Coronavirus en Afrique : Les appels à l’annulation de la dette seront-ils entendus ?

Finalement, le pape François ne sera pas le seul à plaider pour l’annulation de la dette publique africaine, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Sa position a été réconfortée ce lundi 13 avril 2020 par le président français, Emmanuel Macron. Ce dernier, lors de son allocution télévisée consacrée à la riposte contre l’épidémie mondiale de la maladie à coronavirus, a aussi appelé à une annulation massive de la dette des pays pauvres (africains).

Exprimant sa compassion aux malades ainsi qu’aux familles des victimes de la maladie à coronavirus, le souverain pontife, dans son message pascal, a exhorté les pays les plus riches à annuler la dette des pays pauvres dont l’économie sera davantage fragilisée par la pandémie. En effet, dans un monde « opprimé par la pandémie », le chef de l’Eglise catholique, tout en souhaitant que « soient relâchées les sanctions internationales qui empêchent aux pays qui en sont l’objet de fournir un soutien à leurs citoyens », a aussi appelé à la solidarité internationale « en réduisant, si non carrément, en annulant la dette qui pèse sur les budgets des pays les plus pauvres ».

Réduire ou annuler la dette de 365 milliards de dollars ?

Après le pape François, Emmanuel Macron s’est aussi montré favorable à l’annulation de la dette des pays pauvres. « Nous devons savoir aider nos voisins d’Afrique à lutter contre le virus plus efficacement, les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leur dette », a indiqué Emmanuel Macron, lundi 13 avril 2020, lors de sa quatrième allocution télévisée dans le cadre de l’épidémie du Covid-19. Il s’agit là d’une requête formulée auparavant par certaines institutions comme l’ONG Oxfam et plusieurs dirigeants africains comme les présidents Mahamadou Issoufou du Niger et Macky Sall du Sénégal.

En effet, en fin mars, les ministres africains des Finances avaient sollicité 100 milliards de dollars à la communauté internationale pour lutter contre le Covid-19, dont 44 milliards affectés au remboursement de leurs dettes et intérêts. Et si pour la majorité des Etats africains, l’annulation de la dette publique apparaît comme l’unique solution pour éviter un effondrement économique (le remboursement de la dette engloutit 13% des revenus des Etats africains selon l’ONG britannique Jubile Debt Campaign), le FMI et la Banque mondiale ont préconisé, dès le 25 mars 2020, le gel du remboursement de la dette des pays pauvres. Autrement dit, les créanciers bilatéraux devront permettre aux pays pauvres de différer le remboursement de leur dette (à défaut d’une annulation pure et simple). Doit-on s’attendre à un effacement de la dette des pays pauvres ?

Pour l’instant, après l’intervention du président français, le FMI a annoncé ce mardi 14 avril 2020, le versement d’une aide d’urgence aux 25 pays les plus pauvres du monde, dont 19 pays africains. Cette aide d’urgence dont le Burkina Faso est bénéficiaire, entre dans le cadre du Fonds fiduciaire réaménagé d’assistance et de riposte aux catastrophes (fonds fiduciaire ARC).

« Nos pays membres les plus pauvres et les plus vulnérables recevront ainsi des dons qui couvriront leurs obligations envers le FMI pour une phase initiale de six mois, ce qui leur permettra de consacrer une plus grande partie de leurs faibles ressources financières aux soins médicaux et autres efforts de secours d’urgence vitale », a signifié la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva.

L’épineuse question sera débattue cette semaine

Alors que la question doit être débattue cette semaine par les pays du G20, en marge de la réunion de printemps du Fonds monétaire international, certains acteurs comme l’ancien président de la Banque mondiale, Serge Michailof, affirme que les négociations s’annoncent difficiles auprès des Etats. « Je vois mal les partenaires bilatéraux accorder un effacement de la dette aux pays qui ont déjà bénéficié de l’Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE) au début des années 2000. Refaire une deuxième opération de ce genre ne serait pas du tout évident », estime-t-il.

Du côté de la France, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, dit déjà avoir obtenu de ses partenaires, dans le cadre du Club de Paris et du G20, après la déclaration d’Emmanuel Macron, un moratoire du service de la dette des pays les plus pauvres en 2020, mais pas d’annulation de leurs créances. Selon lui, d’éventuelles annulations n’interviendront qu’au cas par cas et dans un cadre multilatéral. En effet, sur une dette de 32 milliards de dollars pour 76 pays éligibles, dont 40 situés en Afrique sub-saharienne, la France, selon Bruno Le Maire, a obtenu le moratoire au niveau des créanciers bilatéraux (12 milliards) et des créanciers privés (8 milliards), soit un total de 20 milliards de dollars.

Précisant par ailleurs que les 12 milliards de créances bilatérales représentent un milliard d’euros de report de dettes pour son pays, Bruno Le Maire note : « Il reste 12 milliards de créances multilatérales dont une grande part de la Banque mondiale. Nous souhaitons qu’elle se joigne aussi à ce moratoire ». A ce propos, il a confié que les discussions se poursuivaient au sein de l’institution. Et ce, pour des raisons techniques.

En rappel, la dette publique africaine a doublé ces dix dernières années pour atteindre aujourd’hui 365 milliards de dollars dont 145 sont dus à la Chine.

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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