Burkina : Quelle pertinence de construire une latrine à 180 000 Fcfa pour un ménage qui a moins de 150 000 Fcfa/an ?

L’auteur de ces lignes qui suivent ne cautionne pas la politique gouvernementale relative à la construction de 48 000 latrines familiales au profit des ménages, d’un coût global de 9 milliards de Fcfa. Comparant le coût unitaire d’une latrine (180 000 Fcfa à 198 000 Fcfa) avec le revenu annuel de certains ménage (153 000 Fcfa), DDS, comme il se nomme, se demande comment peut-on adopter un tel programme et applaudir.

Pourquoi certains pays à l’instar du Burkina Faso, mon pays d’origine, vivent encrés et toujours dans le cercle infernal de la pauvreté ? Mauvaises politiques de développement, mauvaises décisions et stratégies dans la conduite des programmes de développement. Avec un financement de la Banque mondiale, sûrement un prêt, le gouvernement du Burkina Faso a adopté en conseil des ministres du 5 mai 2021 un programme autorisant la construction de 48000 latrines familiales par 55 entreprises et pour un montant total de 9 milliards de Fcfa, un financement de la Banque mondiale. Dans le même rapport, le coût unitaire d’une latrine familiale s’élève entre 180 000 Fcfa -198 000 Fcfa, soit environ 350$/ ménage au taux du jour.

Dans un pays où plus de 40% de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté, soit avec moins de 153 000 Fcfa par an, comment peut-on adopter un tel programme et d’applaudir ? Allez-vous construire des latrines à plus 350$ l’unité pour des ménages qui habitent dans des maisons en banco, où avec des toitures en pailles, qui ont même du mal à couvrir les besoins annuels de leur pauvreté alimentaire autour de 104 000 Fcfa/ an ?

Où est la pertinence de ce projet ? A qui profite ces dilapidations d’argent public que nos enfants et petits-enfants seront obligés de rembourser ? Pourquoi sommes-nous encore et toujours dans une politique de gratuité qui ne permet aucunement d’avoir une bonne couverture du taux d’accès aux infrastructures d’assainissement amélioré en milieu urbain comme en milieu rural ? Où sont les spécialistes de la gouvernance de l’assainissement au sein du ministère de l’Eau et de l’Assainissement qui ont approuvé ce projet qui n’est visiblement pas durable et efficace ?

Avec ces 9 milliards de Fcfa et avec des méthodes d’approches participatives très efficaces expérimentées dans plusieurs pays et avec des résultats objectivement vérifiables, on aurait pu faire bénéficier plus de 200 000 ménages / familles dans le même contexte.

A qui profitent ces appels d’offres accélérés pour la gratuité ? Plusieurs exemples dans plusieurs pays démontrent que lorsqu’une latrine est offerte gratuitement à un ménage, il ne s’en occupe pas non seulement mais quand la latrine est pleine, le ménage aura du mal à faire la vidange.

Soyons efficaces quand il s’agit de l’argent public, des prêts et des subventions que nous recevons des partenaires techniques. Je mets au défi tout spécialiste de ce gouvernement ou du ministère en charge de l’assainissement de me prouver que dans un pays x, avec un financement de la Banque mondiale, l’on a réussi à atteindre un taux de couverture de 100% voire 0% de défécation à l’air libre par cette méthode et de façon durable.

Nous avons 1,2 million de personnes en situation de déplacés internes. Si on peut construire une latrine à pratiquement 200 000 Fcfa pour un ménage, cela implique pour l’aide au retour des déplacés, nous allons donner au minimum 2000$ à chaque ménage pour se réinstaller, je suppose.

Peut-être que je me trompe mais c’est vraiment contreproductif d’agir de la sorte. Sauf si le résultat attendu par le gouvernement est le nombre de latrines construites d’ici la fin du mandat, que ces latrines soient utilisées, entretenues ou pas.

La meilleure stratégie aurait été de travailler avec les ménages, les villages, les secteurs bénéficiaires à travers la sensibilisation sur les bonnes pratiques d’hygiène, l’hygiène du milieu du cadre de vie, la gestion des excrétas, amener les populations à prendre conscience pour construire leurs propres latrines avec les moyens locaux disponibles. Plus de 10 000 étudiants ne pouvaient être mobilisés pour servir d’agents de sensibilisation dans les ménages avec la méthode porte à porte.

Nous avons quatre usines qui produisent du ciment de qualité. Hormis le fer à béton, tous les autres matériaux sont disponibles localement au Faso.

Avec deux sacs de ciment, une barre de fer 8 ou 6 comme subvention, plus l’appui technique des maçons communautaires, chaque ménage peut construire sa latrine simplement et l’entretenir au mieux de façon durable.

Les Blancs nous donnent à manger ; pour la gestion de nos excrétas ils doivent aussi nous aider, c’est un peu honteux quand même. Tant que les pays africains continueront à accepter ces genres de financements nous resteront sous-développés et toujours dans l’assistanat.

DDS

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