Burkina Faso : Le commerce de pastèques, un gagne-pain à Ouagadougou

Parmi les fruits et légumes qui inondent les marchés à Ouagadougou, au sortir de la période hivernale, figure en bonne place la pastèque. Trône au bord de plusieurs artères de la Capitale burkinabè, cet organe végétal lisse de forme plus ou moins sphérique, à coque verte et à chair rouge juteuse. Fin janvier 2021. La brume enveloppe les hameaux. Le fruit saisonnier semble résister cette année au temps. Son prix cristallise les débats. Mais la pastèque est consommée comme des petits pains. Reportage !

La pastèque fait partie des fruits préférés de nombre de Ouagavillois. Dans plusieurs quartiers de Ouagadougou, des vendeurs et vendeuses n’hésitent pas à attirer d’éventuels clients en présentant de gros melons d’eau. Installés généralement au bord des grandes voies, ces commerçants peuvent vendre le fruit juteux jusque tard dans la nuit.

Les clients sont diversifiés. Enfants, jeunes et personnes du troisième âge, se procurent des pastèques en entier ou par tranche. Découpés ou en état de décomposition, les restes rangés de côté attirent les mouches qui bourdonnent autour d’épaisses peaux de pastèques.

Quartier Paglayiri de Ouagadougou. Des passants, profitant d’une brève escale, sont intéressés par les tranches de pastèques. Juché sur sa moto, Abdoul Razack Tiemtoré cherche un endroit pour stationner sur le bas-côté du goudron en face du marché de Paglayiri. Il est 14h, mercredi 27 janvier 2021. Le jeune de 26 ans est pris par une forte envie de pastèque, comme « quotidiennement », selon ses termes.

« Se procurer une pastèque à Ouagadougou devient de plus en plus difficile »

Il stationne son engin sous un hangar de fortune et fonce droit vers une montagne de fruits. In situ, une demoiselle se lève et l’accueille, sourire aux lèvres. Mais après quelques secondes de salamalecs, Abdoul Razack trouve que les tranches de pastèques sont très chères, en plus du goût du fruit qui reste souvent à désirer.

« Franchement, se procurer une pastèque à Ouagadougou devient de plus en plus difficile. Cette année, j’achète vraiment ce fruit à contrecœur. Figurez-vous qu’il y a 3 ans de cela, on pouvait avoir une pastèque à 25 F CFA. Et même rien que l’année passée, avec 50 F, on pouvait avoir un morceau pour faire passer ses envies.

Cependant, cette année, un morceau coûte 100 F. Et cela n’est pas le seul souci. La plupart des pastèques qu’on croise n’ont plus un bon goût. Je ne sais pas si c’est dû aux produits artificiels ou je ne sais quoi », se plaint le jeune qui mène une activité de vente de carburant en bouteille. Il finit par se procurer une tranche qu’il déguste en hochant la tête et exprimant sa satisfaction.

« Compatir aux souffrances qu’endurent les vendeurs en gros »…

Au milieu des montagnes de melons d’eau, une dame retient l’attention. Assise sur un banc, une sacoche en bandoulière, un cahier en main et une calculatrice à ses côtés, elle s’affaire à des opérations de comptabilité. Elle lève par moment la tête pour scruter les alentours ou encaisser le prix de la vente que lui tend un de ses employés. Pas le temps d’échanger avec de simples visiteurs comme… des journalistes ! Rendez-vous est donc pris pour le lendemain.

Jeudi 28 janvier 2021, il est 9h à Paglayiri. La dame à la sacoche n’a toujours pas le temps. Un camion est en train de décharger des pastèques. Des commerçants détaillants se bousculent et discutent le prix des fruits. La pastèque leur est vendue entre 500 et 1000 F CFA, en fonction de sa taille. La boule de pastèque sera revendue entre 800 et 1500 F.

Au cœur de la verdure de pastèques, une autre dame frisant la soixantaine tente de se procurer une boule à 400 F. Chose qu’elle obtient après environ 30 minutes de négociation.

Autre lieu, réalité similaire. Dans le quartier Kamboinsé, Aminata Ouédraogo, revendeuse de pastèques, juge pourtant raisonnables les prix qui sont proposés aux clients. Pour comprendre, confie-t-elle, il faut essayer de compatir aux souffrances qu’endurent les vendeurs en gros pour obtenir le fruit.

« Chacun essaye de vendre pour s’en sortir »

« Vous savez, il y a des gens qui rentrent dans la brousse pour acheter les pastèques, entre 300, 400 et même 500 F parfois. Nous, on achète chez eux pour revendre. Ces mêmes gens arrivent en brousse, payent le service de ceux qui vont récolter les pastèques, payent encore le service de ceux qui vont charger dans les camions, les frais sur la route, sans oublier les frais de déchargement. Arrivés ici, ils nous revendent entre 500, 600 et souvent à 700 F », explique Aminata Ouédraogo.

Elle ajoute qu’une fois les pastèques achetées, le service des transporteurs de tricycles est loué à 25 F sur chaque fruit. Ce qui explique, dit-elle, le surplus qu’elle essaie de combler grâce à la vente en détail. « Donc, c’est pour dire que c’est tout un processus qui se déroule. Et cela impacte le prix final. Chose qui est raisonnable parce que chacun essaye de vendre pour s’en sortir », se justifie Aminata.

Ablassé Nikiéma est un fournisseur de pastèques dans la ville de Ouagadougou. Il déplore les « nombreuses » taxes qu’il paye quand il revient des provinces.

Risque sécuritaire, taxes à payer…

« Vous savez, la pastèque pour l’obtenir à la source relève d’un défi très important cette année. Moi personnellement, je loue le camion pour aller chercher les pastèques. Lorsque le camion que j’utilise est d’origine ghanéenne, nous payons à chaque arrêt 2000 F CFA pour passer ; même si nos papiers sont en règle. Lorsque le camion est de type burkinabè, à chaque arrêt, nous laissons 1000 F. Et cette situation, nous la déplorons vraiment », s’indigne Ablassé, le regard dirigé vers le vide.

Ce fournisseur de pastèques évoque également un risque sécuritaire auquel il s’expose. A l’écouter, les pastèques qu’il achète sont disponibles dans des zones à risques, notamment à des dizaines de kilomètres de Taparko dans le Centre-Nord.

« En cours de route, nous rencontrons plusieurs difficultés. Une fois, nous étions au site et on nous a signalé une attaque à 10 kilomètres de là où nous étions », révèle Ablassé.

La pastèque est parfaite pour les régimes

A la source, ce grossiste achète la boule de pastèque entre 500 F, 600 F et 700 F. Il estime le camion plein à environ 800 000 FCFA, voire 1 million de FCFA. « C’est pourquoi, cette année, les pastèques de moins de 700 F sont rares sur le marché. D’où la plainte des consommateurs », constate-il. Il n’oublie pas également de signaler qu’à l’arrivée, une partie des melons d’eau n’est plus consommable. « Cela fait partie des pertes enregistrées », fait comprendre le sieur Nikiéma.

Il faut noter que les bienfaits de la pastèque sur la santé ne sont plus à démontrer. Ils sont énormes, affirme Dr Morzouma Younga, médecin de santé publique.

« Très pauvre en calories, nulle en cholestérol, la pastèque est parfaite pour les régimes. De plus, sa richesse en eau procure rapidement une sensation de satiété. On la recommande pour les personnes en surpoids. Mais glacée, la pastèque peut provoquer des irritations gastriques. Elle n’est pas contre-indiquée chez les femmes enceintes », fait savoir Dr Younga.

La pastèque peut diminuer les troubles de l’érection

Les nutritionnistes de « Santé Magazine » ajoutent que la pastèque préserve de la déshydratation et contient de nombreuses vitamines qui renforcent le système immunitaire, interviennent dans la vision et favorisent le bon fonctionnement du système nerveux.

« La pastèque contient un puissant antioxydant : le lycopène. Ce dernier freine le développement des cellules cancéreuses, protège l’organisme des maladies cardio-vasculaires et la peau des effets néfastes du soleil. Au niveau digestif, manger de la pastèque peut apaiser les brûlures d’estomac et diminuer les flatulences (ballonnement). Elle purifie aussi le côlon, le foie, les reins, les voies urinaires et débarrasse l’organisme des parasites intestinaux », écrit Santé Magazine.

Au niveau sexuel, les graines de pastèque contiennent de la citrulline, un acide aminé au pouvoir vasodilatateur. Ainsi la pastèque peut diminuer les troubles de l’érection, toujours selon le magazine français. Les graines  peuvent aussi stimuler la mémoire et ont des propriétés laxatives et anti-inflammatoires.

Abdoul Gani BARRY (Stagiaire)

Burkina 24

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