« C’est simple, ils pillent » : en Afrique du Sud, l’ANC dans le viseur de la gauche radicale

« Les gens au pouvoir soignent leurs intérêts, pas ceux du peuple », grimace Tebugo Maboka au meeting de la gauche radicale sud-africaine, dimanche 26 septembre. A un mois des élections locales, le Congrès national africain (ANC), parti historique au pouvoir en Afrique du Sud, est accusé ici de tous les maux, pauvreté et corruption en tête.

Ils sont des milliers, en rouge et noir, à avoir rallié le centre délabré de Johannesburg pour écouter le leader des Combattants pour la liberté économique (EFF), Julius Malema, lancer officiellement la campagne pour les municipales du 1er novembre. Tribunes, sécurité serrée et haut-parleurs géants dont les basses soulèvent le cœur. Ici et là, des groupes nombreux chantent et dansent, sautillant de gauche à droite en levant le poing, hilares.

Tebugo Maboka, 66 ans, s’écarte pour dire sa déception profonde de l’ANC, le parti de Nelson Mandela, qui a mis fin à l’apartheid et où il a longtemps milité, « bien sûr ». Béret noir et barbe blanche, lunettes strictes, cet employé du secteur minier trouve que l’ANC « rime plus aujourd’hui avec destruction qu’avec développement » : « Ils pillent, c’est simple. Ils nous demandent notre vote mais ne tiennent pas leurs promesses. » A deux pas, un jeune homme, qui porte un gilet fluo d’organisateur, intervient : « On a faim de Malema ! »

Agnes Jase, 28 ans, est candidate de l’EFF à Carletonville, à une heure de route. Elle ne cache pas le clientélisme de sa démarche : « La maison de ma mère a été détruite pas un incendie l’an dernier. L’ANC n’a rien fait, l’EFF l’a aidée à reconstruire. » Mais au-delà de ces réalités très concrètes et personnelles, elle juge que « l’ANC s’est égaré ». « Ils vont maintenant se noyer face à notre déferlante », lance-t-elle dans un éclat de rire triomphal.

Bains de foule

Le parti au pouvoir lance ce lundi sa campagne officielle, même si le président Cyril Ramaphosa (qui est aussi le chef de l’ANC), s’offre des bains de foule depuis une dizaine de jours, vêtu de vert et de jaune. Dimanche matin, pour ne pas laisser toute la place médiatique à Julius Malema, le chef de l’Etat a sillonné le township de Tembisa, après Soweto le week-end dernier.

Porte-à-porte, salutations… « L’oncle Cyril », connu pour sa bonhomie, s’assoit sur un banc, distribue blagues et tapes sur l’épaule. Régulièrement, il lance « Amandla ! » (« Pouvoir ! »), cri de ralliement de la résistance à l’apartheid. Tout comme son opposant, qui ouvre son discours fleuve en revendiquant l’héritage de Winnie Mandela, héroïne populaire mais controversée de la lutte anti-apartheid qui aurait fêté dimanche ses 85 ans, il assure que lui poursuit le combat « révolutionnaire » et pas l’ANC.

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« Mama Winnie n’a pas abandonné la cause de la liberté face aux capitalistes blancs qui ont capturé et continuent de contrôler tous les dirigeants de l’ancien mouvement de libération », martèle de son côté Julius Malema, sous les vivats de la foule. Nous ne sommes pas « un tigre de papier, mais un lion rugissant », assure-t-il, avant de lister impitoyablement les innombrables faillites de l’ANC, qu’il qualifie de « constats véridiques »« Notre peuple est sans terre », sans emploi, manque d’électricité, « vit dans des bidonvilles sans toilettes »« nos routes ne sont pas goudronnées ou pleines de nids-de-poule »

La veille, c’est en ligne que le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), s’était lancé dans la campagne, appelant les Sud-Africains à défaire l’ANC et à se rapprocher de lui pour éviter de laisser le champ libre aux radicaux populistes de l’EFF.

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Le Monde avec AFP

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