Barrage de Samendeni : Les populations affectées murmurent, la coordination s’explique

Dans l’optique de comprendre le processus de déplacement et de dédommagement des populations affectées par la construction du barrage de Samendeni, une équipe de journalistes est allée à la rencontre des acteurs du 18 au 20 mai 2021 dans la région des Hauts-Bassins. Certains dénoncent « des promesses » non tenues. Mais l’équipe de la coordination de la vallée de Samendeni a des explications à donner.

D’un coût estimé à plus de 61 milliards de FCFA, le barrage de Samendeni a été officiellement inauguré le 30 novembre 2019. Cette infrastructure a une capacité de plus d’un milliard de m3. Elle est conduite par le Programme de développement intégré de la vallée de Samendeni (PDIS).

Mais, comme l’on ne peut faire des omelettes sans casser des œufs, l’aménagement du barrage a nécessité le déplacement de huit villages et environ 6.000 ménages. Des champs ainsi que des habitations ont été touchés par les travaux de construction du barrage. Le gouvernement a pris des mesures pour accompagner les populations affectées.

Dans l’optique de comprendre le processus de déplacement et de dédommagement des populations affectées, la Plateforme Multi Acteurs sur le Foncier (PMAF), avec son pool de médias partenaires, a organisé une visite sur les lieux afin de donner la parole aux acteurs concernés.

« Ce sont des belles promesses dès le début du projet »

A Mangafesso, l’un des dix sites d’accueil aménagés non loin du barrage de Samendeni, les populations déplorent le fait qu’elles n’arrivent plus à produire comme dans l’ancien site.

Djéma Traoré fait partie des personnes affectées par la construction du barrage. Il indique qu’il est heureux dans le site relogé. Par contre, il déplore le fait que la terre n’est pas adaptée, notamment à la maraîcher-culture.

Djéma Traoré habitant à Mangafesso
Djéma Traoré personne déplacée à Mangafesso

Salam Sanguié fait également savoir que le projet avait annoncé prendre en charge les familles pendant cinq ans et reloger chaque ménage dans sa parcelle. Il souligne que depuis près de cinq ans, la promesse n’est pas tenue.

« Ce sont des belles promesses dès le début du projet. Il y a une partie des promesses qui a été tenue, mais je suis déçu. L’indemnisation a été effective, mais ce qui a rendu l’utilisation des fonds difficile, c’est surtout l’eau et les briques. Avant, j’arrivais à confectionner les briques gratuitement. Mais une fois sur ce site, la confection des briques engendrait des coûts. Ce qui a conduit qu’une bonne partie des indemnisations est allée à la confection des briques. Personnellement, j’ai reçu la somme de 1,5 million de FCFA. Les maisons qui ont été construites ont été réalisées sur fonds propres », clame-t-il.

« D’autres sont obligés de louer des superficies pour pouvoir pratiquer l’agriculture »

Concernant sa nouvelle condition de vie, il estime que contrairement à l’ancien site, il n’arrive plus à pratiquer l’agriculture comme il le faisait.

« Ici le manque de terre cultivable est criard. D’autres sont obligés de louer des superficies pour pouvoir pratiquer l’agriculture. Les coûts s’estiment entre 15 000 et 20 000 FCFA pour la location des terres cultivables. Pour ce qui concerne l’accès au barrage, nous sommes toujours en attente, car il semble que les travaux sont en cours », souffle Salam Sanguié. Il reconnait néanmoins que des routes, l’électricité, l’eau potable et un marché ont été réalisés dans le cadre de la réalisation de l’ouvrage.

Séguéna Niampa personne déplacé à Mangafesso
Séguéna Niampa personne déplacée à Mangafesso

Mais, c’est l’éloignement du centre de santé situé à 14 km, le manque de terre cultivable et l’absence de micros crédits qui constituent des préoccupations pour Mariam Traoré. Un effort des responsables du programme dans ce sens pourra, selon elle, rendre pérennes les activités génératrices de revenus.

« Ils ont dit qu’après le recensement, on allait bien vivre qu’avant »

Quant à Séguéna Niampa, autre déplacé dans le site d’accueil de Mangafesso, il dénonce une disparité dans ce qui a été dit par les responsables du Programme de développement intégré de la vallée de Samendeni (PDIS).

Une vue du barrage de Samendeni

« Depuis 2008, le PDIS a recensé les populations en leur accordant une certaine somme. Il y a l’évaluation des maisons et des terres. Ils ont dit qu’après le recensement, on allait bien vivre qu’avant. On nous avait promis de nous accompagner pendant cinq ans. Et rien n’est fait. Je me rappelle qu’une fois, on nous a donné du maïs. On nous a donné 15 kg par personne. Après rien n’est fait.

A la suite de la crise de 2015, est né le cadre de concertation de la population de Samendeni. Le président du cadre de concertation devait jouer le rôle de tampon entre la population et le PDIS. Ensuite la coordination (au niveau du PDIS) des activités a été changée. On nous a donné 900 000 FCFA par ménage. Pourtant on a attendu parler entre-temps de cinq, après quatre et trois millions comme indemnisation. C’est finalement 900 000 qui a été servi », explique-t-il, tout en déplorant le manque de communication entre le PDIS et les personnes dédommagées.

« Si on nous avait chassés d’aller en Côte d’Ivoire ou au Mali, c’était mieux que de nous installer sur ce site »

Séguéna Niampa préconise la voie du dialogue. Si le cas est bien expliqué à la population, dit-il, tout le monde pourra mieux comprendre.

« Le cadre de concertation travaille en vase clos. Personne ne comprend. Les bonnes constructions (habitations) appartiennent aux conseillers, au Chef du village. Et les autres, ce sont en banco. Si on nous avait chassés d’aller en Côte d’Ivoire ou au Mali, c’était mieux que de nous installer sur ce site. On était tous des producteurs, tout le monde cultivait, chacun avait de la superficie pour cultiver.

Mais, ici on n’a rien comme terre cultivable et vous dites que les conditions sont réunies. Au début, c’était des villas clés en main, on nous a même montré les photos. Mais après rien, juste une dotation en agrégats.

Avec l’inauguration du barrage, on a suivi à la télé. On a vu les maisons qui ont été présentées. Ce sont les maisons des bosses qui ont été présentées avec les écoles. Ils ne sont même pas rentrés au village pour présenter nos maisons. Moi, ma maison ils ne vont pas accepter présenter à la télé que c’est que le PDIS qui a fait », déplore l’homme.

« Au départ, on était à moins de 2.000 ménages. Et à l’exécution, plus de 4.000 ménages »

Compte tenu de la situation, le responsable du volet infrastructure du PDIS, Edgard Hyacinthe Zombré, a donné sa version des faits.

A l’écouter, le nombre de personnes recensées a doublé lors de la mise en œuvre du programme. «Au départ, on était à moins de 2.000 ménages. Et à l’exécution, on se rend compte qu’on avait plus de 4 000 ménages. Entre le temps de l’étude et la mise en œuvre, cela a pris un coup. Avec la crise ivoirienne, cela a contribué à avoir un flux au niveau de la zone.

En 2010, on était obligé de repartir faire un autre recensement de l’état réel de la population. Des villages qui devaient être déplacés partiellement ont été déplacés totalement, cela a impacté les coûts », relate-t-il.

Edgard Hyacinthe Zombré, responsable du volet infrastructure du PDIS, responsable du volet infrastructure du PDIS,
Edgard Hyacinthe Zombré le responsable du volet infrastructure du PDIS

Il ajoute qu’en 2010, la terre appartenait à l’Etat. Ce qui n’exigeait pas une indemnisation, selon lui. C’est après discussion avec la population, dit-il, que la formule de l’indemnisation a été acceptée.

« 300 millions ont été offertes aux cinq communes »

« Il n’était pas prévu des sites avec des parcellaires pour la réinstallation des populations. Cependant, il était prévu des sites avec des aménagements par ilots, c’est-à-dire par groupe de personnes. Dans le protocole, la population a souhaité être indemnisée en espèce. Ce qui conduit à faire des parcellaires avec 600 m2 pour chaque ménage recensé », affirme-t-il.

Pour le responsable du suivi évaluation au niveau du PDIS, Aboubacar Gnamou, sur les 10 sites d’accueil aménagés, le programme a réalisé des écoles, des centres de santé, des forages et des travaux d’infrastructures routières.

Il précise que l’exécution du Plan de gestion environnementale et sociale (PGES) a été réalisé autour de 98%, soit plus de 18 milliards de FCFA d’indemnisations dépensées pour un total d’environ de 6.000 ménages.

« Les indemnités ont été payées et les infrastructures ont été réalisées. 300 millions ont été offerts aux cinq communes pour réaliser des activités génératrices de revenus. Tout ce qui a été prévu dans le protocole a été réalisé », se défend-il.

« Certaines associations ont fait comprendre à ces populations que nous devons les dédommager à plus de 15 millions de FCFA chaque ménage »

Concernant l’incompréhension entre la population et le PDIS, Aboubacar Gnamou pointe du doigt des acteurs extérieurs qui interviennent dans l’ombre.

« Cette crise de confiance, c’est qu’à un moment donné, on a eu une immixtion de certaines personnes extérieures. Certaines associations ont fait comprendre à ces populations que nous devons les dédommager à plus de 15 millions de FCFA chaque ménage. Nulle part dans nos documents, il n’est prévu cela », soutient-il.

Aboubacar Gnamou,le responsable suivi-évaluation du PDIS
Aboubacar Gnamou le responsable suivi-évaluation du PDIS

Ensuite, il confie également que les populations avaient demandé un dédommagement du préjudice moral d’une valeur de trois millions de F CFA par ménage. «Mais dans le cadre du protocole d’accord, les populations ont promis de ne plus revendiquer cette somme. Mais en lieu et place, ils ont bénéficié de l’aide à la reconstruction d’une valeur de 900 000FCFA par ménage », souligne le responsable du suivi évaluation au niveau du PDIS.

Du reste, il reconnaît que sont attendues des réalisations à l’endroit des populations. Il s’agit notamment des pistes de désenclavement, de l’indemnisation des populations résiduelles et de la délivrance des titres de propriété.

Les autres composantes du programme sont en cours d’exécution, notamment les aménagements hydro-agricoles avec une superficie de 21 000 ha, la zone agro-industrielle de Bama et le recalibrage du Mouhoun sur 195 km.

Jules César KABORE

Burkina 24

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