Basic Soul : « Le rap ne nous a pas enrichis »

On ne peut parler du hip-hop au Burkina sans parler de Basic Soul. Il est l’un des précurseurs de cette tendance musicale au pays des hommes intègres. En 1997 déjà, il est le premier à mettre sur le marché de disc le tout premier album de rap made in Burkina. Si le style a fini par s’imposer dans le showbiz burkinabè, ses débuts n’étaient pas trop fameux. Aujourd’hui, le rap est encore présent et compte beaucoup d’adeptes. Focus sur l’homme par qui de milliers d’autres jeunes burkinabè ont emboité le pas pour devenir des rappeurs.

Le style bling-bling, ce sont des chaines en or, en argent, en bronze. Les jeunes les portent au bras et même au cou. C’est aussi les larges chemises et les gros bodys. C’est surtout les gros pantalons sans ceinture. Parfois, ils se retrouvent sur les fesses. Sur scène, le chanteur a un micro dans une de ses mains. L’autre attrape le pantalon. Ainsi va le toast. C’est la singularité du Hip-Hop. A la fin des années 1990, le mouvement est au Burkina Faso. Partout, dans les quartiers et les ghettos, les jeunes rivalisent de flows. Seulement, personne n’osait mettre sur le marché une production musicale.

Arrêt sur image, le tout premier album rap made in Burkina

En 1997, un homme se jette à l’eau. C’est Souleymane Ouédraogo. Comme nom de scène, il adopte « Basic Soul ». Pour l’artiste à l’époque, il fallait se trouver une sorte d’identité. « Basic pour dire que je prends beaucoup de soin à écrire mes textes. Soul, vient simplement de Souleymane », explique-t-il. Son premier est intitulé « Arrêt sur image ». L’œuvre est une référence sur le marché de disc burkinabè. C’est une sensibilisation sur la prise de conscience vis-à-vis du VIH SIDA et le soutien aux personnes infectées. Une carrière est ainsi lancée. Le rap, c’est aussi de l’engagement.

La musique n’était pas considérée comme un métier

Ainsi, « j’ai interrompu rapidement mes études à l’université pour me consacrer à plein temps à la musique », révèle-t-il. Comme justification, il raconte que c’est un moyen pour lui de s’exprimer. Mieux, il s’est vu une mission à accomplir. Dans cette quête d’identité, le jeune étudiant fraichement reconverti en rappeur était loin d’imaginer que la société serait contre lui. En réalité, ce n’est pas une animosité envers sa personne mais plutôt la musique elle-même. D’aucuns estiment que ses adeptes sont des « voleurs de poulet », des drogués. Pour tout dire, « la musique n’était pas considérée comme une profession », se remémore-t-il.

En réalité, il fallait bien plus pour décourager le natif du Centre-Nord du Burkina. Il réalisera cinq autres albums. « Indépendant » en 2000, « Beodaaré » en 2003, « Barka » en 2005, « 2015 » en 2007, Burkin@ 2.0 » en 2012. Il se produit en spectacle sur plusieurs scènes nationales. Sa musique le fait voyager également à l’extérieur. Le rappeur est fier de son parcours. Il indique : « Je ne regrette pas d’avoir choisi le rap comme métier. Sinon j’aurai fait un virage à 180° à un moment donné ». Pour lui, son bilan est positif mais il temporise : « C’est vrai que le rap ne nous a pas enrichis. Mais il nous a permis de nous développer intellectuellement, spirituellement, d’avoir une certaine assise sociale, d’être reconnus, de croiser des inconnus. Ça, je pense que quand même c’est bon. »

De la musique au militantisme dans la société civile

En 2014, l’artiste joint l’acte à la parole d’homme engagé. Avec son mouvement le Balai citoyen, il descend dans la rue pour protester contre la modification de l’article 37 qui limitait le nombre de mandat à deux. Résultat, le président Blaise Compaoré perd le pouvoir. Il justifie son acte : « C’est le besoin de contribuer à créer un nouveau Burkina qui m’a amené au militantisme actif au sein du Balai citoyen. » Après la lutte, il trouve aussi que le bilan est satisfaisant. Il souligne : « Ce qui a changé, c’est qu’on voit aujourd’hui que des élections libres transparentes sont organisées . Les vaincus félicitent les vainqueurs. Il n’y a plus un système répressif du type RSP (Régiment de sécurité présidentielle) sur lequel le régime s’assoit pour réprimer le peuple. On voit que la Justice est plus que jamais indépendante. On voit que l’exécutif ne peut pas dire à un procureur, à un juge d’instruction d’arrêter ou de poursuivre quelqu’un ».

Le rap a eu ses années de gloire avant de stagner

Après cette parenthèse, Basic Soul produit son 6e album en 2017. Il est intitulé « Illusions ». A un moment, le rap burkinabè a semblé sombrer. Il le reconnait : « On a eu un peu peur parce que le rap a véritablement décollé au début des années 2000. Pendant une décennie le rap a raflé plein de lauriers que ça soit au niveau du Burkina ou au niveau de l’Afrique. Des artistes comme Smockey, Yeleen ont eu plusieurs Kundé, des Koras. Il y a eu Madson Jr qui est allé jouer en Afrique du Sud… Il y a eu Faso Kombat qui est venu avec quelque chose de typique au terroir. Puis, après il y a eu un passage vide malheureusement ».

Des jeunes espoirs portent le rap burkinabè

Mais aujourd’hui, Basic Soul est convaincu que le rap burkinabè se porte mieux. « On constate que le rap est toujours vivant après un petit passage vide. Le rap est plus que jamais la musique qui est en vogue au Burkina Faso », argumente-t-il. Il en veut pour preuve les jeunes talents comme Kayawoto, Amzy, Toksa, Hugo Boss… Même si la relève est assurée, Basic Soul, lui, est loin de vouloir déposer le micro. Son 7e album va paraitre le 3 avril 2021 du côté du CENASA. L’album s’intitule « Tout va bien ». Il nous vend la mèche : « C’est un opus de 12 titres de sonorités diverses. Basic Soul 1997, voir style évolué. Un peu du tout. Un Album militant, festif, qui donne la place à des jeunes ». Après la présentation de l’œuvre suivra un concert live.

Dimitri OUEDRAOGO
Lefaso.net

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