face2Des éléments des groupes d’auto-défense Kogl-weogo de Boulga dans la commune rurale de Pensa, convoqués au Tribunal de grande instance de Kaya, le mardi 10 janvier 2017, pour une audition sur une affaire d’arrestation et de séquestration d’un conseiller municipal, ont été accompagnés par une centaine des leurs de la région du Centre-Nord. Face à cette situation, des forces de sécurité ont été postées pour assurer la protection des lieux. Constat d’une ambiance inhabituelle au Palais de justice de Kaya.

Une ambiance inhabituelle a régné au Palais de justice de Kaya, le mardi 10 janvier 2017. Et pour cause, le palais était sous une bonne garde des Forces de défense et de sécurité (FDS) composées des éléments de la gendarmerie nationale, de la police nationale et de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP). Le principal fait qui a mobilisé tant ces FDS, est la convocation et l’audition d’éléments des Kogl-weogo de Pensa pour une affaire d’arrestation et de séquestration d’un conseiller municipal. Car, une centaine d’éléments des Kogl-weogo d’autres localités de la région du Centre-Nord et même au-delà se sont mobilisés pour assister à l’audition de leurs camarades. « Nous avons été convoqués par un voleur au tribunal de Kaya. Ainsi, nous sommes venus répondre à cette convocation », a lancé le responsable des Kogl-weogo d’Ankouna, Sibiri Soumaïla Ouédraogo, en guise de réponse à la question de savoir ce qui les a mobilisés tant aux abords du Palais de justice. « Nous sommes venus pour signifier à la justice que nous n’avons pas fait la force au conseiller municipal. Il est un complice et la sanction des Kogl-weogo ne pouvait pas l’épargner », a affirmé Nikièma Bamogo, l’un des responsables Kogl-weogo de Boulga, la localité où les faits se sont passés.
Livrant sa version des faits, il a fait savoir qu’une personne est venue se confier à eux en leur disant qu’elle a donné ses animaux à un éleveur qui en a vendu 61 têtes. « L’éleveur nommé Abaye racontait chaque fois au propriétaire qu’il avait perdu les animaux. Dans ses recherches, le propriétaire a retrouvé un des animaux chez une personne qui a confié l’avoir payé chez l’éleveur en question.
Quand nous l’avons interpellé, ce dernier a reconnu les faits qui lui sont reprochés et a même pris l’engagement de rembourser les 61 animaux volés. Il a aussi accepté payer l’amende, représentant les frais de carburant des Kogl-weogo », a-t-il dit. Dans leur interrogatoire, selon Nikièma Bamogo, le présumé voleur leur a confié avoir offert une chèvre en guise de cadeau à un conseiller municipal du nom de Moumouni Sebgo, il y a de cela trois ans. « Nous avons donc convoqué le conseiller municipal pour savoir s’il était au courant que la chèvre offerte n’appartenait pas à l’éleveur », a-t-il poursuivi. A l’en croire, Moumouni Sebgo a nié les faits dans un premier temps avant de les reconnaître. « Nous lui avons signifié qu’il était complice. Car, informé de l’interpellation de l’éleveur, il devrait se présenter à nous pour témoigner sur les faits qui sont reprochés au voleur. Aussi, le conseiller municipal avait pris 5 000 F CFA avec le voleur en lui promettant de l’aider à se tirer de cette affaire.
C’est pourquoi, nous l’avons verbalisé de rembourser la chèvre et de payer une amende de 155 000 F CFA », a-t-il expliqué. Selon ses dires, ce dernier aurait accepté de payer la chèvre et l’amende dans un délai de six mois. « Le jour « J », en lieu en place de l’amende, c’est une convocation qu’il nous a tendue », s’est indigné M. Bamogo.

Plainte pour arrestation et séquestration

Selon le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance (TGI) de Kaya, Abdoul Kader Nagalo, le vendredi 6 janvier dernier, Moumouni Sebgo est venu se plaindre  qu’il a été arrêté, séquestré par un groupe Kogl-weogo de Pensa.
« Il nous a dit que le 1er janvier 2017, il a été arrêté au motif qu’un certain Abaye aurait déclaré lui avoir remis une chèvre pour les fêtes, il y a trois ans », a-t-il indiqué.
Aux dires du procureur, après l’arrestation de celui-ci, ils l’ont conduit à leur siège, où il a été ligoté de 8h à 14h. « Et sous l’effet de leurs menaces, bastonnades et sévices, il a menti en reconnaissant avoir pris la chèvre avec le sieur  Abaye.
Après cet aveu forcé, ils lui ont enjoint de payer la somme de 155 000 F CFA, plus une chèvre dans un délai de six jours », a-t-il soutenu. Et de poursuivre : « Profitant de ce délai, le plaignant est venu se plaindre à notre niveau et nous lui avons remis des convocations pour ces personnes qu’il a citées ». A en croire M. Nagalo, dès que les convocations leur ont été notifiées par la gendarmerie nationale, ceux-ci ont appelé au téléphone Moumouni Sebgo en lui disant que s’il refuse de payer l’argent demandé, ils reviendront l’arrêter. Et pour éviter une deuxième arrestation, il s’est réfugié à la gendarmerie de Pensa. Informé de ce fait, les Kogl-weogo ont convoqué le Conseil villageaois de développement(CVD) du village (un ami de Moumouni Sebgo) et son secrétaire général.
« Ces derniers leur ont fait comprendre qu’ils ne savent rien de cette vieille histoire », a soutenu le procureur. Après ces deux personnes, a-t-il dit, les « justiciers de la brousse » ont pris ensuite en otage le grand-frère du plaignant, sa femme et ses enfants successivement en leur intimant l’ordre de payer une somme de 150 000 F CFA.
« Las de cet harcèlement, la somme demandée leur a été versée et ils ont décidé d’expulser Moumouni Sebgo du village parce qu’il a osé défier leur autorité », a signifié Abdoul Kader Nagalo pour qui, on ne peut expulser quelqu’un de cette façon dans un village. « Nous avons émis des convocations à un certain nombre des Kogl-weogo. Et ils ont décidé de les accompagner », a-t-il conclu. Au moment où nous quittions le palais, aux environs de 12h, l’audition des personnes convoquées était toujours en cours et la sécurité des lieux renforcée. Un ultimatum avait été lancé aux Kogl-weogo de quitter les lieux aux environs de 13h30…

                                                                                                                                           Timothée SOME
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