elefanQuel rapport, quel lien entre une veuve d’origine vietnamienne vivant en Normandie et une petite Malienne souffrant d’une malformation cardiaque? L’espoir réalisé de médecins français et maliens.

« La vie ne tient qu’à un fil » a rarement été aussi vrai qu’en cette circonstance. En l’occurrence, il s’agit d’un coup de fil. Celui de madame Ti-San Festoc, veuve d’André, passé le 20 janvier 2015 à la Chaîne de l’Espoir, une ONG fondée sous l’égide de Médecins du monde. Quelques années plus tard, l’appel aura permis de sauver Fanta Diarra, une Malienne de six ans souffrant d’une grave malformation cardiaque.

L’opération à cœur ouvert a été réalisée avec succès dans son pays. Cela fait toute la différence, puisqu’il s’agit d’une première pour le Mali. Depuis sa création en 1988 par le professeur Alain Deloche, cette association humanitaire s’est donnée pour mission de soigner et d’accueillir, en France ou à l’étranger, des enfants qui ne peuvent l’être dans leur pays d’origine, faute de moyens techniques ou financiers.

On a appris mardi que la construction du centre André-Festoc, où s’est déroulée l’opération, n’a pu se faire que grâce au don de deux millions d’euros de la part d’un couple de mécènes normands.

Une histoire d’éléphant blanc

L’histoire de ce don, extraordinaire par son montant et par la façon dont il a été mis à profit, est rapportée dans un livre du fondateur de la Chaîne de l’Espoir: Un éléphant blanc, ça ne change pas de couleur (Michel Lafon).

Ce matin du 20 janvier 2015, Fabienne, du service marketing, décroche le combiné. Alain Deloche, ancien chef du pôle cardiovasculaire de l’hôpital Georges-Pompidou, raconte:

« – Bonjour, je suis madame Festoc. André, mon mari, vient de décéder et dans ses dernières volontés, il veut vous aider.

Jusque-là, rien d’exceptionnel. Nous recevons souvent des appels de cette nature. Fabienne se dit que l’association va peut-être recevoir une jolie somme, de quoi alimenter nos caisses, toujours en demande de dons.

– Mon mari voulait que vous puissiez bâtir quelque chose pour soigner des enfants, ajoute la dame au téléphone.

Innocemment Fabienne répond:

– Merci madame, mais vous savez, pour bâtir, il faut beaucoup d’argent, ce n’est pas si simple…

– Oui, bien sûr, je vous donne deux millions d’euros.

Fabienne reste interdite.

Madame Festoc ajoute avec émotion:

– Il faut se dépêcher, je songe aux enfants… »

Alain Deloche, qui s’échine à trouver des financements pour former des personnels médicaux et construire des centres médicaux aux quatre coins de la planète, à Saïgon, au Cambodge, à Dakar, à Bamako, celui qu’on appelle là-bas « professeur briques-béton », exulte intérieurement. « Voilà le Mali », pense-t-il en lui-même.

« Hasards et mystères du monde »

Après avoir rappelé la donatrice, le médecin lui rend visite. La veuve, d’origine vietnamienne habite un village près de Livarot, en Normandie. Là, il apprend de la dame qu’André Festoc, pupille de la nation, l’avait rencontrée en Indochine, où il était parti combattre à dix-huit ans. Ce fut un « coup de foudre ». Quelques années plus tard, persévérant, André était parvenu à faire venir Ti-San en France. Son histoire est ensuite celle d’un homme d’affaires avisé qui fit fortune dans les transports.

De cette romance et de cette résolution d’une veuve à strictement respecter les dernières volontés de son mari, adviendra le sauvetage de la petite Fanta Diarra. C’est encore Alain Deloche qui parle le mieux des fils du hasard qui ont permis à un cardiologue malien, le professeur Mamadou Boukari Diarra, de réaliser son rêve: voir le jeune chirurgien malien Baba Ibrahima Diarra sauver une petite fille homonyme, dans un centre médical flambant neuf de Bamako.

« Je l’écoute parler (Ti-San Festoc, ndlr) et je ne peux m’empêcher à la folle suite d’événements qui m’ont conduit jusqu’à elle, à la somme d’incidences qui ont transporté cette femme du Vietnam à la Normandie. Et je songe aux hasards et aux mystères du monde: qu’est-ce qui relie Diarra à Ti-San? »

La Chaîne de l’Espoir est aujourd’hui présidée par le docteur Eric Cheysson. Elle permet à 5.000 enfants d’être opérés chaque année et conduit quelque 200 missions internationales par an.

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