inutile-polemique_5a89da026108f_l250_h250Depuis l’annonce par le groupe turc Ayka Textile de son intention de construire un complexe industriel pour la fabrication de vêtements au Burkina Faso, avec un lancement de la production fin 2020, une grave polémique est faite sur le lieu de l’implantation dudit complexe. Si l’investisseur a choisi Ouagadougou pour son business, son option semble être incomprise sinon désapprouvée par une certaine opinion qui estime que l’usine devrait s’installer ailleurs et non dans la capitale burkinabè. Dans cette polémique, ce qui est regrettable c’est cet esprit régionaliste et dangereux que tentent de véhiculer certains Burkinabè. Le Burkina Faso est un et indivisible et on ne saurait mettre en avant son apprtenance à une région pour exiger l’implantation d’une usine. Le régionalisme, l’ethnicisme sont des catalyseurs de divisions et sources de conflits violents qu’il importe de ne pas s’y aventurer. Pour ceux qui ont oublié l’histoire, le 3 novembre 1956 à Bouaké, lors d’une réception donnée à Houphouet Boigny, Daniel Ouezzin Coulibaly, ancien vice-président du Conseil de gouvernement de la Haute-Volta et décédé le 7 septembre 1958 avait mis en garde contre l’ethnicisme, le régionalisme et la xénophobie qui divisaient les cadres de cette ville de Côte d’Ivoire. Au Burkina Faso, il nous faut mettre en garde ces soi-disant intellectuels qui surfent sur des nuages dévastateurs.  L’installation de cette usine, a-t-on dit, contribuera à la transformation du coton burkinabè, dont la production est estimée cette année à près de 700 000 tonnes. Dans un Etat classé premier producteur d’or blanc en Afrique de l’Ouest, mais qui transforme moins de 5 % de sa production et injectant pourtant plus de 70 milliards de FCFA dans l’importation de produits textiles, doit-on encore polémiquer sur un projet de construction d’une usine de transformation ? Et si l’investisseur annule son projet du fait de la discorde engendrée sur le choix du site, qu’aura gagné le pays? Le complexe turco-burkinabè projette de transformer 35 000 tonnes de fibres. L’usine créera à terme 12 000 emplois. Serrons-nous les coudes pour accueillir cette usine à qui nous exigerons ensuite l’emploi  surtout des Burkinabè. En dehors de la Filature du Sahel (Filsah) basée à Bobo-Dioulasso, d’une capacité de 4 500 tonnes de fil de coton par an, quelle autre unité industrielle transforme véritablement notre coton sur place ? Pourtant le coton fait vivre au moins 3,5 millions de Burkinabè. Le secteur cotonnier est donc un pan important de la vie économique du Burkina Faso qu’il faut absolument transformer sur place. Lesprit de régionalisme n’est cependant pas seulement constaté dans cette affaire d’usine ; même dans les nominations à des postes de responsabilités, l’on entend des réactions ethnicistes ou régionalistes comme s’il y avait dans ce pays des Burkinabè du Nord, de l’Est ou de l’Ouest. Si des devanciers se sont battus pour que nous ayons un seul pays, ce n’est pas la jeune génération qui devra le tirer vers la « balkanisation”. C’est le lieu d’interpeller ces politiciens qui n’hésitent pas à glisser sur ce terrain dangereux pour apâter un électorat au lieu de mettre toujours en avant l’intérêt national.  Encourager la réouverture des usines fermées à Koudougou, Bobo-Dioulasso, Banfora etc.,  est un devoir de tous vis-à-vis du gouvernement,  mais polémiquer pour décourager les investisseurs n’avancera point le Burkina Faso. Un investisseur fait de la prospection avant de déposer ses valises dans un pays sûr. Les divisions et les soubresauts sont très redoutés par tous les investisseurs. Ils n’hésitent pas à plier bagages à la moindre secousse. Sachons, alors, raison garder pour l’intérêt de notre pays.

Par Rabankhi Abou-Bâkr Zida
rabankhi@yahoo.fr