus d’une semaine après l’annonce retentissante de l’alliance Aukus. Paris a d’abord traité avec le plus grand mépris la participation jugée « opportuniste » de Londres au projet de livraison à l’Australie de sous-marins américains à propulsion nucléaire, au détriment du contrat signé en 2016 avec la France.

Le Royaume-Uni est la « cinquième roue du carrosse » dans cette affaire, a même lâché le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. L’ambassadrice à Londres, Catherine Colonna, n’a pas été rappelée, contrairement à ses homologues de Washington et de Canberra : une façon de signifier que Londres n’était pas pris au sérieux, voire même ignoré par les dirigeants français. Ces derniers n’ont pas non plus apprécié les derniers commentaires de Boris Johnson, qui a suggéré « à ses meilleurs amis » français, en marge de son déplacement aux Etats-Unis, de « faire une pause » dans leur contre-offensive.

Les médias conservateurs britanniques, Daily Telegraph en tête, qui peinent à prendre au sérieux les raisons de la « furie » française au sujet d’Aukus, ont fait leur miel de sa tirade en franglais (« Prenez un grip about this and donnez-moi un break », autrement dit : « calmez-vous et lâchez-moi »). Peu soucieux d’apaiser les tensions avec Paris, Boris Johnson en a rajouté dans la provocation, se disant « interloqué » par la colère française.

A la différence des efforts de clarification menés avec Washington, il n’est donc pas question, du côté parisien, d’avoir la même approche avec le Royaume-Uni, qui vit comme une victoire pour son projet stratégique de « Global Britain » sa participation à l’alliance Aukus. Si Jean-Yves Le Drian a rencontré jeudi 23 septembre son homologue américain Antony Blinken à New York, dans la foulée du coup de téléphone Macron-Biden, il n’a pas tenu à voir en tête-à-tête sa nouvelle collègue britannique, Liz Truss, qui en faisait pourtant la demande, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Tout juste se sont-ils serré la main mercredi, lors d’une réunion des pays membres du Conseil de sécurité. Sans photographe.

« Les conditions ne sont pas réunies »

« Les conditions ne sont juste pas réunies pour entamer un dialogue serein avec les Britanniques », dit une source diplomatique, excédée par le jeu de Londres. Tenter de sortir de la crise par le haut en relançant des discussions autour d’un éventuel accord de défense et de sécurité entre l’Union européenne et Londres, discussions jusqu’à présent refusées par le gouvernement Johnson ? « Ce n’est pas vraiment l’esprit du moment », souligne une source française.

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