Aidantes familiales : les femmes aux petits et grands soins

Invisibles, rarement considérées à leur juste valeur, encore moins souvent remerciées, les aidantes familiales sacrifient leur temps et parfois leur santé à s’occuper de leurs proches affaiblis. Un don de soi traditionnellement relégué aux tâches « naturelles » des femmes.

Ils sont entre 8 et 11 millions en France. On en parle assez peu, les entend encore moins souvent, trop occupés qu’ils sont à courir entre les responsabilités. Eux, ce sont les aidants familiaux, ces personnes qui accompagnent au quotidien un proche en situation de dépendance, en raison de son âge, de sa maladie ou de son handicap. Il faudrait d’ailleurs plutôt les évoquer au féminin : les aidantes. Car 58% des ces proches dévoués sont des femmes.

« Tout le monde n’aurait pas fait ce choix »

À l’instar de Sandrine. Lorsque son beau-père a commencé à décliner, elle s’est installée chez lui avec son époux et ses enfants, afin que le vieil homme puisse « garder ses repères ». C’est l’AVC du papy qui les a décidés à tout quitter pour poser leurs valises dans la maison où a grandi son mari. Depuis près de cinq ans maintenant, elle l’accompagne à chaque instant de la journée. « Je l’aide à manger son petit déjeuner, à prendre ses médicaments, ensuite je le lave, puis je le soutiens pour qu’il se remette au lit. Et le soir c’est reparti  ! La toilette, le repas, le traitement… »La vidéo du jour :

La mère de famille le reconnaît, en fin de journée elle est rincée. Mais elle ne renoncerait pour rien au monde. « Aujourd’hui, il a l’air heureux, il profite des choses simples. Je le fais de bon cœur. » Elle l’admet pourtant, « tout le monde n’aurait pas fait ce choix ». Et pour cause, même si elle est officiellement devenue son auxiliaire de vie et touche une petite rétribution via l’APA (l’allocation personnalisée d’autonomie, permettant au bénéficiaire de continuer à vivre chez lui, ndlr) – moins de 500€ mensuels – il s’agit d’un véritable engagement. Rarement apprécié à sa juste valeur.

Quand tu es aidante, tu es à la fois aidante, psy, assistante sociale, assistante médicale, infirmière, aide à domicile…

« Le soutien matériel et/ou affectif prodigué par le proche aidant est longtemps resté cantonné à la sphère domestique, exclu de toute reconnaissance en termes d’utilité sociale. Les activités de soin et de sollicitude, désignées par la notion de care, et largement assumées par les femmes sont longtemps restées invisibles et dénuées de valeur. Or, la charge ressentie par les aidants(es) familiaux(iales) s’avère très lourde. Elle pèse sur la santé physique et morale des aidants, sur leur qualité de vie tant personnelle, que professionnelle », écrit Floriane Maisonnasse, maîtresse de conférences en droit privé à l’Université Paul Valéry – Montpellier 3 dans un article consacré au sujet*.

Tout gérer à la fois

« Quand tu es aidante, tu es à la fois aidante, psy, assistante sociale, assistante médicale, infirmière, aide à domicile… », plaisante Isabelle, qui a accompagné sa grand-mère, son frère puis son époux tous gravement malades.

On t’annonce la mauvaise nouvelle et tu te retrouves à tout gérer seule.

Pour elle, une des principales difficultés réside surtout dans la solitude rencontrée. « On t’annonce la mauvaise nouvelle et tu te retrouves à tout gérer seule. Il ne s’agit pas d’avoir quelqu’un pour te dire quoi faire, mais plutôt à qui tu aimerais te confier. Tu as des choses à sortir quand tu te retrouves confrontée à la maladie d’un proche, que tu ne peux pas partager avec tes enfants ou ton mari ou tes collègues. »

Tu es sur tous les fronts, tu ne penses plus à toi, tu peux faire une dépression, un burn out, tomber toi-même malade.

La quinqua a continué à travailler tout au long de ces dernières années, alors même que son quotidien s’était sacrément alourdi. « C’était une bouffée d’air, mais j’ai clairement fini sur les rotules. » Surtout, ses horaires de boulot s’avèrent incompatibles avec la possibilité d’être soutenue par une association : les rencontres autour d’un café se déroulent l’après-midi en semaine, ou tard le soir à plusieurs dizaines de kilomètres de chez elle. « On dit que les aidants s’oublient, s’épuisent. C’est vrai. Tu es sur tous les fronts, tu ne penses plus à toi, tu peux faire une dépression, un burn out, tomber toi-même malade. »

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