«On m’a volé mon enfance», c’est le titre du livre de Diaryatou Bah, originaire de Guinée. Excisée à l’âge de 8 ans, Diaryatou a été mariée à 14 ans, à un homme de 45 ans, un mariage qui a fait de sa vie un enfer. Aujourd’hui, elle veut tourner la page, se reconstruire, et venir en aide aux jeunes filles victimes de mutilations génitales. Militante inconditionnelle de «Ni Putes ni soumises», Diaryatou veut en finir avec une pratique qui porte atteinte à la condition de la femme. La littérature, pour elle, est une voie d’expression d’un vécu dont elle n’est pas très fière. Une histoire qui s’écrit au fil des pages d’un livre publié en 2006 aux éditions Anne Carrière.


La couverture de l’œuvre

Mineure, elle a été mariée à un marabout qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Son livre est donc un témoignage vivant de ce qu’elle a réellement vécu, ce qui lui est arrivé. A travers l’écriture, elle se vide d’un fardeau. Elle se défoule de ses déboires d’enfance. «On m’a volé mon enfance» retrace la lutte bouleversante d’une jeune Guinéenne pour sa survie et son identité.

Histoire rocambolesque

Issue d’une grande famille guinéenne – son père a quatre épouses et 32 enfants -, elle est élevée jusqu’à ses dix ans par sa grand-mère, dans un village sans confort. Chaque fois que sa mère lui rend visite, elle insiste pour que Bah soit excisée «parce que sinon tu n’es pas comme les autres», disait-elle. Elle a été excisée à l’âge de 8 ans, comme le voulait la coutume, selon laquelle les jeunes filles de 4 à 14 ans devaient être «purifiées». Puis elle a été mariée à l’âge de 14 ans, à un homme de 45 ans, un marabout. Malgré un premier refus de son père, sa mère a insisté et elle a pris le dessus. Diaryatou a suivi leurs conseils et s’est laissé emballer dans un mariage où tout avait été arrangé du début à la fin. En se mariant, elle ne savait pas qu’elle s’ouvrait les portes du malheur.


L’auteure, Diaryatou Bah

En effet, après avoir vécu avec son mari pendant 4 ans, ils ont quitté entre temps la Guinée pour aller vivre en Hollande pendant 2 ans et demi avant de rejoindre la France. Tout avait l’air normal. Elle n’avait fait aucun lien entre sa situation et l’excision, parce qu’elle n’arrivait pas à avoir d’enfant. Elle perdu trois grossesses à cause de ce qu’elle avait subi pendant son enfance. C’est seulement quand elle a regardé une émission de télé sur les violences conjugales, qu’elle a commencé à se poser des questions, avant de prendre conscience de son état. Alors, elle est allée voir le gynécologue, et là, elle a tout compris. Sa vie est devenue un enfer. Aussi a-t-elle décidé de mettre fin à son mariage dans le but de se reconstruire.

Mais elle vécu le calvaire lorsqu’elle a voulu quitter son mari. Il est devenu violent. Et elle s’est retrouvée dans la rue pendant 6 mois sans ressources, avant que son mari ne donne l’impression à ses parents qu’il l’a répudiée, alors que c’est elle qui l’a quitté. Impossible de rentrer en Afrique, elle serait disgraciée. Avec le soutien d’associations, le long processus d’intégration en France s’est mis en route. Elle a eu la chance de rencontrer des gens bien qui l’ont accueillie à bras ouverts avant qu’elle n’intègre l’association «Ni Putes ni Soumises», dont elle est devenue une des responsables. Par la suite, naturellement et par altruisme, elle s’est engagée aux côtés des jeunes filles qui continuent de subir des mutations génitales, ces sans voix dont l’histoire est similaire à la sienne. En 2006, elle publie le livre «On m’a volé mon enfance» (éd. Anne Carrière), traduit en cinq langues. Elle a aussi créé une association, «Espoirs et Combats de Femmes.» Une voix de femme qui s’attaque sans concession au poids de la coutume, à l’indifférence de sa famille.

Ce livre bouleversant de Diaryatou fait passer un message aux femmes et aux jeunes filles: qu’on peut être maltraité, frappé, ou violé, mais il faut être fort, pour pouvoir se relever, prendre son destin en main et sensibiliser les autres. Rien n’est perdu d’avance. Il faut se battre…

Théophile MONE