Burkina : Dominique Etienne Mahé, mobilisateur communautaire, reçoit un hommage mérité à titre posthume à Tovuor (Ioba)

Populations, autorités administratives, religieuses et coutumières ont, le samedi 6 février 2021 à Tovuor (village sis commune de Zambo, province du Ioba, région du Sud-Ouest à environ 325 kilomètres de Ouagadougou), rendu un hommage à Dominique Etienne Mahé. Un Franco-Burkinabè par alliance qui a beaucoup œuvré au développement de la localité. C’était à la faveur de l’an I de sa disparition (7 février 2020-7 février 2021), qui a été marqué par des prières, une décoration à titre posthume et la pose de la première pierre d’un centre culturel.

Dominique Etienne Mahé était en service au sein d’une grande compagnie minière en Guinée, en qualité de responsable Gouvernance/Consultant gestion contrats, lorsqu’il a été, en cette matinée du 7 février 2020, arraché à l’affection de toute une famille, un village, un pays, pour ne pas dire de tout un continent.

Mme Mahé souhaite que le Centre culturel soit, le plus rapidement possible, une réalité.

« Devant la mort de nos proches, nous avons un moment de révolte et nous nous posons une question : pourquoi ? Nous traduisons parfois notre révolte par les reproches que nous adressons aux autres et à nous-mêmes, nous nous disons qu’il y avait peut-être encore quelque chose à faire, qui n’a pas été fait. Nous pensons que tout n’a pas été tenté de ce qui pouvait l’être. Pourtant, au fond de nous-mêmes, nous savons que malgré tout ce que nous pouvons essayer, un jour vient, qui est le dernier. De quels que côtés que nous prenions les problèmes, il arrive un moment où il va falloir se résigner à la mort, car c’est inévitable », a rappelé Mgr Lucas K. Sanou, évêque du diocèse de Banfora, qui a célébré la messe de requiem à la Paroisse Sacré Cœur de Tovuor. Une célébration qui a également été soutenue par des messages d’espoir, un meilleur après la mort.

Monseigneur Lucas K. Sanou

Outre les responsables de la Paroisse, la messe a mobilisé aux côtés des populations et autorités administratives, de nombreux autres leaders religieux, dont Mgr Der Raphaël Dabiré de Diébougou.

Cet instant de prières a été suivi, à l’esplanade de la Paroisse, d’une cérémonie de décoration à titre posthume. Elle a été présidée par le secrétaire général de la Grande Chancellerie, Armand Ouattara. Témoin des actions du défunt dans la localité, à l’époque où il était haut-commissaire du Ioba, M. Ouattara n’a pu s’empêcher de revenir sur quelques pans de sa vie. « Il n’y a rien de tel que d’être décoré lorsqu’on est vivant. Mais, dans pas mal de cas, nous ne sommes pas maîtres de notre vie, nous ne savons pas ce qui peut se passer et c’est cela que vous voyez souvent les décorations à titre posthume. Nous avons d’abord les cas de ceux qui tombent sur le champ de bataille, qui défendent le pays et qui meurent en mission commando. Nous avons également le cas de ceux qu’on oublie… », a relevé le secrétaire général de la Grande Chancellerie avant de se confier : « J’avoue que j’ai eu mal au cœur quand on m’a annoncé son décès ; parce que je connais bien la famille Mahé, j’étais-là, j’ai assisté à l’inauguration de certaines de ses réalisations. Même de ma présence, j’aurais pu le proposer à la distinction honorifique. Mais souvent, ça nous échappe ». Ainsi, M. Mahé a reçu, par les mains de son épouse, la Médaille d’honneur des collectivités locales. Une distinction que les autorités burkinabè ont décernée en reconnaissance des multiples efforts du disparu.

Ici, le secrétaire général de la grande Chancellerie, Armand Ouattara (micro.) et le curé de la Paroisse Sacré cœur de Tovuor.

Dominique Etienne Mahé, l’humanitaire, l’agent de développement !

En ce premier anniversaire de disparition, les images de l’homme, ses actions et combat pour la communauté restent toujours vivaces. Outre le développement local, M. Mahé s’est énormément investi dans le capital humain, notamment par la scolarisation.

« Mon mari était un homme très timide. C’était un travailleur. Ce qu’on va aussi retenir de lui, c’est son effort pour que tout le monde puisse s’élever le plus possible. L’éducation de qualité, l’éducation de longue durée, qui permet à quelqu’un de s’élever. Ensuite, il voulait encadrer les enfants dès leur jeune-âge ; parce qu’en fait, au début, nous attendions que les enfants aient le BAC pour pouvoir contribuer à leur scolarisation au niveau universitaire. Mais on a vu que ça ne marchait pas parce que les enfants n’arrivaient pas au BAC toujours. C’est là il s’est ravisé en disant de prendre les choses dès la base. Donc, on a soutenu les élèves dès le primaire. Mais il voulait aller plus loin en ouvrant une maternelle trilingue : le dagara, le français et l’anglais. C’était un des projets qui lui tenait à cœur également et que si Dieu nous donne la force et les moyens, nous allons mettre en œuvre ; parce que l’éducation pour lui était essentielle pour pouvoir voir grandir un homme », confie son épouse, veuve Bernadette Mahé.

Veuve Bernadette Mahé, tenant la Médaille de décoration des mains du haut-cmmissaire.

Trinlignue, parce qu’il estimait que dans le monde actuel, on ne peut se contenter de sa langue, il faut s’ouvrir au monde (ce qui passe par les langues internationales). « Comment on a pu passer l’occasion de scolariser les enfants en trois langues (dagara, français et anglais). Nous sommes proches du Ghana, nos parents vont au Ghana pour travailler, etc. Mais on a laissé un aspect qui pouvait nous être utile », justifie Mme Mahé.
Pour Bernadette Mahé, la meilleure façon de rendre hommage au défunt époux, c’est aussi de poursuivre ses projets.

« C’est celui-là qui m’a permis, personnellement, d’être là où je suis ; il a pris en charge ma scolarisation, et de façon intégrale, jusqu’à la cinquième année d’université. Je suis donc ce que je suis, grâce à lui. (…). Nous sommes nombreux à avoir bénéficié de sa générosité. Quand il s’agissait d’études, papa ne calculait pas le montant, pourvu que tu travailles, peu importe la scolarité, il était prêt à consentir l’effort. Par an, au minimum, il n’injectait pas moins de dix millions dans la scolarisation. A la dernière année de sa disparition, on discutait beaucoup de ses projets (parce qu’il devait aller à la retraite en 2021) à mettre en œuvre au Burkina Faso », témoigne un des neveux et porte-parole de la famille, Asseghna Anselme Somda, chargé de programme du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD).
Il apprend également que Dominique Etienne Mahé a beaucoup encadré les femmes pour les activités génératrices de revenus et les jeunes en entrepreneuriat.

Asseghna Anselme Somda, porte-parole de la famille.

Dominique Etienne Mahé était aussi connu comme promoteur de la culture burkinabè dans sa ville d’origine, Beaugency, en France. Il y organisait une semaine culturelle du Burkina, pour permettre aux populations de cette ville de découvrir les potentialités du pays des hommes intègres. Il avait également mis en place des associations, à l’image de IKAA (en langue Dagara, l’éveil), à travers lesquelles, il a mené plusieurs actions de développement.

A son actif, la réalisation de forages, de châteaux d’eau pour les populations, l’équipement du CSPS (Centre de santé et de promotion sociale) de Tovuor. « Il a contribué à l’électrification du CSPS de Tovuor ; les femmes accouchaient dans le noir, avec des sages-femmes munies de torches. Lorsqu’il a vu ça, il a dit plus jamais : l’année prochaine, on ne doit plus voir des femmes accouchées dans le noir. Il a donc fait électrifier le centre de santé », retrace-t-il. De ses nombreuses qualités, le président de la Commission des affaires sociales et du développement durable (CASDD) sous le Conseil national de la transition (CNT), Asseghna Anselme Somda, retient qu’il était un homme très discret, mais très efficace, qui aimait s’effacer pour faire émerger les autres.

Un centre culturel pour honorer sa mémoire et poursuivre sa volonté

« L’administration a été témoin de toutes les œuvres que M. Mahé a contribuée à réaliser, précisément à Tovuor. C’est un acteur de développement local. Il a également beaucoup contribué à la formation des ressources de qualité par la formation de nombreuses personnes qui servent aussi l’Etat burkinabè à travers l’administration publique que le privé. Du coup, nous nous rendons compte que M. Mahé a rendu un énorme service à l’Etat burkinabè », s’est exprimé le haut-commissaire de la province du Ioba, Jean-Pierre Vogna.

L’autorité retient également du défunt, les qualités de travailleur et de mobilisateur des communautés.
Ce premier anniversaire a été aussi marqué par la pose de la première pierre du Centre culturel de Tovuor dont il avait à cœur la construction. L’infrastructure comportera à terme, et entre autres, une bibliothèque et des compartiments dédiés à la formation en entrepreneuriat. Plus de 400 livres déjà enregistrés en France pour cette maison du savoir.

Veuve Bernadette Mahé, reconnaissante aux autorités pour la décoration.

« Les gens qui n’ont pas eu la chance d’aller très loin à l’école ne sont pas en reste. Un de ses projets, c’est de faire dans le centre culturel une pépinière d’emplois ; c’est-à-dire que tous ceux qui ont des idées, qu’on puisse les encadrer, développer leurs idées et voir comment financer ensuite leurs projets », a ajouté M. Somda.
Comptable de formation, Dominique Etienne Mahé escomptait, par ailleurs, contribuer dans la localité à former la ressource humaine dans ce domaine. C’est alors qu’il se préparait pour sa retraite, pour cette année 2021, et dans les préparatifs de son installation au Burkina, que la mort l’a arraché.
« La veille de sa mort, il m’a dit, tu vas construire pour qu’on puisse s’installer. Je devais prendre le vol le lundi et il est décédé le vendredi », revit veuve Bernadette Mahé.

O.L
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment