blaise (1)Les terribles attaques qui ont visé la capitale burkinabé le 2 Mars 2018, ont semé la terreur, la désolation et des meurtrissures dans une population qui ne peut et ne doit point s’habituer à la hantise de l’agenda de ces malfaiteurs en constante défiance du genre humain. Précipités dans la recherche des causes de cet acharnement entêté contre notre pays, les experts, chercheurs, journalistes analystes, commentateurs et éditorialistes de tout bord, de toute source s’épanchent en hypothèses surfant du sérieux à la bêtise indigeste. La teneur en rigueur de nombre de ces analyses soulève souvent plus de questionnements qu’elle n’en résout. Sont de ces analyses, celles du Journaliste Jean Baptiste Placca (JBP) de RFI.

Dans son éditorial du samedi 3 mars 2018, Jean Baptiste Placca s’est laissé aller à des analyses dans lesquelles, légèreté, stigmatisation dogmatique, contre-vérités, approximations, biais de confirmation et cognitifs se bousculent, enlevant ainsi toute chance à la vérité. Serrons la loupe sur les propos de JBP et déconstruisons des paradigmes devenus des barrières à la saine et simple émergence de la vérité.

Monsieur Placca commence son propos par une affirmation martiale sur la perte du pouvoir par le Président Blaise Compaoré : « Il a perdu le pouvoir pour avoir un peu perdu le contact avec les réalités. Trop de succès diplomatiques au niveau sous-régional, un sentiment de toute-puissance, l’ont un peu grisé, au point de lui avoir fait croire à une forme d’immortalité politique »

Monsieur Placca a raison en reconnaissant l’amplitude des succès diplomatiques engrangés par Blaise Compaoré qui ont fait de Ouagadougou la table de conférence de la sous région. Monsieur Placca n’est pas le seul à le reconnaître. Avant lui, le Conseil de sécurité de l’organisation des Nations Unis, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’union Africaine les Etats Unis d’Amérique, l’Union Européenne ont chaleureusement régulièrement félicité le Président Blaise Compaoré pour l’efficacité de ses médiations dans le conflit inter malien et dans bien d’autres dans la sous région. A son investiture comme Président élu de la République du Mali, le Président Ibrahim Boubacar Keita, formulera sa reconnaissance au crédit de son frère Compaoré en ces termes forts et émouvants : « mon investiture est le jour de gloire de la médiation ». IBK disait juste, car c’est la médiation Compaoré qui avait ouvert les chemins à un retour à l’ordre démocratique et institutionnel au Mali. Pour votre gouverne, l’accord inter-malien obtenu par les soins de Blaise Compaoré imposait un cessez-le-feu avec effet immédiat, le respect de l’intégrité territoriale du Mali et le rejet de l’extrémisme religieux. Le médiateur Compaoré mettra un soin particulier à demander à Iyad AG Ghaly dont l’influence au nord du Mali était notoire, et aux chefs des Iforas à soutenir l’accord dans son intégralité. Tous ces succès diplomatiques vaudront au pays des hommes intègres de véritables bonus de reconnaissance tels que l’admission du Burkina Faso comme membre non permanent du Conseil de Sécurité, la nomination d’un burkinabé comme secrétaire exécutif de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), etc. Au passage, le Président Compaoré a porté la mobilisation de l’Afrique pour la levée de l’embargo contre la Lybie.

Monsieur Placca a beau frapper d’euphémisme à peine habile ces succès du Président Compaoré, il ne peut point les effacer des disques durs de sauvegarde de l’histoire.

Là où Monsieur Placca nargue ouvertement la vérité, c’est quand il attribue la perte du pouvoir par Compaoré à l’effet grisant de ses succès diplomatiques. Il convient de préciser si nécessaire, que le Président Compaoré a été victime d’un coup d’Etat minutieusement organisé par ses ennemis définitifs qui se sont servi de leurs OSC et partis politiques pour mobiliser une frange protestataire des populations des villes, sans doute honnête, en vue de parvenir à leur idéal de conquête du pouvoir. Point n’est besoin de revenir sur la planification, les processus, les connexions et complexités de ce complot qui n’échappe plus aux lumières de la vérité. La revendication nette de tout doute d’un des leaders du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP, parti au pouvoir) Alassane Sakandé aujourd’hui Président de l’Assemblée Nationale, fut le pic des querelles en paternité de ce coup d’Etat. Mr Sakandé martela ainsi ses vérités de fin de recréation à ces concurrents en revendication : « la décision de lancer l’insurrection a été prise par à notre BPN du 25 octobre 2014 au CENASA » avant de conclure « A César ce qui est à César ». Son défunt prédécesseur aurait ajouté la formule « point barre ». Dans la concision des faits, le Président Compaoré a démissionné le 31 octobre et ouvert la voie à un règlement constitutionnel de sa succession. Mais les vainqueurs décidèrent de détruire la Constitution, remplacée pour la circonstance par une désignation pour le moins inédite du Président de la transition hors élection. En lieu et place ils élaborèrent une Charte de la Transition validée sans onction légale. Les raisons de la perte du pouvoir par Compaoré ne sauraient donc être identifiées ailleurs que dans la réalité concrète du terrain, celle dans la quelle les faits sont têtus et non prostituables sauf à faire dans la pensée inique.

Monsieur Placca étendra son propos dans une prophétie sonnante : « Blaise Compaoré même dans ses rêves les plus fous ne peut imaginer que ses concitoyens se mettent, soudain à le désirer de nouveau ». Monsieur Placca doit comprendre que dans une logique démocratique, c’est le peuple qui désigne son Président à travers des élections démocratiques, transparentes et équitables loin du génie de prophètes illuminés. Il ne serait donc pas élégant de se mettre à la place des concitoyens du Président Compaoré pour produire des conjectures simplificatrices. Au passage, il n’échappera pas à Monsieur Placca que le seul moyen démocratique de sonder les désirs des concitoyens de Compaoré devrait être une élection démocratique, c’est à dire l’arbitrage libre par le bulletin de vote.

Comme il fallait s’y attendre, l’accusation de collusion de Blaise Compaoré avec les terroristes venait en argument-massue en ces termes : « Du temps du règne de Blaise Compaoré, les terroristes avaient table ouverte à Ouaga 2000 …. Le prix de la quiétude était une certaine collusion avec les terroristes qui évitait au Burkina d’être dans l’œil du cyclone djihadiste ». La question qui nous vient immédiatement à l’esprit est la suivante : comment, du haut de son statut d’éditorialiste de la radio mondiale, Monsieur Placca peut ignorer que le supposé revendicateur des dernières attaques Monsieur Iad Agali, n’a jamais mis les pieds à Ouagadougou. Les maliens qualifiés de rebelles ayant séjournés et pris part aux négociations de Ouagadougou, vivent aujourd’hui à Bamako au Mali, en toute quiétude grâce aux accords conclus dans la capitale burkinabé sous l’égide de Blaise Compaoré. L’autre précision importante vérifiable auprès des structures comptables de la CEDEAO, est que les frais de restauration, d’hébergement et de mobilité de ces négociateurs « rebelles » étaient pris en charge par la CEDEAO. L’accusation de collusion avec les terroristes s’arme du biais cognitif qui veut que le fait de négocier avec des « rebelles terroristes » fait du médiateur le donneur d’ordre d’attaques terroristes. Pour rappel, le Président Compaoré négociait sous mandat de la CEDEAO, avec le soutien de la communauté international dont il ne faut point sous-estimer l’acuité du regard sur les processus négociationnels. Les interventions du Président Compaoré dans les libérations d’otages occidentaux étaient faites sur la demande des gouvernements des pays d’origines des otages qui n’ont pas manqué de lui adresser leurs gratitudes. Si le Président Compaoré avait eu des comportements délictueux dans ses missions de négociation ceux-ci n’auraient point échappés aux grandes oreilles des services de renseignement occidentaux qui couvrent densément la zone sahélo-saharienne.

Ce que Monsieur Placca refuse de voir comme beaucoup d’analystes de bonne foi, c’est que la question du terrorisme est d’abord une question politique qui appelle des réponses politiques à caractère stratégique. Elle ne saurait s’envisager sérieusement sans une profondeur stratégique faisant le lien entre le passé historique lointain, les réalités sociologiques, culturelles et économiques et l’avenir. Dans cet ordre, un déchiffrage du communiqué de revendication des attaques du 2 Mars 2018 fait allusion à des représailles à une attaque meurtrière de l’armée française contre des groupes djihadistes près de la frontière algérienne. Pourquoi les djihadistes épargnent Nouakchott, Bamako et Niamey et s’en prennent à Ouagadougou ? Le choix de l’adhésion au G5 ne doit-il pas être questionné ? Avant la mise en place de cette organisation de lutte contre le terrorisme, le Burkina apportait déjà sa solidarité militaire au Mali à travers son contingent déployé au Mali. Le G5 Sahel est un instrument de mise sous coupe par la France des pays de la zone. Quelle fierté y a t-il à transférer la charge de sa sécurité à l’ancienne puissance colonisatrice dont les hélicoptères et les soldats des forces spéciales interviennent dans notre capitale sous le regard envieux de nos soldats mal équipés pour neutraliser 8 gamins terroristes ?

Il est temps que nos pays s’assument. Si nous ne sommes pas capables de préserver notre souveraineté face à des attaques intermittentes de terroristes par les moyens de solutions politiques, économiques, sociales et sécuritaires, nous ne méritons que le statut de protectorat.

 

Kadari SANOU

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