noirLe 17 juillet 2018, le sergent-chef Ali Sanou a partagé la journée avec le soldat de 2e classe Seydou Soulama. L’un a reconnu qu’une roquette a été tirée sur le studio Abazon, mais ne sait pas qui l’a tirée, puisqu’il avait le dos tourné en ce moment. L’autre a été mis devant un fait cité par le parquet. Pendant les sorties de « maintien de l’ordre » en ville, il aurait arraché la tablette d’un citoyen. Ayant fui en Côte d’Ivoire après l’échec du putsch, il a pris des photos avec ladite tablette qui était synchronisée avec le compte Gmail du vrai propriétaire. Du coup, ce dernier recevait toutes les photos prises par le soldat déserteur, dans son adresse électronique.

 

Les jours passent, les accusés se succèdent à la barre. Chacun, avec sa ligne de défense, tente de convaincre le tribunal. Le sergent-chef Ali Sanou, lui, s’est dégonflé. « Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait, mais il faut reconnaître qu’on a été professionnels », avait-il dit le 1er avril 2017, lors de son audition dans le cadre du procès de l’attaque de Yimdi. Il avait reconnu les faits à lui reprochés et même qu’il s’était excusé auprès de ses camarades pour les avoir embarqués dans le coup.

Une certaine opinion avait salué son attitude qui a consisté à assumer. Cette fois devant le tribunal pour quatre chefs d’accusation, le sergent-chef a quelque peu changé la trajectoire de sa défense, provoquant par moments de la tension entre les avocats de la partie civile et ceux de la défense. 
Les premiers estimant que l’accusé « ment », les second arguant qu’il faut respecter ses arguments, surtout quand il ne dit 
entre les avocats tient au fait que l’audition du sergent-chef était très attendue par surtout les avocats de la partie civile. Ces derniers l’ont d’ailleurs avoué ; ils espéraient pouvoir « clarifier certains zones pas ce que l’on aurait souhaité entendre ; seul le président est arbitre des débats, ont-ils soutenu.

En réalité, cette guéguerre d’ombre ». Mais au final, ils ont dit avoir été déçus, parce que l’intéressé, ne voulant certainement pas enfoncer certains de ses camarades, n’a pas pipé un seul mot. Tenez-vous bien, au studio Abazon, il reconnaît qu’effectivement, une roquette a été tirée. Par qui ? Mystère et boule de gomme ! Le sergent-chef Ali Sanou avait le dos tourné en ce moment et n’a pas vu…

Aussi, le commando a reconnu que pendant le coup, il s’est rendu dans les parages du maquis « La Ouagalaise ». À leur arrivée, des jeunes qui étaient assis dans un kiosque ont pris la tangente pour se retrouver dans une cours. Le sergent-chef Ali Sanou a poursuivi les fuyards. « Pour quelle raison ? », demande le parquet. « Pour vérifier une information », répond l’accusé. Pourtant, il a demandé pardon à un monsieur à qui il a assené un « coup de cordelette ».
« Le coup est parti comme ça, ce n’était pas méchant, et ce n’était pas blessant », relativise l’homme. Mais pourquoi demander pardon si ce n’était pas grave ? « Je me suis rendu compte que c’était un homme d’un âge avancé », rétorque le commando. Pourtant il ressort que des exactions ont été commises à cet endroit précis.

L’accusé, à la différence de ses camarades, a avoué que pendant ses missions de « maintien de l’ordre » en ville, il avait toujours sa kalachnikov dans son véhicu
le dont il n’a jamais fait usage. « Mais est-ce qu’une kalachnikov peut tuer ? », demande Me Prosper Farama à l’accusé. « On m’a formé avec ça, je sais que ça peut tuer », répond le sergent-chef. 
Avant de rejoindre sa place, il a réclamé son passeport burkinabè non-restitué par la gendarmerie, la somme de 23 000 F CFA, une montre militaire française et une ceinture…aussi restées dans les mains des gendarmes.

Piégé par une tablette volée

Après le sergent-chef, c’est le soldat de 2e classe Seydou Soulama qui a été appelé à la barre. Comme cela est maintenant de coutume, il a rejeté les accusations. Sa défense, il n’est qu’un soldat et il n’a fait qu’obéir aux ordres que son chef lui a donnés. 
Son interrogatoire s’est poursuivi dans la matinée du 18 juillet. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas jugé nécessaire de demander pardon, puisque, selon lui, il n’a rien fait de mal. « Qu’ai-je fait de mal ? C’est dans le cadre du service que je me suis retrouvé ici. Je ne regrette pas d’avoir exécuté des ordres (…) On ne peut pas nier ce que l’on n’a pas fait », a expliqué le soldat né en 1992.

Et pourtant, il a reconnu avoir participé à des sorties de « maintien de l’ordre » en ville. Selon les informations fournies par le parquet, lors de ces sorties, le soldat a molesté un citoyen et a retiré sa tablette. Après l’échec du coup d’État, le soldat a fui en Côte d’Ivoire avec certains de ses camarades. 
Mais il a continué à utiliser la tablette, à prendre des photos. 
Mais il n’avait pas réinitialisé l’appareil, de sorte que le compte Gmail du vrai propriétaire était toujours actif et recevait toutes les nouvelles informations. Il tirait les photos au fur et à mesure et les remettait au tribunal militaire.

Après l’évocation de ces faits, le soldat a laissé entendre qu’il n’est pas ce genre de militaire. « J’avais une arme, si j’avais besoin d’une tablette en ce moment, je pouvais braquer une boutique et prendre tout ce que je veux, mais je ne l’ai pas fait, parce qu’on m’a pas formé comme ça ».

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net