FD-coup-de-feuUne partie de la famille de l’accusée a applaudi à l’annonce du verdict, dans un contexte de violences et de règlements de compte.

Était-il un tyran domestique, violent et menaçant ? Ou bien un père irréprochable, travailleur, dédié aux siens ? Deux thèses se sont affrontées trois jours durant au sein de la cour d’assises du Gard autour de la personnalité de Miguel Gabarri, chef de chantier de 41 ans, gitan d’origine espagnole, tué en 2016 par sa fille d’une balle dans la nuque.

Mardi, ces débats se sont conclus par la condamnation de cette dernière à huit ans de réclusion criminelle pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Alors que Carmen, 22 ans, était en pleurs dans le box, une partie de sa famille paternelle sortait de la salle en applaudissant. Certains membres, rappelant même qu’elle était passible de la perpétuité, dénonçaient même une condamnation « légère ».

« Clichés nauséabonds »

En toile de fond, deux familles irréconciliables, une atmosphère de « règlements de compte entre les Montaigu et les Capulet », comme a pu le décrire l’avocat général. Sans nier un « contexte » de violences, Alexandre Rossi a rappelé que le père aurait dû être jugé pour ces faits présumés, et non « exécuté ». Et a refusé que l’on « noircisse » la victime pour « sauver Carmen », y compris avec des « clichés nauséabonds » visant les gitans.

« Au début, il ne parle pas, après il insulte, puis il tape », avait décrit la fille, mardi matin, se montant incapable de parler au passé d’un père qu’elle « aime encore », assurait-elle. Le 1er avril 2016, son père, dit-elle, est énervé et met « une énorme gifle » à sa femme, Emmanuelle, en fauteuil roulant, qui souffre d’une myopathie. Les enfants s’interposent. Le père ordonne alors à Carmen d’aller chercher son pistolet et d’y mettre une balle. Alors qu’ils sont dans le salon, la jeune fille tire dans sa direction pour « le calmer », assure-t-elle. Touché à la nuque, il meurt presque immédiatement.

La thèse du « complot »

D’une voix faible, entrecoupée de sanglots, la mère de Carmen, 43 ans, avait déjà décrit, la veille au soir, le calvaire qu’elle aurait vécu pendant une vingtaine d’années auprès de Miguel. « Si tu pars, je te mets une balle dans la tête, tu es à moi », la menaçait-il, selon elle.

Mais la famille Gabarri s’est, elle, radicalement inscrite en faux contre la description faite de la victime. Son meurtre ? Le fruit d’un « complot », dénoncent son père et ses frères. Affirmant que les problèmes auraient surgi parce que Carmen « aimait un garçon », ce que la jeune femme dément.

Stress post-traumatique

Provoquant plusieurs interruptions d’audience, la famille gitane, dont de nombreux membres ont été présents au cours des deux jours dans la salle d’audience, n’a pas accepté que la mémoire du défunt soit « salie » et a exprimé sa « douleur », par l’intermédiaire de ses avocats.

Lundi, deux psychiatres avaient souligné n’avoir relevé « aucune velléité de manipulation » de la part de Carmen, l’aînée de la fratrie, traitée comme « la bonniche » et souffrant de « stress post-traumatique » après avoir grandi « dans une ambiance insupportable ».

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