La SN-SOSUCO a renoué avec les méventes de son sucre. Ce sont au total 23 832 tonnes de sucre qui cherchent preneur. Une situation qui s’explique, selon le directeur général, Mouctar Koné par la fraude et les avantages d’importation accordée aux opérateurs économiques.

A la Société sucrière de la Comoé (SN SOSUCO), les années se suivent et se ressemblent. La Société vit d’année en année, un cycle infernal de mévente. C’était le triste constat en cette matinée du 27 février 2018, sur le site de l’usine à Bérégadougou. Il est 8h30 mn et les machines tournent à plein régime. Le va-et-vient des véhicules indique que la campagne de production de sucre bat son plein. 150 à 200 tonnes de sucre sortent des machines au quotidien. Des pyramides de stocks de sucre recouverts de bâches à l’intérieur de l’usine sont visibles à une distance de 100 mètres hors de l’usine. On en dénombre une dizaine.

L’air désemparé, le directeur général Mouctar Koné lâche ces propos: « Nous avons en stock 21 049 tonnes de sucre granulé blond  dont 962 appartenant à nos clients. Ils ont acheté, mais n’arrivent pas à vendre ». Pour ce qui est du sucre en morceau, ce sont à ses dires 2 783 tonnes qui sont en stock. Sur ces chiffres, a-t-il précisé, 2 362 appartiennent à des clients grossistes. Mouctar Koné pointe du doigt la fraude, la fameuse valeur de référence de 190 000 FCFA par tonne accordée aux importateurs de sucre et l’octroi d’autorisation d’importer par le ministère en charge du commerce. Cela, dit-il, sans tenir compte ni de l’avis de l’Observatoire national de sucre et encore moins de la disponibilité du sucre sur le territoire national. Mouctar Koné se convainc qu’il y a des importateurs dont la demande n’est pas passée par l’Observatoire national de sucre. Il dénonce la subvention accordée aux importateurs de sucre et s’explique : « Quel que soit le prix du sucre importé sur le marché international, il est considéré comme étant acheté à 190 000 F CFA la tonne, alors que le prix mondial de la tonne de sucre est actuellement à 160 dollars.

Et si on ajoute les différents frais et charges, on se retrouve avec un prix largement au-dessus de 200 000 FCFA ». Ce qui voudrait dire à ses yeux, que l’écart dégagé est accordé en subvention par l’Etat. Le DG de la SN-SOSUCO demande la suppression de la valeur de référence de 190 000 F CFA, et des actions poussées contre la fraude. « Nous voulons être à armes égales avec nos concurrents », a-t-il martelé. «On ne peut pas vendre au même prix qu’eux, du fait qu’on n’a pas les mêmes charges ».Face à cette situation préoccupante, la direction générale dit avoir alerté les autorités nationales sur les risques économiques et sociaux à court et long termes. Et l’une des conséquences, de son avis, est l’insolvabilité de l’entreprise. La mine renfrognée, il dit ne pas comprendre que sa société qui ne produit que 30% (36 000 tonnes) de la consommation nationale (120 000 tonnes) ne puisse pas écouler son stock. En rappel, en 2017, la SN SOSUCO a vécu une crise de mévente sans précédent, atteignant le pic de 40 000 tonnes de sucre en mévente. Face à la gravité de la situation, le ministre Stéphane Sanou en charge du commerce a pris des mesures incitatives et de sauvegarde du marché national. Ce qui avait permis à la SN-SOSUCO d’écouler son stock, sans grande difficulté.

Frédéric OUEDRAOGO

 

AIB