4918hr_-592x296-1476482152La nomination du frère du président à ce poste stratégique provoque une polémique au Sénégal, où le nom d’Aliou Sall a déjà fait les choux gras de la presse lors de l’affaire Pétro-Tim. Un problème « éthique », selon l’opposition, qui accuse le président de « népotisme ».

« Macky franchit le Rubicon », titrait le journal L’Enquête de ce mardi 12 septembre. Macky Sall, le président de la République du Sénégal, a nommé la veille Aliou Sall, son propre frère, au poste de Directeur de la Caisse des dépôts et consignations. La nouvelle a d’abord couru sur les réseaux sociaux, lundi, et donné lieu à une étonnante succession de quiproquos.

Annoncée une première fois, la nomination d’Aliou Sall, frère du président, est ensuite démentie par certains, qui pensent qu’il s’agit en fait d’un autre Aliou Sall, homonyme du premier, mais géographe. Quelques heures plus tard, nouveau démenti du démenti. C’est bien du frère du président dont il est question dans le décret de nomination rendu public à l’issue du premier conseil des ministres du nouveau gouvernement de Mahammed Boun Abdallah Dionne, nommé jeudi 7 septembre.

Je ne mêle jamais ma famille à la gestion du pays

El Hadj Hamidou Kassé, ministre-conseiller auprès de Macky Sall en charge de la communication, l’a confirmé formellement à Jeune Afrique ce mardi. « Il s’agit bien d’Aliou Sall, maire de Guédiawaye », explique-t-il, avant d’ajouter que « c’est une prérogative constitutionnelle du chef de l’État que de nommer les personnes de son choix à tous les emplois publics civils ou militaires. »

Contradiction

Sur le plan légal, la nomination est donc a priori inattaquable. Sauf qu’en décembre 2016, dans un entretien accordé à Jeune Afrique, et interrogé sur la polémique provoquée par l’affaire Pétro-Tim, le président sénégalais avait été catégorique : « Je ne mêle jamais ma famille à la gestion du pays. »

Et le président sénégalais d’enfoncer le clou, sans ambiguïté : « Si mon frère a été amené à être cité dans des affaires de sociétés privées, c’est parce je lui avais justement indiqué très clairement, dès ma prise de fonctions, qu’il ne bénéficierait jamais de ma part d’un décret de nomination, notamment en raison de l’histoire récente du Sénégal [Wade père et fils] et parce que je ne voulais pas être accusé de népotisme. Je lui avais même conseillé, à l’époque, d’essayer de voir dans le privé. » Une interview largement exploitée, sur les réseaux sociaux et dans la presse, par les détracteurs du chef de l’État.

Ce n’est pas un problème de légalité, mais un problème éthique

L’opposition monte au créneau

« Avec cette nomination, le Sénégal a touché le fond », n’hésite pas à lancer Malick Gackou, président du Grand Parti, qui considère dans un communiqué diffusé ce mardi que la nomination du frère du président à la tête de la CDC « est une déclaration de guerre contre les intérêts vitaux du Sénégal ».

Babacar Gaye, porte-parole du Parti démocratique sénégalais, le parti d’Abdoulaye Wade, est lui aussi vent-debout contre cette décision. « Ce n’est pas un problème de légalité, le chef de l’État nomme qui il veut, mais un problème éthique », considère l’opposant, contacté par Jeune Afrique.

« On assiste à la mise en place d’une dynastie autour de la famille du président et de son épouse », juge Babacar Gaye, qui parle de « matrimonialisation » au sommet de l’exécutif. « C’est d’autant plus choquant que, lorsqu’il y a eu une controverse autour de la candidature d’Aliou Sall aux législatives, Macky Sall avait déclaré que jamais il ne signerait de décret de nomination pour son frère », insiste le porte-parole du PDS.

Un parti qui, en son temps, avait aussi eu à faire face aux accusations de népotisme, lorsque Karim Wade avait exercé diverses fonctions officielles, sous la présidence de son père, Abdoulaye Wade, allant jusqu’à cumuler quatre ministères importants entre 2009 et 2012. « Justement ! », s’emporte Babacar Gaye. « En 2012, les Sénégalais n’ont pas pardonné à Abdoulaye Wade. Et Macky Sall a construit tout son argumentaire et son programme politique sur l’éthique en politique », lâche Babacar Gaye.

130 milliards de francs CFA en 2016

La Caisse des dépôts et consignations, instance créée en 2006, a pour mission de jouer le rôle de « banquier » auprès des structures publiques locales. Elle intervient également dans le financement de logements sociaux et auprès des entreprises privées, à qui elle peut accorder des prêts à taux préférentiels ou auprès desquelles elle peut venir en support, dans le cadre de partenariats public-privé. En 2016, la CDC affichait un bilan de 130 milliards de francs CFA.

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