Consommation de la drogue en milieu scolaire : L’association « Sauvons l’avenir de nos enfants » en ordre de bataille pour éradiquer le fléau

Face à l’ampleur prise par la consommation de la drogue en milieu scolaire et les conséquences négatives engendrées sur l’épanouissement social, scolaire, sur la santé et la jeunesse, il est paru impérieux pour des parents d’élèves de prendre le problème à bras le corps. Dans le but ainsi de contribuer à la lutte contre la consommation et la commercialisation des drogues en milieu scolaire, l’association « Savons l’avenir de nos enfants », a organisé une conférence sur le thème « la consommation de la drogue en milieu scolaire : les signes d’alertes », le samedi 1er mai 2021 au lycée Saint Viateur de Ouagadougou.

Créée en novembre 2019 par des mères sensibles à l’impact des stupéfiants sur l’éducation, la jeunesse, la famille et le développement du pays, l’association « Savons l’avenir de nos enfants », présidée par Marie-Claire Tiendrébeogo, entend apporter sa contribution à l’éradication de la consommation et la commercialisation de la drogue en milieu scolaire. Outre cet objectif, l’association œuvre selon sa présidente à informer, sensibiliser les jeunes, les parents et la communauté éducative sur les méfaits de la drogue, à accompagner les familles affectées par la drogue et assurer la prise en charge psycho-social des cas avérés.

Avec l’ambition de construire un centre d’accueil, l’association s’inscrit dans la dynamique de soutenir la vision de l’éducation inclusive avec l’ensemble de la communauté à une implication dans la lutte contre le phénomène. Aussi, elle se positionne en première ligne pour apporter sa contribution par la sensibilisation. C’est dans ce sens qu’elle a organisé une conférence sur le thème « la consommation de la drogue en milieu scolaire : les signes d’alertes ».

Etats des lieux de la consommation des drogues en milieu scolaire

Animée à travers trois interventions par d’imminents experts avertis sur la question, la conférence a permis au commissaire de police Levy Yoda, du comité national de lutte contre la drogue, dans un premier acte d’aborder le sous-thème « Etat des lieux de la consommation des drogues en milieu scolaire ».

Tout en présentant sa structure, qui relève du ministère de la Sécurité, le conférencier a relevé que la consommation de la drogue est en hausse de façon générale dans le monde selon le rapport annuel 2020 de l’ONUDC. Ce qui s’explique par ces chiffres selon lesquels 4,8% des 15 à 64 ans en 2009 et 5,3% en 2018 et environ 1,9 % de la population adulte s’adonnent à la consommation non médicale des opioïdes (tramadaol) en Afrique de l’Ouest.

La présidente de l’association, Marie-Claire Tiendrébéogo, veut, à travers son association, contribuer à éradiquer le fléau

Au niveau national, relève le commissaire de police Levy Yoda, malgré l’absence d’une étude générale sur la question, le SP/CNLS qualifie la hausse d’inquiétante, au regard des témoignages des chefs d’établissements dans les régions du Centre, de la Boucle du Mouhoun et des Hauts-bassins. Selon le conférencier, les principales drogues rencontrées en milieu scolaire sont les suivantes : l’alcool (vody, faxe, château de France), le tabac (cigarettes, chicha), les solvants (dissolution, colle liquide), le cannabis, le tramadol, le crack/la cocaïne et l’héroïne.

Le boom minier du Burkina Faso est également une conséquence de la hausse de la consommation de la drogue en milieu scolaire. En effet, selon M. Yoda, une étude menée dans les zone d’exploitation minière présente entre 2013 et 2018 dans le Centre-Nord un taux de prévalence des consommateurs de drogue de 3,17% sur 126 élèves au primaire et 3,38% sur 207 élèves au secondaires.

Toujours dans la présentation de l’état des lieux, le représentant du CNLS a ressorti qu’à travers une enquête, sur 11 établissements publics et 15 privés à Ouagadougou (soit la moitié des établissements en situation régulière), sur un échantillon de 2079 élèves, 127 ont déclaré avoir déjà consommé la drogue. Soit une prévalence de 6,11% en 2019 contrairement à 1,9% en 2011.

Au niveau toujours du comité, selon le conférencier, les cas sont de plus en graves avec les exclusions d’une dizaine d’élèves intervenues en 2020 pour usage ou détention de drogue dans un établissement de Ouagadougou. Pour les faits en lien avec la drogue, ce sont six élèves qui ont été exclus en cette année scolaire en cours dans un établissement de Ouagadougou.

Les facteurs favorisant la consommation des drogues

Au regard de cet état des lieux peu reluisant, l’on peut alors se demander quels pourraient être les facteurs favorisant la consommation des drogues et les signes d’alertes. Cette problématique a été abordée par Dr Landry Ouédraogo, du cabinet La lumière. Selon le conférencier, les facteurs se présentent en fonction des lieux, des personnes et des évènements de la vie.

Les parents d’élèves sont restés attentifs aux messages et aux témoignages.

Mais de façon spécifique, les facteurs pourraient être individuels (le patient présentant de la vulnérabilité et de la résistance), les facteurs génétiques (le caractère, les traits de personnalité antisociale, limite, le trouble déficitaire de l’attention et l’hyperactivité, les événements de vie, le troubles psychiatriques). Les facteurs n’étant pas exhaustifs, pour Dr Ouédraogo, à ce niveau, c’est d’observer les changements de comportements qui peuvent véritablement être des indicateurs.

La prise en charge du patient

La troisième partie de la conférence qui traite de la prise en charge du patient a été assurée par Dr Abdoul-Karim Ouattara, addictologue à l’hôpital Yalgado. Selon lui, la prise en charge d’un patient consommateur de drogue est un long processus, fait de haut et de bas. Le premier élément serait la prise de conscience et la volonté du patient d’arrêter la consommation. Il précise que tout comme l’environnement favorise la vulnérabilité et la dépendance, il favorise également la quête vers la guérison surtout au niveau des thérapies familiales.

La prise en charge d’un patient suit des règles qui exigent une implication rigoureuse. Le premier élément de la prise en charge est le dépistage. Pour Dr Ouattara, il est proposé pendant cette phase, un entretien. Son but est de s’accorder avec le consommateur sur les substances en présence. Le deuxième élément est l’évaluation globale. Elle vise à rechercher une comorbidité éventuelle, à vérifier le retentissement de la consommation sur la santé du consommateur et sur les autres aspects de sa vie, à qualifier le niveau de consommation, la motivation et à établir la démarche thérapeutique.

Autres aspects ressortis par Dr Ouattara sur le volet prise en charge, on a également les entretiens motivationnels, la prévention des conduites à risque, le maintien de l’abstinence et la prévention de la rechute sont les axes de travail qui accompagnent une éventuelle médication. Le tout est accompagné par la prise en charge psychosociale qui complète les actions pour aboutir à une réinsertion socio-professionnelle du patient, a conclu Dr Abdoul-Karim Ouattara.

Obissa Juste MIEN
Lefaso.net

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