Cher Wambi, il a déjà établi sa conviction sur le fait que son implication dans le dossier du putsch manqué de septembre 2015 relève d’une volonté manifeste de lui nuire et de lui faire payer ainsi la façon dont il a géré l’exécution du marché d’investigation électronique visant à identifier tous les acteurs qui ont contribué à la tentative de déstabilisation de la Transition.

Alors qu’il n’était pas inquiété au début de la procédure, le lieutenant Jacques Limon a finalement été inculpé dans le dossier suite à des messages SMS qu’il aurait échangés avec le capitaine Zoumbri. Il réfute catégoriquement les messages qu’on lui attribue et soutient qu’ils seraient fabriqués et mis sur son dos par l’expert Younoussa Sanfo.

Au début de son audition, le lieutenant avait prévenu le tribunal qu’il ne voulait pas faire de déballage à la barre mais, finalement, il a dû le faire. Et droit dans ses bottes, Limon a chargé le colonel Sita Sangaré, le juge d’instruction Frédéric Ouédraogo et l’expert en cybersécurité Younoussa Sanfo.

Le lieutenant a expliqué que ses ennuis ont commencé avec le marché cité plus haut et attribué à Younoussa Sanfo.

Dans sa narration, il ressort que  l’expert est passé un jour le voir dans son bureau au ministère de la Défense pour lui déclarer, sur un ton martial,  qu’il revenait de la présidence du Faso où son dossier n’était toujours pas arrivé. Attitude que Jacques Limon, chef de cabinet du ministre de la Défense à l’époque, n’a pas du tout appréciée.

En fait, selon ses confessions, il faisait de la résistance contre ce marché qui n’était ni dressé ni visé et pire, ne comportait pas de chapitre d’imputation. « On se connaît entre nous militaires. Il y a trop de coups foireux », avait déclaré à la barre le lieutenant qui soupçonnait un deal dans cette affaire de facturation libellée curieusement en euros et dont les quantités de désignations portaient toutes la mention « forfait ». Le chef de cabinet a expliqué qu’il ne pouvait pas engager le ministère dans une dépense qui ne le concerne pas.

Pour ce marché, la direction de la justice militaire avait demandé une mise à disposition de la somme de 347 millions de nos francs.

Dans sa déposition à la barre, Limon a fait savoir que l’expert Sanfo et le colonel Sita Sangaré l’ont harcelé au point qu’il a dû céder et a introduit le dossier pour signature auprès du ministre de la Défense qui n’était autre que le président Michel Kafando. Pour accélérer le traitement du dossier, le colonel Sangaré, dans une lettre du 19 octobre 2015 (Lire page…) adressée à son ministre de tutelle, priait ce dernier de faire exécuter rapidement le marché au vu des enjeux.

Le lieutenant Limon a aussi fait remarquer la différence entre la sommation des montants et le montant total libellé sur la facture datée, quant à elle, du 30 octobre 2015.

Ayant eu accès à cette facture, cher cousin (lire aussi page…), j’ai procédé moi aussi à un petit calcul. Il en ressort que la facture qui devait s’établir à 215 512 euros HT, si l’on s’en tient aux prix unitaires, a plutôt été arrêtée à 449 512 euros HT. Soit un écart de près de 153 millions FCFA.

En tout cas, cher Wambi,  si les documents en notre possession sont authentiques, on ne peut manquer de se poser moult questions sur ce marché passé à la société « intrapole ».

Toujours selon le lieutenant Jacques Limon, à la justice militaire, les magistrats lui auraient signifié que son cas n’était pas si grave pour qu’il s’attache les services d’un avocat.  Il a aussi déclaré avoir eu par la suite  une proposition du directeur de la justice militaire, le colonel Sita Sangaré, de prendre en charge les honoraires de son avocat. « Charité » qu’il a vite fait de refuser. Avant de faire remarquer qu’il est le seul militaire inculpé dans le dossier du putsch qui n’ait jamais séjourné à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA).

Cher cousin, je suis certainement un profane en matière d’électronique, mais n’aurait-on pas pu, s’agissant du volet SMS du dossier, s’adresser tout simplement aux sociétés de téléphonie mobile de la place vu que, selon la réglementation, elles ont l’obligation de stocker les SMS durant une période déterminée ?

Une chose est certaine, on n’a pas encore fini de parler de cette affaire de marché attribué à l’expert Younoussa Sanfo.

L’Observateur Paalga