Burkina : Construire le pays sur le socle de l’intelligence collective, prône Jérémie Yisso Bationo

Les Burkinabè sont un peuple valeureux qui fait montre d’une grande résilience face au terrorisme. Après avoir réussi ses élections présidentielles et législatives envers et contre tout, le pays doit à présent gagner le pari de la réconciliation nationale pour consolider les assises de son développement socio-économique. Pour ce combat, les Burkinabè doivent puiser l’énergie nécessaire au plus profond d’eux-mêmes. Ils doivent faire preuve de transcendance. En la matière, l’intelligence collective doit être exploitée de fond en comble. Elle constitue une force motrice de changement qualitatif.

« Lorsque les hommes travaillent ensemble, les montagnes se changent en or. » Ce proverbe chinois résume bien ce qu’est l’intelligence collective. C’est en faisant davantage ensemble, en partageant ses connaissances et ses compétences avec les autres, que l’on atteint un but commun. L’histoire du Burkina Faso et l’identité des burkinabè reposent sur des valeurs cardinales : l’intégrité, l’hospitalité, la solidarité, l’altruisme,… C’est sur ces valeurs que se construit progressivement l’État-Nation.

La collégialité prime sur l’individualisme. Ces valeurs permettent de faire régner la paix sociale dans les communautés.Les cultures et traditions charrient de richesses. Elles rappellent aux Burkinabè que chaque fois qu’ils s’entraident, ils gagent énormément ensemble. En matière de lutte contre le terrorisme par exemple, l’intelligence collective a permis de lancer l’initiative des VDP dont la contribution à la sécurisation du pays est indéniable de nos jours. De nombreux autres secteurs en font l’expérimentation par une judicieuse exploitation du renseignement.

Dans un monde où le relativisme a atteint son paroxysme, les Burkinabè ne doivent jamais perdre de vue qu’ils sont un même peuple nonobstant les divergences et atermoiements circonstanciels. Face à l’émergence de crises sanitaires, écologiques, économiques ou sociales d’une ampleur et d’une complexité sans précédent, l’intelligence collective offre une médiation possible. En intégrant une pluralité de regards complémentaires, elle contribue à former un tableau plus juste de situations qui échappent à la maîtrise d’un seul regard.

De par l’histoire, le peuple juif a fait montre d’une extraordinaire intelligence collective de l’exil à Babylone jusqu’à la naissance de l’État d’Israël. Il faut aujourd’hui se donner comme objectif primordial celui de faire des communautés burkinabè des entités intelligentes dans le sens de communautés qui investissent dans la compréhension de leurs réalités, de celles de leur voisinage et de celles du monde pour protéger au mieux leurs intérêts vitaux.

Des communautés qui valorisent la modération dans la poursuite des intérêts particuliers par un sens aigu de l’intérêt général. Des communautés qui célèbrent la diversité des cultures, des croyances et des opinions. Des communautés qui promeuvent la mise à profit de tous les savoirs et de tous les savoir-faire pour améliorer la vie des populations actuelles sans hypothéquer celle des prochaines générations. Des communautés qui veulent conserver une capacité minimale d’influencer leur avenir.

Construire un citoyen de type nouveau

Les Burkinabè devraient tous ensemble œuvrer à la construction d’un État stratège et de sociétés civiles cultivées. L’ambition de l’intelligence collective doit se traduire concrètement par une priorité absolue accordée à la formation des esprits par l’éducation et par la culture. Il faut à ce titre remettre au goût du jour l’éducation civile et morale, accentuer la formation dans le cadre du Service National de Développement, redonner de la vitalité aux structures et mouvements d’encadrement de la jeunesse à l’instar du scoutisme,…

Le Chef de l’État et l’ensemble du gouvernement sont déterminés à faire du Burkina Faso un modèle de gouvernance vertueuse. Dans cette vision progressiste, le sectoriel n’a plus voix au chapitre. Au niveau du gouvernement, les dossiers doivent de plus en plus être traités comme des dossiers transversaux et collectifs.

Cette synergie d’action permettrait de faire des économies d’échelle qui seraient réinvesties dans des secteurs névralgiques. L’histoire est entrain de dérouler son rouleau compresseur. Les États qui veulent peser dans le concert des nations doivent impérativement faire preuve de proactivité. Le Burkina Faso dispose d’une admirable richesse à exploiter pour relever ce défi : l’intelligence collective !

Jérémie Yisso BATIONO
Enseignant chercheur
Ouagadougou

Related posts

Leave a Comment