Affaire de la mosquée de Pazani : Mensonges, hypocrisie, clientélisme

Le gouvernement a coupé lui-même les verges avec lesquelles il se fait fouetter en ce moment. Après avoir publié un communiqué d’expropriation du propriétaire légal du terrain, le ministre d’État, ministre de l’administration territoriale rétropédale et annonce que le propriétaire a cédé volontairement son terrain. Est-ce une langue qui a fourché où le communiqué qui est un faux ?

Toujours est-il que les organisations syndicales de la justice, celles des magistrats et des avocats n’ont pas du tout apprécié la décision annoncée par le communiqué. Dans cette affaire qui a suscité beaucoup d’émotions et d’inquiétudes, les autorités politiques et administratives du pays ont été frileuses, et manqué de fermeté dans la défense de l’État de droit. Jouant sur le clientélisme électoral, personne n’a délivré une parole sage et de vérité. Retour sur une crise foncière transformée en conflit religieux.

Nos politiciens ont peur. Ils ont peur de la colère et ils perdent leurs moyens face à la foule. Dès lors que la religion entre en cause, les esprits ne sont plus rationnels, la République perd du terrain. Le 7 septembre 2020, une mosquée et des salles de classe sont détruites à Pazani, quartier au nord de Ouagadougou, du côté de Yagma sur décision de justice.

La Coordination des jeunes musulmans du Burkina (CJMB) organise une conférence de presse le 17 septembre 2020 pour prendre en charge ce conflit qui oppose Moussa Guigma à Jacques Ouédraogo. La CJMB menace de prendre ses responsabilités « si le gouvernement ne réagit pas dans les meilleurs délais pour la résolution de cette provocation contre nos lieux de prière, nous allons réagir d’une autre manière ». Elle réclame la reconstruction des bâtiments détruits au plus tard le 7 octobre 2020. La plupart des personnes s’arrêtent à la destruction du lieu de culte et ne cherchent pas à remonter à la source du conflit qui est la concurrence pour avoir le domaine foncier de 8289 m2.

Or depuis 2019, M. Guigma a entrepris la construction d’une école franco-arabe, et a été sommé par un huissier d’interrompre les travaux le 13 février 2019. M Guigma, n’a jamais obtempéré aux multiples interdictions d’arrêt des travaux, par contre il les aurait accélérés et cerise sur le gâteau, a entrepris la construction d’une mosquée comme « bouclier contre la justice ». Le 10 juin 2019, la justice lui ordonne l’arrêt des travaux, mais en vain. Idem le 18 septembre 2019 quand la justice ordonne son expulsion. C’est une ordonnance du 10 juin 2020 qui sera exécuté en septembre qui libère le terrain.

Faire d’un conflit de personnes, un conflit de religions

Mais d’un conflit entre deux personnes, il quitte le terrain foncier et s’embourbe dans le religieux. De nouveaux acteurs prennent des participations au conflit, le gouvernement, le chef du Parlement entrent en scène et les personnes en conflit disparaissent. Par clientélisme on condamne, on agite le risque de guerre de religion… Personne ne dit qui a raison, la justice et ses décisions sont jetées aux orties.

Les personnalités politiques, coutumières et religieuses qui sont intervenues pour appeler au calme n’ont jamais parlé du propriétaire légal du terrain. Tout le monde appelle à la cohésion sociale et à ne pas jeter l’huile sur le feu. Est-ce ainsi désormais que nous allons régler les conflits fonciers ? En faisant recours à ses coreligionnaires, en construisant des églises, des temples et de mosquées pour obtenir la possession d’un terrain ?

Personne n’a osé évoquer que le recours à la CJMB et à la FAIB de la part du promoteur Guigma de l’école franco-arabe visait à obtenir simplement le terrain qui est un bien privé et non public. La mosquée sur le terrain n’était pas un acte désintéressé, « une offrande à Dieu ». Le gouvernement n’est pas tombé dans son piège puisqu’il ne lui a pas attribué le terrain, car comme l’a dit la justice il l’occupait sans titre ni droit.

Pourquoi dans une telle situation délétère le gouvernement continue à mentir en prétendant que c’est M Ouédraogo qui a volontairement cédé son terrain alors qu’il a été victime d’expropriation c’est-à-dire : « l’opération qui permet à une personne publique, de contraindre tout titulaire de droit réel immobilier à lui céder ledit droit, dans le but de réaliser un objectif d’utilité publique ou d’intérêt général, en contrepartie d’une juste et préalable indemnisation. »

Accès équitable aux espaces dédiés au culte

Nos politiciens qui aiment à se faire bien voir des religieux ne font rien pour que chaque confession religieuse puisse avoir des lieux de culte. Dans les lotissements, il y a des espaces pour les biens et édifices collectifs : lieux de culte, écoles, centre de santé etc. Les politiques ne font rien pour que toutes les religions aient accès à ces espaces.

En la matière, l’absence de clergé en islam handicape fortement cette communauté, surtout que les chefs religieux jusqu’à une certaine époque étaient lettrés en arabe et pas en français, aussi avaient-ils plus de difficulté à obtenir les papiers pour la réalisation des mosquées. Mais un État responsable et des maires soucieux de la cohésion sociale auraient tout fait pour que l’équité existe dans l’attribution des espaces dédiés au culte. Voilà là où le gouvernement devrait agir, au lieu de remettre en cause la décision de justice. Ce faisant il a créé un précédent dangereux.

Sana Guy
Lefaso.net

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