Annick Pikbougoum : Itinéraire d’une férue de sport

Depuis mars 2021, Annick Pikbougoum Zingué siège en tant que membre au Conseil de leadership africain de Special Olympics. Une consécration pour cette femme qui a consacré toute sa vie au sport. Portrait.

Comme Obélix dans le chaudron de potion magique, Annick Pikbougoum Zingué est tombée dans le sport toute petite. Déjà à l’école primaire, c’était une compétitrice hors pair qui ramenait souvent des médailles à la maison. Elle s’est essayée à plusieurs disciplines : à l’athlétisme, au volley-ball, au shotokan ou au handball, discipline dans laquelle elle se fera un nom. Elle a même été capitaine de l’équipe de l’école primaire de Dédougou Centre B au basketball. Elle a aussi été lanceuse de poids avec un titre de championne de Côte d’Ivoire en 1995.

« Fort heureusement, j’étais accompagnée par mes parents qui savaient que c’était ma passion », commente-t-elle. En matière de sport, Annick Pikbougoum Zingué a, en effet, de qui tenir. Son père, grand amoureux du sport, entraînait des équipes, accompagnait et encourageait les jeunes du quartier à la pratique sportive. Sa mère a été également une grande sportive dans ses années du primaire mais n’a malheureusement pas pu s’épanouir dans le sport faute de cadre adéquat. « Mon papa était un mordu du sport. Dans le quartier il lui arrivait de rassembler les enfants et d’organiser des courses entre eux. Il adorait le football et la boxe. J’ai eu leur accompagnement. Toute la famille pratique le sport. Maman a pratiqué le sport à l’école. Elle n’est pas allée loin dans le sport parce qu’elle n’a pas eu de cadre de promotion en son temps. Ses promotionnaires nous racontent qu’elle était imbattable sur plusieurs fronts. On l’avait même surnommée « la gazelle » lors des courses de vitesse et de saut en hauteur. Elle était plutôt heureuse de voir que sa fille a pris la relève pour faire ce qu’elle n’a pas eu la chance de faire », se souvient Mme Pikbougoum.

Alors qu’elle était lycéenne, elle découvre le handball au lycée Bafudji de Gaoua, discipline dans laquelle elle se fera un nom sur le plan scolaire (Collège Sainte Marie de Tounouma, Lycée Ouezzin Coulibaly, Lycée Philippe Zinda Kaboré) et civil (ASFB, AS SONABHY, AS SONABEL). Mais comment mener correctement des études quand on joue dans plusieurs clubs à la fois et dans des sports différents ? Il lui a fallu opérer un choix entre le handball et le basket où elle excellait également sous les couleurs de l’USFRAN de Bobo. Elle explique : « Avec les études, il m’arrivait de disputer deux championnats à la fois le weekend. J’ai donc opté pour le handball. J’ai joué au plan national et international en club (USC Bassam et ROMBO HBC d’Abidjan) et avec la sélection nationale pendant plus d’une décennie. J’ai aussi été entraîneure et dirigeante responsable de club (LONAB HBC) »

Annick Pikbougoum décroche un baccalauréat scientifique (D) et entame des études à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) de l’Université de Ouagadougou. Des études qu’elle écourte aussitôt après avoir été reçue à un test organisé par la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la francophonie (CONFEJES) pour le recrutement de deux professeurs d’éducation physique et sportive à former en Côte d’Ivoire. C’est ainsi qu’elle se retrouve à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) d’Abidjan qui était sous la double tutelle de l’Université de Cocody et de l’École normale supérieure (ENS). Elle en ressort avec une Licence en STAPS et un CAPEPS.

Renforcer ses capacités

Revenue au bercail avec son diplôme de professeur d’EPS et une Licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) en poche, elle officie comme professeure d’éducation physique et sportive au Collège Notre-Dame de Kologh Naaba et au Lycée technique Amilcar Cabral. Mais entre deux cours dispensés, elle trouve le temps de renforcer ses capacités en décrochant d’abord un diplôme d’entraîneur international en handball de l’Université sportive de Leipzig (RFA) puis un Master en management des organisations sportives à Lyon 1 auquel elle se prépare à ajouter un autre Master sur la pédagogie du changement social. A ce niveau, ses recherches sont axées sur la prise en charge des élèves déficients intellectuels dans les cours d’éducation physique à l’école primaire.

Son application lui permet de grimper les échelons dans l’administration publique burkinabè. Elle est d’abord nommée directrice des sports de compétition, puis (première) directrice des sports du haut niveau au ministère en charge des Sports. Elle occupe aussi le poste de chargée d’études au ministère des Enseignements supérieurs et de directrice adjointe en charge des affaires académiques à l’Institut des sciences du sport et du développement humain (ISSDH), anciennement Institut national de la jeunesse, de l’éducation physique et du sport (INJEPS). Actuellement chargée d’études à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, enseignante vacataire à l’ISSDH où elle donne des cours de management de sport et de handball, Annick Pikbougoum Zingué est aussi professeure de fitness et de yoga. Son deuxième Master lui permet d’enseigner la prise en charge des personnes à besoins spécifiques, dont les personnes âgées et celles vivant avec un handicap.

Special Olympics

Il faut rappeler que c’est quand elle était étudiante de l’Institut des sports d’Abidjan qu’elle a entendu parler de Special Olympics pour la première fois. « Une compétition avait été organisée et des étudiants de mon institut étaient allés prêter main forte aux organisateurs comme volontaires. Quand ils sont revenus, certains m’ont fait le compte rendu et ils m’ont dit qu’il y avait même une délégation du Burkina Faso conduite par une dame. J’étais étonnée. Par la suite j’ai su qu’il s’agissait de madame Bassolet, la première directrice nationale », se remémore-t-elle.

Aussitôt rentrée au pays, elle cherche à connaître la structure : « C’était à une époque où il y avait des changements à la tête de cette structure. Par coïncidence, c’était un aîné que je connaissais bien qui en a pris les commandes et qui m’a fait appel. Il s’agit d’Alexandre Yougbaré qui venait d’être nommé comme directeur national de Special Olympics Burkina. Il a demandé à un certain nombre de jeunes enseignants d’EPS de venir l’accompagner dans sa mission. Je suis donc arrivée à Special Olympics en 1998. ».

C’est comme cela qu’elle commence comme entraîneur sur deux sites, Saaba et Tanghin. Très vite elle devient entraîneur national puis directrice exécutive nationale de Special Olympics quand il a fallu apporter des changements à la structure.

En avril 2021, elle a été élue membre du Conseil de leadership africain de Special Olympics. C’est un groupe restreint de haut niveau qui travaille avec le bureau africain pour assoir les programmes de Special Olympics Afrique au niveau de tous les pays du continent. Comme les autres membres, elle a un mandat de trois ans renouvelable une fois. Au sein de ce conseil, Mme Pikbougoum est la seule voix de la zone Afrique francophone. Elle a pris le relais d’une Sénégalaise. Si elle a fait acte de candidature, c’est parce qu’elle estimait qu’elle remplissait tous les critères. Elle a dû battre campagne contre un Cap-verdien. Son rôle, en tant que membre, sera entre autres d’examiner, d’évaluer et conseiller la région Afrique et les programmes nationaux, d’élaborer des directives, des conférences et concevoir des activités ; de faire des recommandations à la région Afrique sur le plan stratégique et concevoir les lignes directrices pour les conférences et les compétitions au niveau africain…

Rêver grand

En apprenant sa nomination, elle a éprouvé un sentiment de satisfaction et de reconnaissance. « C’est une reconnaissance du travail abattu en deux décennies à Special Olympics, une reconnaissance pour le travail abattu par les bénévoles au niveau national et qui m’ont soutenu jusque-là. Cette reconnaissance est aussi la leur, celle de tous les acteurs : des athlètes aux partenaires en passant par les parents d’athlètes. C’est un sentiment de fierté », dit-elle.

Entre ses activités au bureau, au sein de l’association, sa famille – elle est mariée et à quatre enfants – et ses innombrables engagements sportifs, ses journées sont bien remplies. « Je commence ma journée au bureau. A la descente, je m’occupe de la paperasserie ou je participe à des réunions avant de rentrer. Je profite de vos lignes pour rendre hommage à ce grand homme qu’est mon époux qui m’a toujours soutenue sans faille, car lui-même ancien international et dirigeant de handball », résume-t-elle.

Aujourd’hui, quand elle jette un œil dans le rétroviseur, elle éprouve un sentiment de satisfaction. « Quand je vois le nombre de localités couvertes, c’est une source de fierté. Le nombre d’athlètes, de coachs, de bénévoles s’est accru d’année en année. Quand je commençais à Special Olympics, nous étions juste à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. A Ouaga, nous étions à Saaba et à l’Arche Nongré-Maasom. Il y avait moins de 100 athlètes. Aujourd’hui, nous en avons plus de 3000 et 1 000 encadreurs bénévoles. C’est une source de fierté et un défi parce que nous ne sommes qu’en milieu de parcours. La qualité des volontaires est excellente. Nous avons des médecins, des communicateurs, des gestionnaires de projets, des spécialistes du sport, de l’action sociale, de la psychologie, des finances…Nous essayons de capitaliser, de mettre leurs compétences au profit de nos athlètes ».

D’après elle, les chiffres des personnes vivant avec un handicap mis en exergue lors du dernier recensement montrent qu’il y a pas mal d’athlètes à aller chercher. Son plus grand souhait à présent est de pouvoir rassembler tous les bénévoles autour d’un idéal commun.

Elle explique : « Sous d’autres cieux, le travail que nous faisons est effectué par des gens recrutés à temps plein, rémunérés. Ici, nous le faisons de façon bénévole. Il s’agit pour nous de pouvoir capitaliser ce que chacun peut apporter à ses temps libres. Il fallait faire grandir la chose. Des efforts ont été faits. Par exemple pour les jeux mondiaux en Caroline du Nord (en 1999), seulement trois athlètes du Burkina Faso y ont participé. Aux derniers jeux mondiaux à Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis, la délégation burkinabè était forte d’une soixantaine de membres, dont 40 athlètes. Au départ, nous étions des assistés. C’est Special Olympics International (SOI) qui nous invitait et prenait en charge le déplacement juste pour qu’on soit représenté. A partir de ce moment vous n’êtes plus maîtres de vos effectifs et ces délégations ne dépassent guère cinq à sept personnes. Aujourd’hui beaucoup de pays sont encore sous cette assistance. Il a fallu travailler avec nos autorités pour qu’elles assurent la prise en charge de nos délégations pour sortir de ce lot des éternels assistés. C’est le lieu ici de remercier tous les ministres des Sports qui se sont succédé ainsi que nos partenaires. Ils ont toujours apporté leurs soutiens multiformes à nos athlètes et à notre structure ».

Mme Pikbougoum rêve que Special Olympics soit implanté dans les 8 000 villages du Burkina pour couvrir les 45 provinces et que chaque personne ayant une déficience intellectuelle puisse bénéficier des services gratuits de SOB. « Nous sommes déjà dans les 13 régions », précise-t-elle.

Et si son parcours était à refaire, « j’allais peut être améliorer certains aspects, mais je n’aurai pas apporté beaucoup de changements. Je suis en train de faire des choses que j’ai toujours rêvées de faire », jure celle qui garde encore sa ligne physiquement parlant.

C’est au regard de ses qualités, compétences et expériences professionnelles que la Fédération burkinabè de Football (FBF) lui fait appel en début de saison pour la gestion et l’organisation des compétitions nationales (championnats et coupes) du football féminin. Un nouveau challenge pour celle dont la devise est « Etre utile à quelqu’un quelque part et prendre la vie du bon côté ».

Désiré T. Sawadogo
Lefaso.net

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