ray-lema_5Deux ans après sa conversation en duo avec le jazzman Laurent de Wilde sur Riddles, le pianiste congolais Ray Lema repart arpenter les chemins musicaux en compagnie d’une équipe avec laquelle il cultive ses automatismes sur son nouvel album Transcendance.

« Quand je joue, tout mon être se livre à une danse interne et plonge dans les mystères de la transe. » En une phrase, extraite d’un texte qu’il a tenu à faire figurer sur le livret de son nouvel album, Ray Lema se dévoile avec des mots aussi précis, imagés et chargés d’intentions que ceux formulés par ses doigts sur un piano. Et le musicien livre en filigrane – ou plutôt en deux mots, « transe » et « danse » – l’explication du titre de ce disque, Transcendance.

L’ancien séminariste trop rationnel pour entrer dans les ordres reste tout de même attiré par la dimension mystique et ce sur quoi bute le savoir. Pour satisfaire cette envie d’accéder à ce qui relève d’une autre nature, le fringant septuagénaire savait quelle était la condition : une totale liberté, seule garante de l’amener à destination. S’affranchir de toute pesanteur.

Dans cette aventure débridée, parfois sauvage et aussi avec ses beaux moments de calme, il s’est entouré pour l’essentiel d’une équipe avec laquelle les affinités musicales ne sont plus à démontrer, plaçant Transcendance dans le prolongement de VNSP puis Headbug.

S’il fait figure de nouveau venu, le bassiste Michel Alibo (au lieu d’Étienne Mbappé, autre référence !) a déjà croisé la route de Ray Lema, notamment pour l’album Afrijazzy de Manu Dibango en 1986. Son jeu flamboyant, percussif, conjugué à celui des cuivres, donne à certains passages des couleurs qui rappellent Sixun, groupe dont il fut membre et symbole d’une scène jazz-world apparue en France dans les années 80, en particulier sur Zoukissa, écourté au bout de six minutes mais qui a dû tourner bien plus longtemps durant l’enregistrement !

On croise aussi sur Transcendance les personnages et les thèmes qui sont chers son auteur. À commencer par le Nigérian Fela, dont Ray Lema ne cesse de rappeler à quel point il l’a marqué (il avait participé en 1985 à la Caravane Jericho, ce collectif d’artistes monté pour obtenir la libération de la star de l’afrobeat alors emprisonné dans son pays). Ou encore Kivu’s Blues, pour sensibiliser un peu plus au sort tragique de cette région du Congo, théâtre de la plus grande mission des Nations unies depuis 19 ans, qu’il avait déjà chantée sur Les Oubliés du Kivu, sur l’album 99.

C’est d’ailleurs à celle qui en avait écrit les paroles qu’il dédie le morceau Anouk. Cette complice de longue date a apporté deux textes sur le nouveau projet, dont Le Bout du chemin qui évoque la longue marche des migrants. Et quand le pianiste fait entendre sa voix sur Sin, sa scansion rappelle étonnamment celle du dub poète anglo-jamaïcain Linton Kwesi Johnson.

Chargé de constituer un ensemble traditionnel pour le méga concert accompagnant le combat de boxe légendaire entre Ali et Foreman à Kinshasa en 1974, l’ancien directeur du ballet national du Zaïre replonge aussi au cœur de la forêt équatoriale pour clore cet album : quelques notes de flutes, jouées entre autres par son compatriote Freddy Massamba, pour de douces Chimères évanescentes. Avec Ray Lema, la musique est souvent poésie.

Ray Lema Transcendance (One Drop) 2018
Page facebook de Ray Lema

Site officiel de Ray Lema

http://musique.rfi.fr/