willAppelé à la barre le jeudi 22 juin 2017 devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou pour « complicité de recel », « complicité de falsification de données bancaires » et « complicité d’escroquerie » au détriment de la CBAO, Sayouba Zidwemba, plus connu sous l’appellation de « Will Télécom », clame son innocence. Dans une audition qui a duré un peu plus de quatre heures, il livre sa version des faits d’une affaire dans laquelle il estime avoir été victime d’un client ivoirien.

Son audition était beaucoup attendue du public. D’abord au regard du rôle présumé qui lui est imputé mais aussi de la notoriété dont il jouit dans le secteur de l’informatique au Burkina Faso.

Tout serait parti, selon le prévenu, d’Abidjan où il possède une société, « Will com », gérée par son frère cadet. Depuis la capitale ivoirienne, ce dernier lui fait part de l’intention d’un client, André Kouassi, de passer commande de matériel. Le lendemain, le frangin rappelle pour faire savoir qu’au regard de l’importance de la somme, l’acheteur entend payer par virement bancaire et de préférence via un compte CBAO du fournisseur au Burkina Faso. Au terme des démarches de son comptable, son compte qui était clôturé a finalement été réactivé par la banque dans l’attente du virement. Alors, le numéro du compte (vide) a été communiqué au client.

Le 28 février dernier, M. Kouassi informe le petit frère que le virement est effectif.

Mais, poursuit « Will Télécom », la banque étant fermée à ce moment, par mesure de prudence, il a défendu à son frère de livrer la commande avant qu’il ait l’assurance que le compte a effectivement été crédité, comme l’affirme l’acheteur. Après attestation le lendemain matin par le gestionnaire de son compte, Karim Traoré, qu’un virement de 67 800 000 francs CFA a été fait, ordre a été donné de livrer la marchandise au partenaire.

Toujours selon le prévenu,  après trois opérations de retrait : 10 millions le 3 mars 2017 ; 10 millions le 4 mars 2017 et 47 millions le 6 mars 2017, il est interpelé par la banque qui lui fait savoir que les fonds virés dans son compte sont d’origine frauduleuse.

« Sommé de restituer l’argent, j’ai aussitôt  refusé de le faire », a reconnu le prévenu qui ajoute qu’il s’est par la suite rendu à Abidjan à la recherche de M. Kouassi. En vain. Il a alors déposé plainte contre ce dernier au commissariat de Koumassi à Abidjan.

C’est durant son séjour ivoirien qu’il a appris la rumeur sur sa fuite. Alors, par l’intermédiaire de ses conseils, il a pris le soin d’assurer, par écrit, à la banque, au procureur du Faso et à la gendarmerie qu’il entend retourner au pays pour se mettre à la disposition de la justice.

Auditionné le 27 mars 2017, le lendemain de son retour,  par la gendarmerie, il a été  déposé à la MACO où il séjourne depuis (1).

Après la relation des faits par le prévenu, les avocats de CBAO feront remarquer que le virement d’un tel montant en l’espace de quelques heures laisse perplexe et « Will Télécom » devait le savoir. Réplique de l’accusé : « C’est désormais faisable avec les facilités des procédures mises en place par la BCEAO ».

« La BCEAO a-t-elle avisé avant le versement de l’argent ? », a demandé le procureur au gestionnaire de compte, Karim Traoré. « Non », a répondu ce dernier, avant de se voir rappeler l’obligation d’en référer à la banque centrale en pareille situation comme le recommandent les textes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le terrorisme.

A  Me Farama, autre avocat de la banque, qui l’accuse d’avoir trempé dans cette affaire de crime financier, « Will Télécom » rétorquera par ce proverbe bien connu de chez nous : «Celui qui peut immoler un poulet pour des sacrifices ne se battra pas pour ses intestins ».

Tonnerre d’applaudissements dans la salle et menace du juge de faire sortir l’assistance.

Ouvert le 8 juin 2017, le dossier oppose la CBAO à quatorze personnes soupçonnées, entre autres, de complicité dans le détournement de 1,8 milliard de francs CFA des comptes clients de la CBAO-Dakar. Parmi elles, Christian Tapsoba, alias « Goroko » ; et Sayouba Zidwemba, dit «Will Telecom», suspectés d’avoir reçu une partie des fonds à des fin de blanchiment.

La suite de l’audience est prévue pour ce jeudi 29 juin.

Alain Saint Robespierre

  • Déposé le 27 mars 2017 à la MACO, « Will Télécom » a eu ses demandes de mise en liberté provisoire rejetée. Selon une source proche du dossier, à cet effet, il aurait même proposé de verser une caution de 100 millions afin de continuer à faire tourner ses boutiques au Burkina, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Togo où il vient de décrocher un marché de 7 milliards de francs CFA.

L’Observateur Paalga

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