Côte d’Ivoire: Gbagbo revient à la maison, ADO reste maître du jeu!

Le grand jour est arrivé, non seulement pour les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo qui rentre à la maison après 10 ans de galère judiciaire, mais aussi pour tous les Ivoiriens épris de paix et d’amour sincère pour la Côte d’Ivoire. Si les populations, ou tout au moins les partisans de l’acquitté de la Cour pénale internationale, sont logiquement en émoi, dans l’attente de son arrivée ce jeudi, ce n’est pas seulement à cause de la grande popularité de celui que les siens n’hésitent pas à appeler «le messie». C’est surtout parce que tous se sont mis dans une posture de réconciliation, un chantier sur lequel, le chef de l’Etat ivoirien s’est résolu à s’engager, à l’aube de son troisième mandat anticonstitutionnel, cette grosse tache indélébile. D’Abidjan à Gagnoa, en passant par Mama, le village du «woody», ce come-back est historique. Un jour de joie et de gloire! Et même pour tout l’or du monde aucun «GOR» (Gbagbo ou rien) ne voudrait se faire conter l’événement. L’engouement est bien comparable à l’ambiance d’avant ou après match des Eléphants de Didier Drogba, Yaya Touré et autres au Félicia, le mythique stade Félix Houphouët Boigny à l’époque.

Mais, car il y a un grand mais, le retour de Laurent Gbagbo ne suscite pas de l’enthousiasme dans tous les camps. Ce qui est dans l’ordre normal et naturel des choses. Tout le monde ne peut pas être heureux en même temps. Faut-il pour autant empêcher l’autre d’exprimer sa joie, à cause de différences politiques et de considérations humainement inacceptables? Sauf que le comportement le plus inadmissible ne vient pas de ces manifestants qui s’agitent et promettent la prison et l’enfer à l’ancien président ivoirien, soit disant défendant la cause de victimes de ces crises politiques qui ont, pourtant endeuillé, de près ou de loin, presque toutes les familles ivoiriennes. Le pire, c’est bien cette morgue du gouvernement ivoirien, dont le porte-parole n’a pas hésité à franchir le rubicond!

On ne va pas accueillir l’ancien président Henri Konan Bédié, à ses retours de voyage, a dit, en substance, le porte-voix de l’exécutif ivoirien, pour justifier l’absence probable de membres du gouvernement à l’arrivée de Gbagbo, ce jeudi à 15h45, heure d’Abidjan, en provenance de Bruxelles, à bord d’un vol régulier. C’est bassement trop osé de mettre au même diapason, les voyages de HKB et ce moment historique d’un ancien président «heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge!» A souhait, ces vers du poète Joachim Du Bellay, montrent bien que le gouvernement ivoirien est sur le point, une fois de plus, de rater le coche. Si le ridicule pouvait tuer!

En tout cas, il faut reconnaître à Alassane Dramane Ouattara, le courage et le mérite de s’engager aussi loin dans le processus de la réconciliation, en faisant revenir à Abidjan celui-là même qu’il avait livré à la CPI, afin de gouverner en toute tranquillité. Il lui a même promis la jouissance de tous les privilèges liés au statut d’ancien chef de l’Etat. Sauf que, l’épée de Damoclès de cette fameuse condamnation à 20 ans de prison, prononcée contre lui, dans l’affaire dite du casse de la BCEAO, reste suspendue sur la tête de Laurent Gbagbo.

ADO s’en servira-t-il comme menace contre son prédécesseur qui pourrait être tenté encore par une aventure politique? Va-t-il accorder la grâce présidentielle à son meilleur ennemi politique, en sachant que la condamnation demeure inscrite au casier judiciaire et que seule la peine ne sera pas exécutée par le condamné? Ou alors, en gentleman, jouera-t-il le jeu de la réconciliation jusqu’au bout, en étendant, à Laurent Gbagbo, le décret d’amnistie dont ont bénéficié ses trois co-accusés dans ce jugement? ADO est le seul qui détient les réponses à ces interrogations.

Alassane Dramane Ouattara a offert le pavillon présidentiel de l’aéroport pour accueillir «le messie de Mama», mais garde à portée de main, l’arme fatale qui pourrait le renvoyer au pavillon des personnalités de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan.

Pour paraphraser l’autre, la réconciliation, «ce n’est pas un mot, c’est un comportement».

Par Wakat Séra

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