vero_app_social-network-e1519728583668-940x529Un milliardaire libanais, beaucoup de marketing, et voilà qu’une application se hisse sur le devant de la scène. Elle n’a pourtant rien de nouveau.

Difficile d’échapper à Vero : depuis quelques jours, c’est le réseau social à la mode, celui dont de nombreux internautes parlent… sur les autres réseaux sociaux. Une application que certains imaginent déjà « défier Facebook ». Mardi 27 février, l’application était en première position des plus téléchargées de l’App Store, et occupait la vingtième place sur Google Play. Pourtant, à bien y regarder, Vero ne propose rien de bien révolutionnaire. Son récent succès semble avant tout être le résultat d’une campagne de communication bien rôdée. Explications.

  • D’où vient Vero ?

L’application a été créée en juillet 2015 par trois hommes : Scott Birnbaum, Motaz Nabulsi et Ayman Hariri. Le premier est un entrepreneur, à la tête d’un fonds d’investissement spécialisé dans les petites entreprises liées aux nouvelles technologies. Le deuxième est un producteur de films jordanien. Tous deux sont respectivement ami d’enfance et cousin du troisième, selon le site Arabian Business.

Si le nom d’Ayman Hariri vous dit quelque chose, c’est qu’il s’agit du plus jeune fils du premier ministre libanais Rafiq Hariri, assassiné en 2005. L’homme d’affaires et milliardaire a présidé Saudi Oger, entreprise familiale spécialisée dans la construction, connue entre autres pour ses dettes faramineuses. En novembre 2017, elle devait notamment 15 millions d’euros d’arriérés de salaires à deux cent quarante employés français du groupe dans le royaume.

Les trois hommes ont fondé l’entreprise Vero (qui signifie « véritablement » en latin) en 2013, puis ont lancé le réseau social en juillet 2015. A l’époque, Ayman Hariri avait expliqué dans un communiqué vouloir avec Vero « humaniser les relations en ligne », et proposer quelque chose de « plus authentique ».

  • A quoi sert Vero ?

L’application fonctionne comme un réseau social classique. Elle incite les utilisateurs à partager des photos, des liens, des vidéos, une géolocalisation mais aussi des musiques ou des avis sur des livres. L’utilisateur peut ajouter des mots-clés (hashtags) à ces publications, « aimer » et commenter celles de ses amis.

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L’interface permettant de publier des contenus sur le fil d’actualité.

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Une publication photo sur Vero. En dessous, la possibilité « d’aimer » et commenter.

Mais avant d’en arriver là, la première étape, et non des moindres, consiste à s’inscrire. Et pour cela, il faudra être patient : submergée d’inscriptions, l’application subit de considérables lenteurs, auxquelles l’équipe de Vero peine à remédier. Il a par exemple fallu deux heures à Pixels pour réussir à se connecter et trente minutes pour ajouter un premier ami. Ensuite, impossible d’afficher un contenu vidéo.

De nombreux utilisateurs se sont plaints de ne pas avoir réussi à poster la moindre photo. Un problème que les créateurs disent avoir résolu, ce que Pixels n’a pas pu vérifier — étant (de nouveau) resté bloqué au niveau de la page d’accueil.

Du côté de l’interface comme des fonctionnalités, Vero ressemble beaucoup aux réseaux sociaux déjà existants. Mais à en croire ses créateurs, ce n’est pas là qu’elle compte se démarquer. Vero affiche trois particularités. D’abord, l’application ne contient « aucune publicité ». Ensuite, comme expliqué dans un « manifeste », le fil d’actualité des utilisateurs n’est pas « manipulé » par l’entreprise, qui promet qu’elle n’y intégrera « jamais » d’algorithme : l’affichage serait de fait purement chronologique, comme c’était le cas aux débuts de Facebook, de Twitter ou d’Instagram. Enfin, Vero promet de ne collecter « que les données estimées nécessaires », et de ne « jamais » les « exploiter ».

  • L’application protège-t-elle vraiment les données des utilisateurs ?

La promesse de non-exploitation des données ne signifie pas pour autant que données des utilisateurs ne sont pas collectées. Dans ses conditions d’utilisation, Vero explique bien par exemple recueillir plusieurs informations, comme les nom, prénom, numéro de téléphone (obligatoire au moment de l’inscription), adresse e-mail ou géolocalisation de l’utilisateur. L’application se réserve aussi le droit de « conserver tout message envoyé à travers le service ». Les données de connexion (adresse IP, informations sur le mobile utilisé, pages vues) sont également « automatiquement collectées », bien qu’anonymisées.

Ces informations sont majoritairement utilisées à des fins internes, d’amélioration du service, écrit l’entreprise. Mais surprise, elles le sont aussi pour « personnaliser les contenus et informations » visibles sur l’application (qui prône pourtant la non-utilisation d’algorithmes) et pour « des services publicitaires externes ». Cette mention n’est pas davantage explicitée.

  • Pourquoi Vero a-t-elle mis deux ans à décoller ?

Après deux années sans connaître le succès, les créateurs de Vero ont décidé, au dernier trimestre 2017, de lancer une campagne marketing. Celle-ci a été portée dès le mois de septembre sur les réseaux sociaux par plusieurs personnalités influentes comme des acteurs, des photographes ou des blogueurs, qui ont, à quelques jours d’intervalle, incité les internautes à les rejoindre sur Vero. Parmi eux, la célébrité WeeklyChris (2,2 millions d’abonnés sur YouTube, 3,5 sur Instagram), ou encore l’acteur Ray Fisher, Cyborg dans le film Justice League. Ont-elles été rémunérées pour s’inscrire sur Vero et en faire la publicité à leurs abonnés ?

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