Comité d’initiative contre la drépanocytose (CID/Burkina) : Une centaine d’enfants drépanocytaires en détresse enrôlés dans une mutuelle de santé

Le Comité d’initiative contre la drépanocytose au Burkina (CID/Burkina) a organisé ce samedi 29 mai 2021 à Ouagadougou, une rencontre d’information et de sensibilisation des parents et enfants parrainés, sur la drépanocytose et les conditions d’accès aux prestations de la mutuelle de santé. Une activité rendue possible grâce au soutien financier de la Fondation Pierre Fabre.

La drépanocytose, première maladie génétique au monde, touche également de nombreuses familles au Burkina Faso. Selon une étude menée par le ministère de la Santé entre décembre 2019 et janvier 2020, le taux de prévalence de la drépanocytose était de 4,63% dont 54,12% de forme homozygote SS dans le pays. Malheureusement la majorité des enfants atteints de la forme sévère SS de la maladie meurent avant l’âge de cinq ans d’une anémie ou d’une infection et ceux qui survivent font l’objet d’un suivi médical permanent, nécessaire au regard des poussées de la maladie et des complications.

Une vue des participants à la rencontre

Ce qui représente non seulement un frein pour leur scolarisation et un poids financier réel pour les parents, qui pour certains sont très démunis et ne peuvent faire face aux soins que nécessite la maladie de leurs enfants. « On a un cas de famille à Saint Camille où tous les enfants sont SS, le papa est aveugle, il ne peut pas se déplacer, la maman est actuellement hospitalisée. Or, c’est elle qui par moments emprunte les vélos des voisins pour venir avec les enfants. Parfois elle n’arrive pas à venir par manque de moyen de déplacement. Et même si elle arrive à venir, souvent elle n’arrive pas à honorer les frais des soins », déplore Marie Michelle Tiendrébéogo, infirmière dans le service de suivi drépanocytose à l’Hôpital Saint Camille de Ouagadougou.

Marie Michelle Tiendrébéogo, infirmière dans le service de suivi drépanocytose à l’Hôpital Saint Camille de Ouagadougou.

C’est donc dans ce contexte et en l’absence d’un programme national de lutte contre la drépanocytose, qu’a été initié le « Projet d’appui à la lutte contre la drépanocytose au Burkina Faso » par le consortium, ministère de la Santé, CID/Burkina et GIH grâce à l’appui financier de la Fondation Pierre Fabre et de l’AFD (Agence française de développement). Ce projet comporte un volet « aide aux enfants drépanocytaires en détresse » qui est porté par CID/Burkina à travers l’accès à une mutuelle de santé, des kits de vaccins spécifiques, kit médicaments en situation de crise aiguë et des kits médicaments de prophylaxie.

C’est ainsi que le CID/Burkina a identifié une première cohorte de 100 enfants drépanocytaires issus des centres de consultation drépanocytose de l’Hôpital Saint Camille de Ouagadougou, de l’Hôpital protestant Schiphra, du CHU Souro Sanon et du Centre médical « Le nid » à Bobo-Dioulasso, du CHUR de Ouahigouya et du CHR de Koudougou.

Les parents et les enfants ont été sensibilisés sur la drépanocytose

Ces enfants ont été identifiés et sélectionnés en collaboration avec les médecins référents et les services de l’action sociale des structures sanitaires partenaires du CID pour bénéficier d’une couverture sanitaire dans une mutuelle de santé. « On s’est dit que si on donne un sac de riz ou du paracétamol à ces enfants, ça va finir. C’est pourquoi on a choisi la formule durable pour l’enfant. Donc on a fait l’option de faire une adhésion à une mutuelle de santé pour au moins un an, le temps que d’autres partenaires entendent notre cri de cœur pour prolonger la suite », explique Dramane Banaon, coordonnateur national du CID/ Burkina Faso.

Ces enfants ayant une maladie chronique, pour éviter que cela ne joue sur la mutuelle, le CID/ Burkina a négocié un produit spécial avec le Réseau d’appui aux mutuelles de santé en intégrant un volet qui va faire en sorte que les enfants tombent moins malades et éviter qu’ils ne soient un fardeau pour les autres cotisants. « On va leur donner des médicaments, des vaccins et on a voulu une sensibilisation préalable sur la drépanocytose pour que les parents de ces enfants sachent comment faire le suivi régulier, comment être attentifs aux différents symptômes, les signes de danger qui doivent amener à aller à l’hôpital et également ce qu’il faut prendre à domicile », a indiqué M. Banaon.

Dramane Banaon, coordonnateur national du CID/Burkina

La rencontre initiée par le CID/Burkina a aussi permis à la mutuelle de santé Lafi Baoré à laquelle sont affiliés les enfants, d’expliquer aux parents, les conditions de la mutuelle, les centres de santé et pharmacies partenaires où ils peuvent se présenter avec leur carte d’adhérents pour bénéficier des prestations.

Prise en charge à hauteur de 70% pendant une année

La centaine d’enfants sélectionnés bénéficieront du paiement de leur cotisation pour une année au sein de la mutuelle de santé. Ce qui va leur donner droit à une réduction de 70% des frais dans les centres de santé et pharmacies partenaires de la mutuelle de santé. « Par an, la cotisation est de 12 000 F CFA à raison de 1000 F CFA par mois et avec cela la personne bénéficie d’une prise en charge de 70% pour tout ce qui est consultation, examen, produits pharmaceutiques, essentiellement des médicaments essentiels génériques », explique Zerbo Fidèle, président par intérim du conseil d’administration de la mutuelle de santé urbaine Lafi Baoré.
Le paiement de ces cotisations est rendu possible grâce à la Fondation Pierre Fabre dont le représentant Dr Hassane Sanda Yacouba a salué la rencontre de sensibilisation initiée par le CID/Burkina.

Dr Hassane Sanda Yacouba, représentant de la Fondation Pierre Fabre

Pour le ministère de la Santé qui était représenté à la rencontre par Chantal Tondé/Ouédraogo, point focal drépanocytose à la direction de la prévention et du contrôle des maladies non transmissibles, mais également pour les prestataires de soins, cette initiative du CID est à saluer. « La drépanocytose est une maladie qu’on a pour toute la vie et la prise en charge est souvent énorme. S’il y a une opportunité pour soulager les malades et les parents, c’est une bonne initiative », a laissé entendre Mme Tondé.

En attendant donc d’autres bonnes volontés pour accompagner le CID/Burkina dans son élan, ce sont une centaine d’enfants drépanocytaires et leurs parents qui ont le sourire aux lèvres, car pour au moins un an, ils n’auront pas à trop s’inquiéter pour les coûts qu’engendre leur suivi médical.

Justine Bonkoungou
Lefaso.net

 

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